33 % de produit en moins, mais presque autant de revenu pour les fermes laitières Civam
TNC le 23/09/2026 à 05:14
Produire moins pour gagner presque autant. C’est le constat dressé par l’Observatoire technico-économique du Civam : avec un tiers de produit en moins que les fermes du Rica, les élevages laitiers pâturants et économes en intrants affichent des résultats courants comparables, grâce à une meilleure maîtrise des charges et une forte autonomie alimentaire.
Pour 100 € de produit, une ferme laitière du Grand Ouest suivie dans le Rica (Réseau d’information comptable agricole) dégage en moyenne 35 € de richesse en 2024, contre 44 € pour les fermes laitières non bio suivies par le réseau Civam des mêmes régions.
C’est l’un des enseignements de l’Observatoire technico-économique publié par le Civam, qui analyse chaque année les résultats économiques de ses fermes basées sur des systèmes pâturants économes en intrant, en comparaison à ceux des exploitations agricoles suivies par le Rica.
La ferme Civam moyenne (non bio), est plus petite que la ferme Rica moyenne. Elle a 21 % de terres en moins à gérer, 27 % de matériels et bâtiments en moins à manipuler et à entretenir, et 26 % d’animaux en moins à élever. Elle produit également moins de lait, avec 1 400 litres de lait par vache en moins qu’une ferme Rica, soit 183 500 litres de lait de différence à l’échelle de l’exploitation.
Un résultat similaire, avec un tiers de produit en moins pour les fermes Civam
Pourtant, le Civam met en avant des résultats économiques encourageants. « Quand on s’intéresse au résultat courant, c’est-à-dire ce qu’il reste quand on a soustrait l’ensemble des charges courantes à l’ensemble des produits courants, on constate que le résultat courant moyen des fermes […] est quasiment similaire au résultat de la moyenne des fermes Rica ». Un constat que l’observatoire estime comme le fruit de la frugalité des systèmes. « Les fermes agriculture durable consomment donc moins pour produire ».
En moyenne, les fermes laitières Civam non bio du Grand Ouest affichent un résultat courant de 35 310 € par associé en 2024, contre 37 370 € pour les fermes Rica sur la même période : un delta de 6 % en défaveur du réseau Civam. Mais ce rapprochement est à mettre en perspective avec les produits d’activité dégagés par les structures : les deux groupes d’exploitations ne jouent pas tout à fait dans la même cour. Celui-ci atteint en moyenne 194 030 € dans les fermes Rica, contre 130 803 € dans les fermes Civam, soit un écart de 33 %.

Autrement dit, les fermes Civam parviennent à dégager un résultat courant presque équivalent en 2024 avec un produit nettement plus faible. Cela suggère une différence importante dans la manière dont la valeur produite se transforme en résultat économique.
L’autonomie alimentaire, pilier du système
Cette capacité à dégager davantage de revenu à partir d’un produit d’exploitation plus faible s’explique par une maîtrise plus forte des charges alimentaires. Pour la production de cultures fourragères, les fermes Civam dépensent autour de 278 €/ha, contre 527 €/ha pour les fermes Rica. Ce différentiel s’explique en grande partie par des frais de récolte et de semis nettement inférieurs pour les élevages pâturants.
La seconde clé de lecture réside dans le choix des fourrages distribués. « Pour équilibrer une ration à base de maïs, il est ainsi nécessaire d’ajouter environ 175 kg de soja ou 260 kg de colza par tonne de matière sèche de maïs », explique l’observatoire. Si bien que si les fermes Rica produisent bien 183 647 litres de lait supplémentaires, « il leur faut vendre 98 591 l (soit 54 %) rien que pour acheter le surplus d’aliments à l’extérieur de la ferme », estime le réseau Civam.
Cette stratégie du volume permet de produire davantage, mais au prix d’une incertitude liée à la volatilité des prix des intrants, et du lait. « Le coût des concentrés achetés par les fermes du Rica est supérieur au coût alimentaire total des fermes agriculture durable non bio ! »
Des revenus plus réguliers pour les systèmes économes
Les éleveurs en système autonome-économe présentent également des résultats économiques plus réguliers sur le long terme. Sur 10 ans, les fermes Rica ont des revenus 4,5 fois plus hétérogènes que les fermes des réseaux d’information comptable. « Les fermes du Rica s’inscrivent davantage dans une « stratégie volume » : elles génèrent leur revenu en produisant beaucoup, quitte à consommer beaucoup pour produire. Cette stratégie est payante lors des phases de hausse du prix du lait — comme en 2022 — mais elle est risquée car elle expose davantage les fermes en période de baisse de prix du lait », détaille l’observatoire.
En 2016, le revenu par associé talonnait les 8 800 € pour les fermes suivies par le Rica, alors que les membres du réseau Civam se sécurisaient avec environ 26 700 €/UTHF. À l’inverse, en 2022, avec un prix du lait au-dessus des 500 €/1 000 l sur l’année, les éleveurs du réseau Rica affichaient un revenu 40 % supérieur à celui des éleveurs Civam. « En moyenne sur 10 ans, les fermes en agriculture durable [NDLR, ferme Civam autonome-économe] dégagent 8 500 € de revenu disponible en plus par associé par an que les fermes du Rica ».
Au-delà des différents moyens de générer du revenu, les réseaux Civam mettent en avant une manière différente de produire, en opposition à la stratégie de volume. Une stratégie que le Civam propose de mettre en perspective face aux enjeux climatiques actuels. « Les aléas s’amplifient en nombre et en intensité. Nos modes de vie collectifs ne les atténuent guère mais les accentuent bien au contraire. Chocs climatiques, épizootiques, géopolitiques, énergétiques, économiques, financiers, etc. la capacité mentale à encaisser ces vagues successives devient oppressante », estime Mickaël Lepage, membre du réseau Civam du Grand Ouest en conclusion de l’observatoire.