Au Space, l’assurance des agriculteurs en question
AFP le 16/09/2026 à 10:30
« Il faut impérativement que les agriculteurs français s’assurent », a lancé mardi la ministre de l’agriculture Annie Genevard, mais, pour les syndicats, encore faudrait-il que l’assurance actuelle fonctionne pour indemniser les prairies grillées par la sécheresse et les canicules.
« Neuf éleveurs sur dix ne sont pas assurés, huit agriculteurs sur dix ne sont pas assurés », a martelé la ministre au salon de l’élevage, à Rennes, posant même la question de rendre l’assurance obligatoire pour certaines filières.
Un des principaux leviers pour indemniser les céréaliers confrontés à des pertes de rendement et les éleveurs dont les prairies n’ont pas poussé est l’assurance récolte. Les cotisations pour cette assurance sont prises en charge à 70 % par l’État, notamment via des fonds européens, pour inciter les agriculteurs à s’assurer.
Le dispositif d’indemnité de solidarité nationale (ISN), abondé par l’État, permet de couvrir 90 % des pertes les plus élevées pour les assurés mais couvre aussi les non-assurés, à hauteur de 30 %, quand des pertes exceptionnelles de 30 % (pour les prairies) à 50 % (pour les grandes cultures et les légumes) sont constatées.
Dans le cadre du plan sécheresse, le gouvernement a dû, comme la loi l’y oblige, renflouer l’ISN de 400 millions d’euros pour atteindre une enveloppe de 520 millions destinée à indemniser les pertes. L’enveloppe dédiée à ce fonds avait été divisée par près de deux dans le cadre du budget 2026. La question se pose du montant qui lui sera dédié en 2027.
« Si beaucoup ne s’assurent pas, c’est qu’il y a un doute sur l’efficacité et l’ISN va être un exercice grandeur nature cette année », a déclaré à Rennes Arnaud Rousseau, président de la FNSEA.
« Face aux accidents de voiture, on prend tout un tas de mesures pour faire en sorte qu’ils n’arrivent pas. Là c’est pareil, l’assurance n’est pas une réponse durable », a déclaré à l’AFP François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale.
Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, a lui dénoncé des seuils de déclenchement « trop bas », qui excluent notamment les petits maraîchers pour qui il est trop cher de s’assurer. Selon lui, la prise en charge des cotisations par des fonds publics abonde les assurances privées au lieu de revenir aux agriculteurs.
Le satellite en question
Tous dénoncent le satellite chargé de mesurer la pousse des prairies pour déclencher les indemnisations. « Il est abusif de dire qu’il ne fonctionne pas », a répondu la ministre, disant pour autant « entendre » la demande des éleveurs et le besoin de le « fiabiliser ».
Un constat partagé par la fédération professionnelle France Assureurs, qui représente la quasi-totalité du marché, dont plusieurs représentants étaient auditionnés mardi au Parlement sur le coût de la canicule. « Quand il y a des dommages sur les prairies, les évaluations des indemnités ne se font pas de manière classique avec un expert qui va sur place », y a expliqué Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, notamment en raison des différentes pousses qui ont lieu dans l’année et parce qu’il s’agit d’herbe « d’autoconsommation » cultivée pour le bétail, sans être vendue.
« C’est Airbus, qui fournit un indice […] calculé par satellite, qui essaye de regarder la hauteur de pousse de l’herbe par satellite et qui la compare à des moyennes historiques », a-t-il précisé. Une méthode critiquée par les éleveurs, pour qui « les indices ne sont pas suffisamment robustes ou précis », ce qui implique, selon M. Esmein, « d’affiner » ce processus.