À Grandpuits, l’usine LAT Nitrogen, produisant de l’ammonitrate et de l’urée, va fermer
TNC le 03/04/2026 à 11:55
LAT Nitrogen France s’apprête à cesser définitivement l’activité de production de son usine de Grandpuits (Seine-et-Marne) en août prochain. Le site devrait être transformé en plateforme logistique pour le centre de la France.
Après avoir mis à l’arrêt l’atelier de production d’ammoniac début 2025, LAT Nitrogen a annoncé, le 26 mars dernier, un projet visant à mettre fin à son activité de production d’ammonitrate et d’urée dans son usine de Grandpuits en Seine-et-Marne. La production d’AdBlue sera également stoppée.
« Une sous-utilisation industrielle importante »
L’entreprise ne voit « aucune perspective d’amélioration sans cette réorganisation. Malgré les restructurations précédentes, le site n’a pas réussi à retrouver la rentabilité attendue. Il affiche aujourd’hui les coûts les plus élevés et la plus faible efficacité au sein du groupe », selon Leo Alders, PDG de LAT Nitrogen.
L’industriel assure avoir tenté « d’augmenter les ventes, stabiliser la production et chercher un approvisionnement compétitif en ammoniac. Les efforts d’optimisation énergétique et de réduction des coûts fixes se sont révélés insuffisants dans un contexte économique défavorable au marché des engrais azotés ». « Les profondes difficultés auxquelles est confrontée l’industrie européenne des engrais – des coûts énergétiques en forte hausse en raison des événements géopolitiques, et d’une concurrence déloyale d’importations non soumises à la taxe carbone – ne sont pas nouvelles, et la France ne fait malheureusement pas exception », a déclaré Leo Alders.
« La demande d’engrais azotés en Europe aurait reculé d’environ 20 % entre 2019 et 2024. En France, les livraisons totales d’engrais azotés ont chuté de 18 % entre 2016 et 2025, et celles d’ammonitrate de 66 % depuis 2008, […] entraînant une sous-utilisation industrielle importante. »
« Préserver la compétitivité sur les deux sites restants »
L’arrêt de la production à Grandpuits est « nécessaire pour préserver la compétitivité de l’entreprise sur ses deux sites restants en France, à Grand-Quevilly (Seine-Maritime) et Ottmarsheim (Haut-Rhin) », soutient Leo Alders. Le site seine-et-marnais va devenir une plateforme logistique de stockage d’ammonitrate pour les clients du centre de la France.
L’entreprise a annoncé le maintien de seulement 12 postes pour assurer le fonctionnement de cette plateforme, 115 personnes seront licenciées. LAT Nitrogen s’engage à fournir un accompagnement personnalisé à chacun des salariés concernés.
« Après une journée de grève le 30 mars dernier, nous allons entrer en négociations à partir de la semaine prochaine. On ne milite plus pour le redémarrage de l’usine, on n’y croit plus un instant », indiquent les élus syndicaux de Grandpuits, qui préfèrent « concentrer leurs forces sur l’accompagnement des salariés. » « En tout, la fermeture devrait impacter 200 personnes, en comptant les sous-traitants de l’usine. Les commerces locaux vont aussi pâtir de la situation, dans cette ville d’un peu plus de 1 000 habitants au cœur d’un territoire pauvre en termes d’activités. »
« Aucune nouvelle de l’État »
« On en veut à nos dirigeants, actuels et passés, qui n’ont pas su appréhender l’évolution du marché. Ce qui nous agace aussi, c’est le manque de soutien de l’État français. Pendant la crise du Covid-19, notre activité a été classée « vitale pour la Nation ». On s’est organisé pour répondre à l’appel, et continuer à produire des engrais, ainsi que du CO2 pour le médical, des produits de nettoyage pour les lignes alimentaires, etc. Aujourd’hui, nous n’avons aucune nouvelle, l’État est absent. » Les syndicats tiennent également « pour responsable l’Union européenne, avec les normes et les taxes, qui pèsent sur les coûts de production ».
L’arrêt d’une usine française de production d’engrais questionne sur le terrain, face aux enjeux de souveraineté alimentaire. « Pendant combien de temps vais-je encore pouvoir profiter du logo made in France sur mes sacs d’engrais », demande Arthur Portier, analyste chez Argus Media France et agriculteur dans l’Oise, dans un post sur LinkedIn.
« La question de notre indépendance industrielle s’impose, […] alors que la brutalité des événements récents rappelle notre vulnérabilité. […] Deux choix s’offrent à nous : accepter nos interdépendances, et donc notre exposition aux humeurs des dirigeants d’un monde instable ; lever les freins à l’innovation pour construire un mix énergétique/engrais/grains capable de redonner de la puissance à notre espace économique. Le temps politique n’est pas le temps agricole. Il est temps d’agir ! »