« Dégenrons l’installation agricole pour déverrouiller ce plafond de terre »


TNC le 08/03/2026 à 05:42
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Pour les organismes impliqués, « il est urgent d’agir pour garantir un accès égal au métier d’agriculteur et agricultrice ». (© stockbusters, Adobe Stock)

Pour la Journée internationale des droits des femmes, Terre-net vous propose de (re)découvrir le projet « Dégenrons l'installation en agriculture », ses enseignements, les résultats de plusieurs enquêtes et actions menées sur le terrain, à travers les différents articles publiés sur le sujet. L'objectif, rappelons-le, est de mieux comprendre les réalités et les freins auxquels sont confrontées les agricultrices et futures installées, de favoriser leur vocation et faciliter leur parcours.

Un quart de cheffes d’exploitation agricole : ce chiffre a augmenté, certes, mais il stagne depuis plusieurs années et n’est pas si transcendant que ça au final. Des porteuses de projets, pourtant, viennent s’informer au point accueil installation, selon les données compilées par les PAI. Et elles sont bien plus que 25 % ! En Bretagne, par exemple, elles représentent 40 % des personnes accueillies. Alors pourquoi sont-elles si nombreuses à renoncer ? Ces observations et cette question sont à l’origine du projet « Dégenrons l’installation agricole » car, constatent les organisations partenaires qui y participent(1), « l’agriculture ne se féminise pas ».

Aujourd’hui encore, « 114 000 femmes travaillent dans les fermes sans statut », rappellent-elles, et seules 25 % perçoivent la DJA. Lancé il y a deux ans, ce projet vise à mieux cerner les difficultés spécifiques rencontrées et à proposer des solutions. Il s’agit « d’être au plus près des réalités des futures et jeunes installées en agriculture » et d’adapter l’accompagnement à l’installation en conséquence. « Il est urgent d’agir pour déverrouiller ce plafond de verre, ou plutôt de terre, et garantir un accès égal au métier d’agriculteur et agricultrice », estiment les organismes impliqués, réunis en décembre pour partager le résultat de leurs réflexions.

(1) Civam, Fadear, Fnab, Trame, Service de remplacement France, Terre de liens, Reneta, Solidarité paysans, Mouvement interrégional des Amap, Accueil paysan

Tâches genrées et moins le droit à l’erreur

Deux enquêtes ont été menées : l’une, à l’initiative de Service de remplacement France, auprès de ses agentes et l’autre par le Reneta dans ses espaces-tests agricoles. La première met en évidence des « barrières à l’embauche » de salariées, certaines liées à un manque de confiance en leurs compétences (63 % des répondantes) et leur autonomie (31 %). Un quart hésitent donc à postuler.

Celles qui sont embauchées rapportent que leurs employeurs ne leur confient pas toujours n’importe quelle tâche et que leurs erreurs sont davantage sanctionnées. Les équipements ne sont pas toujours adéquats et 83 % n’ont pas accès systématiquement à des sanitaires. « Il arrive parfois que les adhérents demandent un homme », indique le SR France qui ajoute, par ailleurs, « qu’une agente sur cinq a déjà été confrontée à des violences sexistes et sexuelles ».

Les inégalités hommes/femmes existent déjà même avant l’installation. C’est ce que révèle la deuxième enquête du réseau des espaces-test agricoles, le Reneta. Ici aussi, la moitié des testeurs sont des testeuses et seul un tiers d’entre elles s’installent derrière. La répartition des tâches y est déjà genrée : 90 % des femmes s’occupent de l’administratif et seulement 40 % de la mécanique et de l’entretien des machines. 74 % des projets féminins sont impactés par les responsabilités familiales, les maternités éventuelles en particulier. 90 % se sentent moins légitimes que leurs collègues masculins dans leur futur métier d’agricultrice, et 70 % n’osent pas solliciter leur aide. 90 % jugent avoir moins le droit à l’erreur. Quelques-unes témoignent de violences sexistes et sexuelles.

Selon le Baromètre à l’installation d’Eloi, présenté au Salon de l’agriculture, le manque de crédibilité et le sexiste représentent deux tiers des freins à l’accès au métier cités par les agricultrices. (© Eloi)

Un foisonnement d’initiatives locales

Le but du projet « Dégenrons l’installation en agriculture » est aussi d’expérimenter, recenser, partager, capitaliser sur des initiatives concrètes locales, à l’échelle d’une commune, d’un territoire, départementale, régionale… Citons d’abord le marrainage, comme dans les Hauts-de-France et les Hautes-Pyrénées, qui permet « des échanges motivants, constructifs et bienveillants » entre agricultrices et futures installées. Les marraines ont « envie de transmettre leur expérience et de soutenir les nouvelles arrivantes » et auraient souhaité bénéficier d’un tel dispositif. Les marrainées apprécient ce « regard extérieur » sur leur projet.

Plus communs, les groupes d’agricultrices mis en place dans divers départements pour pouvoir échanger plus facilement et librement que dans des collectifs mixtes, oser poser des questions, partager ses expériences, ses craintes, ses doutes. Le projet en a mis quatre en lumière : le groupe Femmes du Civam de Loire-Atlantique, ou « Les Frangines » en Haute-Garonne, celui de l’Afipar dans les Deux-Sèvres, ou encore Entr’Elles de la FDCuma de l’Isère. La Fnab, elle, a développé une pépinière d’administratrices pour « mettre les agricultrices bio sous serre et faire pousser l’engagement des femmes au sein des OPA ».

D’autres actions portent sur la formation. Le réseau des Amap d’Île-de-France intervient sur les questions de genre en agriculture en BPREA. Dans le Maine-et-Loire, Nourrir49, qui réunit plusieurs structures agricoles départementales, a créé le module « Dégenrons l’installation en agriculture » pour les élèves des établissements agricoles. Solidarité Paysans en propose un, juridique, pour expliciter aux agricultrices et futures agricultrices « les différences de statuts, de formes sociétaires, de régimes matrimoniaux et leurs incidences ». L’association constate en effet que beaucoup sont « lésées lors d’une séparation – elles sont obligées de quitter la ferme et souvent la maison d’habitation – et du décès de leur conjoint ». En Provence-Alpes-Côte-d’Azur enfin, l’Ardear Paca et l’Adear 84 ont fait évoluer le parcours d’accompagnement à l’installation Ecopaysans.