Au Salon de l’agriculture, pas de vaches, des politiques et des syndicats remontés
AFP le 16/02/2026 à 12:15
Le Salon de l'agriculture s'ouvre samedi à Paris dominé par l'agacement des syndicats agricoles, mobilisés pour le troisième hiver consécutif, mais aussi des organisateurs qui veulent maintenir l'esprit familial de l'événement malgré l'absence inédite de vaches et la promesse de nombreuses visites politiques.
Depuis trois ans, les mois qui précèdent le salon ont été le cadre de manifestations d’ampleur. En 2024 pour demander du revenu, de la considération et un avenir. En 2025 pour demander la concrétisation des promesses, repoussées par l’instabilité gouvernementale.
En 2026, c’est la gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest qui a fait déborder le vase, s’ajoutant aux inquiétudes sur l’accord de libre-échange UE-Mercosur, une balance commerciale agroalimentaire au bord du déficit, des aléas climatiques toujours plus intenses…
Pour la première fois depuis la création du salon en 1964, les bovins seront absents, les organismes de sélection des races ayant décidé « par précaution et par solidarité » avec les éleveurs touchés par la dermatose de ne pas présenter leurs animaux.
Un défi pour les organisateurs qui ont multiplié les activités familiales pour tenter d’attirer de nouveau au moins 600 000 visiteurs.
Quelle vision ?
Dans les fermes, la lassitude le dispute à l’exaspération. L’agriculture a fait la Une tout au long de l’année, les débats sur la loi Duplomb et la réintroduction d’un pesticide néonicotinoïde interdit en France mais autorisé ailleurs en Europe jusqu’en 2033 ayant exacerbé des fractures sociétales et politiques entre les défenseurs de l’environnement et ceux du productivisme face à la concurrence étrangère.
Le gouvernement a multiplié les annonces entre décembre et janvier, au point que le salon, qui durera jusqu’au 1er mars, s’est transformé en point d’étape sur l’avancée de plusieurs dossiers : les conférences de la souveraineté alimentaire, la politique de l’eau et la construction d’une « loi d’urgence agricole » dont les contours restent flous à ce stade.
A un peu moins d’un an de l’élection présidentielle, les syndicats agricoles attendent toujours une « vision » d’Emmanuel Macron, qui s’est contenté de livrer trois mots clé début février lors d’une visite de ferme « production, préservation, protection ».
Insuffisant pour la FNSEA, qui domine encore le syndicalisme agricole avec ses alliés des Jeunes Agriculteurs, mais se voit chahutée par l’ascension des contestataires de la Coordination rurale.
Le président de la FNSEA Arnaud Rousseau s’est impatienté la semaine dernière, demandant au gouvernement de soutenir clairement une deuxième tentative du sénateur de droite Laurent Duplomb visant à réintroduire des pesticides interdits après un premier échec en août, la mesure ayant été censurée par le Conseil constitutionnel.
« À une semaine de l’ouverture du Salon international de l’agriculture, les agriculteurs attendent de la cohérence et du courage politique », a-t-il déclaré.
La Confédération paysanne, troisième syndicat qui défend une « réelle » transition agroécologique et s’oppose fermement aux lois Duplomb, a d’ores et déjà annoncé le boycott de l’inauguration du salon samedi par M. Macron, dénonçant la « cogestion perpétuelle » entre la FNSEA et le gouvernement. Pas question pour le syndicat de participer à « une vitrine de l’agriculture qui n’existe pas sur le terrain ».
« Pas la kermesse »
Une inconnue réside dans ce que feront lors du salon les « bonnets jaunes » de la Coordination rurale (CR), habitués aux actions coup de poing. Les organisateurs ont appelé au « respect des visiteurs » et des exposants, qui dépensent des milliers d’euros pour vanter les produits du terroir.
« On ne va pas au Salon pour faire la kermesse, on y va pour interpeler les politiques et demander à l’amont et à l’aval qu’ils soutiennent nos demandes », a annoncé le président de la CR Bertrand Venteau, citant les banques ou les supermarchés, alors que les négociations entre agroindustriels et grande distribution doivent se conclure avant la fin du salon.
« On ne peut pas mettre la pression sur le Salon chaque année », a prévenu Arnaud Lemoine, directeur du Ceneca (organisateur du Salon) lors d’une conférence de presse, rappelant que manifestations et tractage sont interdits tandis que les déambulations des politiques seront encore « plus encadrées ».
Plus de 80 visites institutionnelles sont attendues, malgré l’absence de vaches pour la photo traditionnelle des politiques, qui aiment autant se mettre en scène aux côtés des animaux que de goûter aux rhums de Martinique ou au brie de Meaux.