« Quand on est dans une crise, donner des perspectives, c’est absolument vital »


TNC le 20/03/2026 à 10:08
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Sébastien Windsor, président des chambres d'agriculture, a présenté le 19 mars les grandes lignes du plan stratégique du réseau à horizon 2030. (© TNC)

Tenant compte les évolutions du contexte agricole, les chambres d’agriculture ont présenté leur projet stratégique à horizon 2030, avec une ambition : se recentrer sur le développement agricole et le conseil global afin de redonner du revenu aux agriculteurs.

Il s’agit, pour Sébastien Windsor, de « retrouver la noblesse du développement agricole », qui était un des points forts de la France il y a 50 ans, estime le président de Chambres d’agriculture France. Le réseau a validé le 19 mars les indicateurs de son plan stratégique Ambition 2030, qui vise à accompagner plus efficacement les agriculteurs sur la question du revenu des exploitations agricoles, et sur la capacité des fermes à s’adapter à l’accélération du changement climatique.

Si le développement agricole a toujours fait partie intégrante des missions des chambres d’agriculture, ces dernières veulent désormais réorienter leur action en réduisant la voilure sur l’accompagnement réglementaire et le conseil d’optimisation, pour réinvestir sur l’accompagnement global de l’exploitation dans son ensemble.

Accompagner les projets et la création de valeur

« Notre ambition, c’est de nous recentrer sur le développement agricole », détaille Olivier Lebert, vice-président de Chambres d’agriculture France. Le plan stratégique comporte trois axes, le premier étant de sécuriser les projets des agriculteurs, avec un accompagnement pensé tout au long de leur carrière, un appui sur la gestion quotidienne, et un soutien face aux crises qui se multiplient. Le renforcement des compétences des techniciens des chambres doit contribuer à ces objectifs : le réseau vise la formation de 1 600 conseillers référents d’ici 2030, explique Olivier Lebert.  

L’axe 2, « créer de la valeur dans les territoires », marque une « réelle inflexion » dans la stratégie des chambres d’agriculture, explique le vice-président, puisqu’il s’agit désormais de se concentrer sur les filières existantes, et non sur l’émergence de nouvelles comme par le passé. « Le plus efficace c’est de s’appuyer sur les filières existantes plutôt que de faire toujours émerger de nouvelles filières, on veut se mettre davantage en positionnement d’accompagner les acteurs économiques, et non plus de faire nous-mêmes », reconnaît Sébastien Windsor.

Le troisième axe vise à faire des chambres d’agriculture « un réseau efficient et reconnu », plus proche des instituts techniques, et capable de déployer des solutions performantes, en lien avec les nouvelles technologies.  

Décliner les objectifs des conférences de la souveraineté

Acté par le réseau, le projet stratégique doit être déployé région par région et département par département, précise Sébastien Windsor, pour qui « il est important qu’on ait cette vision pour mieux guider les agriculteurs ». A titre d’exemple, le président de Chambres d’agriculture France cite les objectifs issus des débats nationaux sur la souveraineté alimentaire, présentés filière par filière au salon de l’agriculture. « Si on veut que ça marche, il faut les décliner sur le territoire », explique-t-il.

Le réseau a donc demandé à jouer un rôle central dans la déclinaison territoriale, et sera « le tiers de confiance » qui permettra de mettre les différents acteurs autour de la table. Le but étant d’identifier les projets qui, sur chaque territoire, contribueront aux objectifs nationaux. Arnaud Delestre, premier vice-président des chambres d’agriculture, évoque le cas de son territoire, l’Yonne, en zone intermédiaire. « On a été longtemps dans la simplification de systèmes, et aujourd’hui, on s’aperçoit que pour regagner de la compétitivité, il faut alimenter les unités de transformation que l’on a sur nos territoires » : abattoir de volailles, usines de transformation laitière…

Mais l’objectif du conseil global ne s’arrête pas à la rentabilité. « On va parler aussi de la vivabilité de la ferme, car on a parfois des agriculteurs qui gagnent leur vie, mais qui produisent la journée, transforment la nuit et vendent le week-end », ajoute Guillaume Lefort. Pour Sébastien Windsor, ce projet stratégique a d’autant plus de sens que le contexte actuel est compliqué. « Quand on est dans une crise, redonner des perspectives c’est absolument vital », insiste-t-il. Sans compter que la moitié des agriculteurs vont partir à la retraite dans les cinq ans à venir, et « on n’arrivera pas à en attirer de nouveaux sans revenu », ajoute-t-il.