« Les fermes bio, moins capitalistiques, donc plus accessibles pour s’installer »


TNC le 26/03/2026 à 17:07
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La dimension souvent plus modeste des exploitations bio est un atout pour l'installation sur le plan économique. (© Adobe Stock/Dzmitry)

Alors que la demande reprend, et pour répondre à l’objectif de 21 % de la SAU française en agriculture biologique d’ici 2030, l’État et les collectivités devraient soutenir davantage l’installation en bio, selon une table ronde au Salon de l’agriculture. D’autant que les exploitations en AB sont résilientes économiquement. De tailles plus modestes, elles sont plus facilement transmissibles à des repreneurs qui ne peuvent ou ne veulent pas s’endetter pour 30 ans.

« Pour atteindre 21 % de la SAU française en bio en 2030 (ce chiffre n’était que de 10 % en 2024), soit dans moins de quatre ans, comme prévu dans la loi d’orientation agricole, il faut que des installations en agriculture biologique. » Un constat clairvoyant pour démarrer la conférence « Financer et accompagner l’installation en bio », organisée par la Fédération nationale de l’agriculture biologique et Fermes en vie (Feve)au Salon de l’agriculture 2026. Or, après la crise qu’a traversée le secteur ces dernières années, la conjoncture est de nouveau meilleure : après avoir baissé, la demande repart à la hausse.

« Le marché a été multiplié par 2,5 en dix ans, appuie Sophie Rigondaud, chargée de mission « futur bio » à la Fnab mettant en avant « la bonne dynamique en lait » en particulier, reconnaissant que des difficultés persistent encore en viande. L’enjeu pour inciter à s’installer en agriculture biologique est de « maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande, et de garantir les prix ». Alan Testard, secrétaire général « futur bio » à la Fnab, insiste cependant sur le décalage entre le marché et l’offre.

« Résilientes économiquement »

« Même s’il est redevenu porteur, la situation économique de certaines fermes reste difficile », détaille-t-il. Sur les huit premiers mois de 2025, d’après l’Agence bio, il y a eu plus de départs d’agriculteurs que de nouvelles installations, avec 165 exploitations en moins sur la période, un solde pour la première fois négatif. « Au total, 110 000 ha ont été perdus entre 2023 et 2025 », alerte-t-elle. Alan Testard pointe « le manque d’accompagnement de l’État et des collectivités ». Sophie Rigondaud déplore d’ailleurs que le budget de la Pac 2023-2027 consacré à l’agriculture biologique ait été « réduit de 5 à 1 % ». « Un désengagement inquiétant du soutien direct aux agriculteurs », selon elle.

Pour preuve, de plus, selon la Fnab : les coupes budgétaires au sein de l’Agence bio, qui n’a pas de stand au Sia et se retrouve dans un camion dans les espaces extérieurs. Si le dynamisme de la filière est de retour, c’est parce que les fermes en AB « sont résilientes et cherchent les économies », fait remarquer Alan Testard. Le renouvellement des générations est également un enjeu en agriculture biologique. L’accès au foncier et aux financements est tout aussi complexe qu’en conventionnel. « Mais les entreprises sont souvent de dimension plus modeste, moins capitalistiques, donc plus accessibles pour la reprise », nuance Philippe Tuzelet, directeur de la Safer de Nouvelle-Aquitaine.

« Les repreneurs n’ont plus envie de s’endetter pour 30 ans »

Or les repreneurs recherchent aujourd’hui davantage ce type de structures pour « ne pas s’endetter sur 30 ans ». « Les très grosses exploitations, intransmissibles, existent néanmoins. Nous souhaiterions des évolutions législatives pour en déstructurer certaines en plusieurs lots plus faciles à transmettre », fait-il valoir avant de rappeler que, suite à la loi d’avenir agricole de 2014 qui visait a minima que les terres en bio le restent, la Safer stocke du foncier dans ce but à destination des futurs installés en partenariat avec la Région. « L’argent public dédié au bio doit être utilisé pour le bio. »

Alors ils recherchent des structures de taille plus modeste.

Philippe Tuzelet précise également que l’agriculture biologique fait partie des critères de priorisation des dossiers d’installation. Simon Bestel, cofondateur et directeur des opérations de Feve, insiste sur le rôle de son entreprise à mission en matière de foncier. Grâce à l’épargne citoyenne, la foncière achète des terres qu’elle met en location à des porteurs de projets agro-écologiques, avec option d’achat au bout de cinq ans. « Être en AB n’est pas une obligation au départ mais un objectif à terme », indique-t-il évoquant aussi le portage foncier comme moyen de conserver en bio les surfaces déjà converties.

« Le bio serait plus rentable si ses impacts positifs étaient mieux reconnus »

Face au changement climatique et à l’épuisement des ressources naturelles, en eau notamment, « s’installer en agriculture biologique semble un levier pour assurer la pérennité de l’exploitation », juge le directeur de la Safer de Nouvelle-Aquitaine. Pour favoriser les installations, Alan Testard invite donc à « mieux reconnaître les impacts positifs du bio sur l’environnement, l’eau, la biodiversité, etc. », financièrement entre autres. « L’agriculture biologique serait alors plus rentable », appuie Simon Bestel.

Le monde agricole doit s’ouvrir plus aux personnes non issues du milieu, estime par ailleurs Philippe Tuzelet. « Il ne faut pas être expert en démographie pour le comprendre ! », lance-t-il. Or ces Nima sont nombreux à choisir l’agriculture biologique. Et ils ont des besoins et des projets spécifiques qui nécessitent d’adapter leur formation et leur accompagnement. La Fnab et la Safer travaillent, en collaboration, pour améliorer le repérage des fermes à céder en bio et des candidats pour les reprendre.

« Davantage d’installations en AB, c’est plus d’emplois à l’hectare »

La Safer et Feve collaborent également dans ce domaine et pour simplifier, derrière, la transmission du foncier. Au salon, la Fnab et Feve ont, eux aussi, signé un partenariat pour soutenir l’installation d’agriculteurs en bio, avec lancement d’un appel à projets sur l’ensemble du territoire. Les candidatures pour obtenir un financement doivent être déposées avant le 30 juin sur Un projet agricole BIO à concrétiser ? « Feve permet d’accéder plus facilement à la terre et, c’est ce qui nous importe, de devenir propriétaire à terme de l’outil de production », souligne Alan Testard.

« Les producteurs en AB sont heureux dans leur métier, qui a du sens et véhicule des valeurs comme nourrir la population avec un moindre impact sur la planète, travailler en collectif, partager, s’entraider, créer du lien avec les consommateurs, beaucoup faisant de la vente directe, et donc animer le territoire, conclut-il. Plus d’installations en bio, c’est également plus d’emplois à l’hectare. Pour toutes ces raisons, l’État et les collectivités locales doivent s’engager davantage pour la filière. »