Après une belle récolte de blé, la France « au défi de l’export »


AFP le 29/08/2025 à 06:00

La France « retrouve de bons volumes » de blé en 2025, tout en restant « sous le seuil de rentabilité » pour les agriculteurs, et devra faire face au défi de l'export dans un marché mondial d'abondance, selon Argus Media France.

« Après une récolte 2024 catastrophique, la production française de blé tendre rebondit à 33,4 millions de tonnes, selon la dernière estimation réalisée par Argus Media », a déclaré jeudi Alexandre Willekens, analyste des marchés agricoles au sein de la société, au cours d’une conférence de presse à Paris.

Un « apparent retour à la normale » qui « ne dissipe pas les inquiétudes des producteurs, confrontés à un marché déprimé », a souligné Gautier le Molgat, PDG d’Argus Media France.

Cette belle récolte – en hausse de près de 30 % par rapport à 2024 – se situe toutefois en-deçà (- 4 %) de la moyenne des années 2017-2023, établie à 35 millions de tonnes en France, premier producteur de blé de l’Union européenne. « La hausse des rendements, à 7,44 tonnes par hectare (contre 6 t/ha l’an dernier) ne compense pas la baisse des surfaces », relève M. Willekens.

En 2024, 4,49 millions d’hectares ont été cultivés en blé, soit « la 3e plus faible sole (surface) de blé en France en plus de 20 ans », après les semis de 2019 et 2023, indique-t-il.

Plusieurs raisons expliquent cette « baisse tendancielle » : un automne 2024 pluvieux au moment des semis dans les régions du nord, le grignotage des terres agricoles et surtout le choix de cultures plus rémunératrices dans certaines zones.

« On estime le coût de production moyen d’un céréalier français autour de 200 euros par tonne » – contre 175 t avant l’invasion russe de l’Ukraine et la flambée des prix des intrants, notamment carburants et engrais -, a-t-il indiqué. « Nous estimons qu’il manque environ 30 euros par tonne pour un producteur au prix de vente actuel », ajoute-t-il, alors que la céréale du pain s’échange actuellement sous 190 euros la tonne sur le marché européen.

Abondance mondiale

En cause : une pression concurrentielle accrue sur le marché mondial, où il y a abondance de blé, et une parité défavorable aux exportations françaises.

La hausse de sa production permettrait à la France d’exporter entre 9 et 10 millions de tonnes de blé vers les pays tiers (hors UE), mais Argus Media ne prévoit que 8 Mt d’exportations, avec un stock restant de 4 Mt, soit le double de l’an dernier.

Ces prévisions en demi-teinte s’expliquent par la perte de débouchés majeurs : tout d’abord l’Algérie, qui a représenté jusqu’à 50 % des ventes françaises vers les pays tiers, s’est fermé, notamment pour des raisons diplomatiques, a expliqué Maxence Devillers, analyste.

Et la Chine, « devenue acheteuse de blé français en 2019-2020, ce qui a permis de compenser en partie l’absence de l’Algérie », n’achète presque plus rien : « on estime à 500 000 tonnes les ventes de blé pour 2025-26 », c’est peu, parce que la Chine a eu de bonnes récoltes et voit sa consommation et donc ses besoins de stock de réserve baisser, a-t-il ajouté.

Dans ce contexte, le Maroc est devenu le premier client hors Europe de la France et pourrait acheter jusqu’à 2,5 millions de tonnes de blé en 2025-26, selon Argus Media.

L’abondance de blé dans le monde – avec « plus de 400 Mt disponibles chez les 8 plus grands exportateurs » – est une « très bonne nouvelle pour les pays acheteurs », estime Gautier Le Molgat, mais promet une bataille rude entre vendeurs sur les marchés.