« Au service de remplacement aussi, pas facile d’être une femme »
TNC le 03/02/2026 à 14:52
C’est ce que révèle une enquête, réalisée par Service de remplacement France auprès de ses agentes, mettant en évidence une « barrière à l’embauche » qu’elles se créent elles-mêmes en partie – même si ensuite leur environnement de travail continue de favoriser ce manque de confiance –, des conditions matérielles peu adaptées – 83 % des enquêtées, par exemple, n’ont pas ou peu accès à des sanitaires, et la persistance de discriminations et violences sexistes.
Les résultats de l’enquête de Service de remplacement France, visant à « mieux comprendre les freins rencontrés par les agentes dans l’exercice de leur profession et à renforcer l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, et plus largement les conditions de travail et la qualité de vie au sein de l’ensemble du réseau », sont édifiants. Les premières difficultés surviennent avant même d’être embauchées. Cette « barrière à l’embauche », comme la définit l’étude, est d’abord « implicite » comme « une forme d’autocensure ».
Des freins avant même d’être embauchées
Certes, 75 % des personnes interrogées n’ont pas hésité à candidater, mais un quart ont quand même douté : 63 % de leurs compétences et 31 % de leur capacité d’autonomie. « Leur entourage en a même dissuadé certaines. » « Leurs compétences peuvent être aussi sous-estimées par leurs employeurs », ajoute Baptiste Catalan, chargé de mission au SR France, lors du séminaire de restitution du projet « Dégenrons l’installation en agriculture »(1) en décembre dernier.
Certains adhérents ne veulent que des hommes.
« Ce sentiment d’une moindre légitimité provient d’une réalité qui les rend moins légitimes puisqu’on leur confie certaines tâches et pas d’autres, et que leurs erreurs sont davantage sanctionnées, ce qui limite également leur esprit d’initiative », indique-t-il avant de poursuivre : « Les demandes de nos adhérents sont parfois discriminatoires : ils précisent vouloir un salarié homme. » Dès leur recrutement, 13 % des agentes de remplacement jugent « le métier peu adapté aux femmes ». Conclusion de ces premiers résultats : « Des stéréotypes freinent encore l’accès à la profession. »
46 % des agentes témoignent de difficultés matérielles
Le manque d’ergonomie du matériel, comme des vêtements de travail, illustre parfaitement l’inadaptation qui vient d’être évoquée. 46 % des enquêtées témoignent en ce sens. « Seules 38 % en informent leur hiérarchie, souvent par crainte de paraître exigeantes », d’agacer leurs collègues masculins voire d’essuyer des critiques et moqueries. Or, « ces contraintes affectent directement leur santé, leur efficacité, la qualité du travail et leur confiance en elles », alerte Service de remplacement France.
« Et augmentent les risques », complète Baptiste Catalan qui s’interroge : « Comment peuvent-elles être confiantes dans un environnement de travail et un monde agricole qui ne leur permettent pas de l’être ? » Preuve de conditions de travail inadéquates, l’un des verbatims recueillis : « On s’adapte toujours, mais à force, c’est le corps qui encaisse. » Autre élément marquant : 18 % des répondantes ne disposent d’aucun sanitaire, 36 % ne peuvent y accéder que rarement et 29 % parfois seulement, soit un total de 83 % !
65 % ont été confrontées à des propos sexistes
Baptiste Catalan signale, par ailleurs, « qu’elles sont nombreuses à quitter le SR pour un autre emploi lorsqu’elles deviennent mamans », ce qui pose la question de l’équilibre entre la vie professionnelle et privée. Quant aux violences sexistes et sexuelles (VSS), « une agente sur cinq y a déjà été confrontée » : 65 % à des propos sexistes, 58 % à des blagues à connotation sexuelle et 6 % à des agressions sexuelles. Elles ne sont qu’un tiers à les avoir signalées « par peur d’être jugées, par résignation ou pour éviter de faire des vagues ».
Sensibiliser, former et outiller le réseau pour mieux gérer ces situations.
Les services de remplacement manquent de formation et de procédures clairement définies pour réagir : « Les situations sont gérées au cas par cas, la qualité de la prise en charge dépendant de la sensibilité et de l’expérience du personnel administratif face à ces problématiques. » L’objectif de ce travail est donc de « passer d’une approche intuitive avec des pratiques diverses à une démarche plus formalisée et uniformisée », avec des outils spécifiques. Le genre doit être pris en compte dès le recrutement, la sensibilisation et la prévention généralisées.
Il faut, en outre, favoriser une « reconnaissance équitable » et mener une véritable politique contre les discriminations et les VVS, et lorsqu’elles existent, « mieux les prendre en charge », appuie Baptiste Catalan. D’autant que les agentes manifestent un « fort attachement à leur métier qu’elles ont choisi » et au Service de remplacement. « Elles le perçoivent comme un espace humain, solidaire et porteur de sens. »
(1) Porté par plusieurs réseaux agricoles (Civam, Fadear, Fnab, Trame, Reneta, Services de remplacement…), il vise à « étudier les spécificités liées au genre dans l’installation en agriculture, à sensibiliser sur les inégalités et à expérimenter des accompagnements adaptés ». D’autres articles à venir sur les travaux menés dans ce cadre.