À 60 km/h en tracteur, la sécurité tient-elle la route ?
TNC le 21/10/2026 à 06:32
Depuis 2016, année de l’entrée en application du règlement européen n°167/2013, les tracteurs agricoles peuvent être homologués pour rouler jusqu’à 60 km/h. Les statistiques d’accidentologie permettent-elles de mesurer les effets de cette évolution ? Les données disponibles renseignent sur les accidents impliquant ces engins, sans distinguer leur vitesse maximale par construction.
Sur la route, les tracteurs agricoles sont impliqués dans des accidents corporels. Les bilans de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) permettent de suivre cesaccidents, sans distinguer les tracteurs en fonction de leur vitesse maximale par construction.
En 2024, le bilan définitif recensait 267 accidentscorporels impliquant un tracteur, contre 243 en 2019. Sur la même période, le nombre de personnes tuées dans ces accidents est passé de 55 à 50. Le constat est clair : davantage d’accidents corporels qu’en 2019, mais dans lesquels moins de morts sont à déplorer.
Toutefois, les données ne permettent pas de savoir quelle part concerne des tracteurs homologués à 40, 50 ou 60 km/h. Ces chiffres ne suffisent donc pas à isoler le rôle de la vitesse parmi les facteurs d’accident.
La vitesse est un facteur parmi d’autres
Sur la route, le gabarit et la masse du tracteur, la visibilité depuis la cabine ou encore la présence d’un outil attelé compliquent les déplacements. Les écarts de vitesse avec les autres véhicules et les manœuvres pour rejoindre une parcelle créent des situations délicates.
Une étude du Cerema (centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), commandée par la Caisse centrale de la MSA et le ministère de l’agriculture, a analysé les accidents impliquant des tracteurs agricoles entre 2010 et 2019. Sur cette période, 2 096 accidents ont été recensés, soit une hausse de 2,5 %. L’accidentalité routière globale reculait de 17 % sur le même temps. Le nombre de tués dans ces accidents augmentait lui de 33 %, là où la mortalité baissait de 19 % sur la route.
Dans l’étude, la vitesse est citée comme facteur en cause dans 3 % des accidents impliquant un tracteur, contre 15 % pour le total des accidents de la route. Restons prudents, ces résultats portent sur une période antérieure à la diffusion des tracteurs homologués à 60 km/h, ce qui rend difficile l’isolement de l’évolution de la vitesse maximale autorisée sur la tendance.
Ce que les statistiques ne disent pas
Pour mesurer les effets éventuels de la progression de la vitesse, plusieurs indicateurs seraient nécessaires comme l’évolution du parc de tracteurs homologués à 50 ou 60 km/h, le nombre de kilomètres parcourus sur route, la fréquence des accidents rapportée à l’exposition et leur gravité.
Il est important de distinguer les accidents du travail et les accidents de la circulation. Les données de la MSA couvrent les risques professionnels, tandis que l’ONISR suit les accidents routiers. Ce qui signifie que ces sources décrivent des réalités différentes, qu’il ne faut pas additionner sans prendre de précaution.
Les tracteurs les plus rapides sont-ils davantage impliqués dans les accidents ? Pour l’heure, les statistiques publiques ne permettent pas de l’affirmer. La question reste ouverte.