Autour de Toulouse, les agriculteurs érigent des barrages, malgré l’interdiction


AFP le 07/01/2026 à 10:38

A l'appel des syndicats agricoles, des dizaines d'agriculteurs ont érigé des barrages de tracteurs mercredi matin sur des axes autour de Toulouse, malgré un déploiement important des forces de l'ordre, dans le but de « paralyser » la Ville rose pour défendre leur métier en pleine crise, ont constaté des journalistes de l'AFP.

« C’est une guerre d’usure. On est déterminés à faire le nécessaire pour avoir des réponses et être entendus », a déclaré Pierre Solana, 37 ans, éleveur du Gers sur un cortège d’une centaine de véhicules, dont une quarantaine de tracteurs et de bennes, bloqués en rase campagne par les forces de l’ordre à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Toulouse.

« Il faut vraiment qu’on trouve une solution pour sauver l’agriculture française », explique l’agriculteur parti vers minuit d’Auch dans le Gers dans un convoi de tracteurs de la Coordination rurale, « bloqué à plusieurs reprises dans son avancée » en raison d’arrêtés préfectoraux d’interdiction de circulation.

 Au nord-est de l’agglomération toulousaine, l’A68 en provenance d’Albi a
été coupée par un barrage d’une douzaine de tracteurs au péage de l’Union,
face aux gendarmes, provoquant des heures de  bouchons vers Toulouse, a
constaté une journaliste de l’AFP.

Sur le périphérique toulousain, les agriculteurs ont déversé du fumier sur la chaussée et allumé un feu, bloquant entièrement la circulation à l’aube, à hauteur de Balma, entraînant des perturbations importantes jusque sur l’A61 au sud-est de l’agglomération.

Des barrages ont également été érigés sur l’A64 au sud aux portes de Toulouse et plus à l’ouest, où les agriculteurs de Haute-Garonne tiennent une portion d’autoroute depuis décembre à hauteur de Carbonne. « C’est un ras-le-bol total », lance Enzo, agriculteur des JA sur le barrage de l’A68.

« Le but, c’est de prendre d’assaut la ville »

« Aujourd’hui, on veut que nos bêtes ne soient plus abattues (…) On
veut que le Mercosur ne soit pas signé non plus. Et la taxe des engrais aussi,
on ne veut pas qu’elle passe. On nous a fait beaucoup de promesses, visiblement maintenant plus personne ne nous écoute », dit-il à l’AFP.

« L’idée, c’est de converger vers Toulouse et d’être dans une action de perturbation, qu’on déplore », a déclaré à l’AFP, Luc Mesbah, secrétaire général de la FDSEA de Haute-Garonne. « On ne voulait pas en arriver là, mais c’est la responsabilité du gouvernement et on voit que les choses n’avancent pas », a-t-il ajouté.

Dans le département, son organisation, tout comme les Jeunes Agriculteurs (JA), la Coordination rurale (CR) et la Confédération paysanne appellent à « une mobilisation agricole à Toulouse massive et déterminée ».

« Le but, c’est de prendre d’assaut la ville, de la bloquer entièrement et tant qu’on n’a pas de réponse, de paralyser toute la ville de Toulouse », a précisé à l’AFP Lionel Candelon, membre de la direction nationale de la CR et président de la chambre d’agriculture du Gers, qui doit être rejoint par des membres de la CR du Tarn-et-Garonne, pour se diriger ensuite vers la Ville rose.

« On est très étonnés d’un tel déploiement de moyens parce qu’on a dit que la manifestation était pacifique et on s’est retrouvés bloqués par endroits »,
a déclaré le président de la CR Bertrand Venteau sur France Inter. Il a évoqué les convois en route vers Paris où les agriculteurs ont prévu d’entrer jeudi.

Interdiction de circulation d’engins agricoles dans toute la Haute-Garonne

« Même en sous-marin par la Seine, on va y arriver. On aura peut-être perdu des troupes, mais on arrivera dans Paris sur des lieux symboliques pour porter nos doléances », a-t-il ajouté, prévenant vouloir « rentrer pacifiquement » dans Paris jusqu’à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Le préfet de la région Occitanie et de la Haute-Garonne, Pierre-André Durand, a pris plusieurs arrêtés d’interdiction, en réponse aux projets de mobilisation, en raison du « risque de troubles à l’ordre public », des « potentielles perturbations de la circulation des services de secours ainsi que de la vie économique régionale ».

Le préfet a d’abord interdit jusqu’à jeudi la circulation des engins agricoles et des poids lourds pouvant les transporter « sur les axes structurants du réseau routier de l’ensemble des départements de la zone de défense et sécurité Sud », qui comprend l’Occitanie, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Corse, selon un arrêté pris lundi.

Il a étendu mardi cette interdiction à « l’ensemble du réseau routier » de Haute-Garonne, « hors motif légitime lié à des travaux agricoles », une mesure également prise par les préfets du Tarn-à-Garonne et du Gers, dans leurs départements, tandis que le préfet des Hautes-Pyrénées a interdit aux engins agricoles de circuler sur les axes menant à la Haute-Garonne et au Gers.

Enfin, le représentant de l’État a également interdit « la manifestation revendicative » prévue mercredi à Toulouse, au motif qu’elle a été déclarée trop tardivement.