Coordination rurale

« La France doit abandonner sa logique exportatrice »


TNC le 14/05/2020 à 18:25
Pour la Coordination rurale, la reconquête de la souveraineté alimentaire française ne se fera qu'à condition de renoncer à une logique exportatrice. (©TNC)

Pour la Coordination rurale, la reconquête de la souveraineté alimentaire française ne se fera qu'à condition de renoncer à une logique exportatrice. (©TNC)

Avec la pandémie de coronavirus, la dépendance alimentaire de la France aux importations est redevenue un sujet stratégique. Pour la Coordination rurale, qui dénonce cette situation depuis plusieurs années, il est temps d’affirmer politiquement cette volonté de reconquérir la souveraineté alimentaire en limitant les exportations, quitte à bousculer certaines structures qui profitent de cette situation sur le dos des producteurs.

Avec la crise, la dépendance alimentaire de la France, mais aussi la dépendance de l’agriculture vis-à-vis de la main d’œuvre étrangère n’a jamais autant été mise en avant, a souligné Bernard Lannes, président de la Coordination rurale, lors d’une conférence de presse à distance, le 14 mai. Pour le syndicat, il faut désormais profiter de ce moment pour aider politiquement l’agriculture française à répondre à l’enjeu de la souveraineté alimentaire.

Car si la balance commerciale du secteur alimentaire français est positive, dans le détail, ces échanges posent question, explique Véronique Le Floch’, secrétaire générale de la Coordination rurale. Ainsi, « on exporte beaucoup de poulets entiers congelés avec une balance commerciale positive, mais on importe beaucoup de découpes de poulet, avec un large déficit commercial », poursuit-elle. Et le prix des importations n’est pas moins élevé que celui des exportations. Plutôt que d’effectuer ces échanges, pourquoi ne pas garder en France le poulet qu’on exporte, pour réduire le déficit de 640 millions d’euros sur la partie découpe, demande le syndicat.

Même constat pour le porc : la France exporte du jambon non désossé de façon excédentaire, mais importe de la charcuterie, de la viande désossée, de la saucisserie, avec un déficit de 770 M€, alors qu’ « au niveau des équilibres en volume, on n’est pas loin ! », insiste Véronique Le Floch’, qui dénonce un phénomène similaire dans le secteur de la viande bovine et pour la crème. On peut se demander à qui profite ce système, à partir du moment où l’on importe plus cher que l’on exporte, si ce n’est aux grands industriels de ces filières qui ont des usines hors de France, ajoute-t-elle.

Lever les freins à la relocalisation

La Coordination rurale a donc envoyé un courrier en ce sens au président de la République. « Ce travail aurait dû être fait au moment des États généraux de l’alimentation », regrette le syndicat. « Emmanuel Macron nous a fait de belles incantations, il doit passer à l’action », insiste Bernard Lannes, qui ajoute : « il faut qu’il se dépêche, parce que l’agriculture va mal, et avec le nombre d’agriculteurs qui vont partir à la retraite, on n’a même pas 10 ans devant nous ».

« On demande à relocaliser l’agriculture en France en abandonnant la logique exportatrice », ajoute Damien Brunelle, vice-président du syndicat. « Nous voulons un marché agricole européen organisé, protecteur pour les agriculteurs, pour les consommateurs, pour l’environnement », explique-t-il, appelant à reconstruire la Pac sur cette base.

Du côté strictement français, il faudrait également « moins d’organismes coûteux vivant sur dos des agriculteurs », bien souvent aux mains du syndicat majoritaire, mais « financés par des CVO, des cotisations volontaires obligatoires », dénonce-t-il. Ainsi, si les grandes cultures ont besoin d’un plan protéines, ce dernier maintes fois promis n’est toujours pas là. « Peut-être parce que remettre des cultures d’oléoprotéagineux dans nos rotations, cela veut dire moins de céréales, et cela pose problème pour l’interprofession céréalière qui vit de CVO », ajoute Damien Brunelle.

Enfin, la Coordination rurale demande également aux pouvoirs publics de mettre fin à l’ajout de normes spécifiquement françaises sur la production agricole, quand les autres pays européens sont moins stricts.  

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« Battons-nous pour avoir demain une alimentation saine, loyale et de qualité avec des prix rémunérateurs pour nos agriculteurs. Avec le coronavirus, les problèmes sont devant nous, une crise économique va suivre. Il va y avoir des millions de morts de faim, pendant que l’on discute de comment nous allons reprendre la main sur notre alimentation : il faut arrêter de croire que d’autres vont continuer à produire pour nous à bas prix », conclut Bernard Lannes, qui appelle à ne pas oublier la fonction première de l’agriculture, la fonction nourricière.