80 % des installés confiants même si 86 % jugent l’installation agricole complexe
TNC le 17/03/2026 à 11:52
Tel est le paradoxe qui ressort du premier baromètre de l’installation en agriculture d’Éloi, présenté au Sia 2026. Pour autant, parmi les freins cités, le foncier n’arrive qu’en 4e position…

39 % desjeunes agriculteursrécemment installés considèrent l’installation en agriculture très difficile et 47 % plutôt difficile, soit 86 % à estimer que des freins complexifient l’accès au métier d’agriculteur. Pourtant, 77 % ont confiance en leur projet et 69 % en l’avenir de l’agriculture, malgré la crise que connaît le secteur et le mécontentement qui s’exprime dans des mobilisations d’ampleur. Paradoxal mais encourageant à la fois. Ils sont convaincus de s’engager dans une profession pérenne et de la viabilité de leur installation agricole, mais se heurtent à un certain nombre de difficultés.

La passion du métier très largement en tête
Leurs motivations sont fortes et diverses, avec la passion très largement en tête : 33 % des jeunes installés. Ils sont deux fois moins nombreux (16 %) à citer la nature et le contact avec le vivant. Viennent ensuite, à quasi-égalité (10-11 %) : le sens/la valeur/l’utilité du métier, la transmission/la famille, l’autonomie/l’indépendance, l’amour des animaux, le fait de nourrir la population. Le foncier et le financement sont parmi les trois principaux obstacles mentionnés, par les porteurs de projet comme les jeunes installés depuis moins de cinq ans, mais pas le premier.

Le principal frein pour les porteurs de projet : trouver une ferme, pas le foncier
Trouver uneferme à reprendre est ce qui freine principalement les porteurs de projets (64 %). Pour les jeunes installés, c’est la complexité administrative (67 %). L’ordre ensuite est inversé entre les deux groupes : foncier (56 %) puis financement (46 %) pour les seconds, financement (60 %) d’abord curieusement pour les premiers, largement devant le foncier (48 %, 12 points de moins). Les jeunes installés depuis moins de cinq ans ne sont plus que 37 % à juger la recherche d’exploitation à céder compliquée. Peut-être recherchent-ils de nouvelles parcelles à exploiter ou à financer du matériel ou du bâti non prévus dans le projet d’installation ?
La complexité administrative pour les installés depuis moins de 5 ans.
Ce qui pourrait expliquer pourquoi le foncier et le financement priment puisque la ferme où s’installer, ils l’ont dénichée et paraissent déjà avoir oublié les difficultés auxquelles ils ont pu être confrontés. La complexité administrative, les porteurs de projet n’en ont pas pleinement conscience puisqu’elle se classe en 4e parmi les écueils qu’ils évoquent. Heureusement, car sinon elle pourrait encore en dissuader davantage d’aller au bout. En 5e, pour les deux publics, la longueur du processus et en 6e, la formation. « Le foncier et la complexité administrative sont sous-estimés par les futurs installés », analyse Éloi, société à mission qui met en relation des cédants et des repreneurs potentiels, à l’origine de ce baromètre de l’installation agricole, dont il a dévoilé les résultats au Salon de l’agriculture 2026.
Je suis motivé à fond, mais la paperasse gâche tout.
Quelques verbatims illustrent ces chiffres : « Tout est beaucoup plus long à mettre en place que ce qu’on imagine avant de s’installer » ; « Il n’existe pas de trame précise sur les différentes démarches administratives pour s’installer en agriculture » ; « J’espère toucher les aides publiques mais le dossier est en instruction depuis trois ans » ; « Ma motivation était grande il y a un an et demi. Elle diminue suite aux nombreux échecs pour trouver du foncier » ; « La recherche de terres est un parcours du combattant » ; « Je suis motivé à fond, mais la paperasse gâche tout, c’est dommage ».
Être une femme reste un inconvénient pour 37 % des futures et jeunes agricultrices
Accéder au métier semble encore plus ardu pour les agricultrices que les agriculteurs : certes, 58 % des enquêtées n’observent aucune incidence mais 37 % l’ont quand même vécu comme un inconvénient. 42 % ressentent un manque de crédibilité, 24 % subissent préjugés et sexisme, 10 % parlent de financements moins faciles à obtenir et de contraintes physiques. Ces propos recueillis sont éloquents : « On doit constamment prouver qu’on est capable, contrairement aux hommes » ; « Les femmes sont minimisées dans le milieu, il y a un gros manque de confiance en leur capacité à gérer une exploitation » ; « Être une femme, jeune, Nima est un inconvénient majeur dans la recherche de foncier, les propriétaires ne nous prennent pas au sérieux ».
À noter : la part de jeunes exploitantes de l’échantillon, 31 %, est du même ordre que celle recensée parmi les jeunes installés par la MSA, celui de Nima nettement plus élevé (62 % contre un tiers). Leur moyenne d’âge, 35 ans, est un peu supérieure. 89 % sont diplômés (26 % d’un BPREA, 17 % d’un bac pro, 9 % d’un BTSA et 7 % d’un diplôme d’ingénieur agricole ou agronome). L’enquête a été menée entre janvier et février 2026 auprès de 400 porteurs de projets et jeunes installés depuis moins de cinq ans.
En grandes cultures : plus confiance en l’avenir, moins dans leur projet
Éloi propose des focus par filière. En grandes cultures, le nombre de femmes dans l’échantillon est drastiquement plus faible (3 %) et celui de Nima légèrement inférieur (50 %). 93 % sont titulaires d’un diplôme (bac pro : 37 % ; BTSA : 23 % ; BPREA : 17 % ; ingénieur : 10 %). Aucune différence ne ressort par rapport au baromètre général sur la perception du parcours à l’installation, difficile à très difficile pour 86 % des répondants de cette catégorie. La première raison pour laquelle ils ont choisi cette profession est la même : la passion du métier.

Celles listées ensuite se classent bien plus nettement derrière : transmission/famille (10 %), valeur/sens/utilité, nature/contact avec le vivant et autonomie/indépendance (2 % respectivement). En fait, les futurs et jeunes installés seraient plus attirés par l’agriculture pour d’autres motifs, non spécifiés. Ils ont davantage confiance en l’avenir de l’agriculture (77 %, + 8 pts) qu’en leur projet (62 %, — 15 pts), l’inverse du baromètre toutes filières confondues. Quant aux freins, complexité administrative, foncier, financement et recherche de la ferme paraissent équivalents, à 50 %, pour les installés depuis moins de cinq ans. Pour les porteurs de projet, l’ordre reste inchangé comparé au baromètre général, à part le foncier qui passe devant le financement.
