Allongement des rotations, zéro glypho

Premier bilan de l’action Syppre à mi-parcours


TNC le 17/12/2020 à 08:44
« Si la multi-performance n'est pas encore atteinte » sur les différentes plateformes expérimentales, Clotilde Toqué note toutefois « des situations prometteuses ».(©Syppre)

« Si la multi-performance n'est pas encore atteinte » sur les différentes plateformes expérimentales, Clotilde Toqué note toutefois « des situations prometteuses ».(©Syppre)

Lancé en 2015 par Arvalis-Institut du végétal, Terres Inovia et l'Institut technique de la betterave (ITB), le projet Syppre entend accompagner la mise au point des systèmes de cultures de demain. À mi-chemin, les instituts techniques dressent un premier bilan des résultats obtenus.

« Accompagner les agriculteurs vers la multi-performance », telle est l’ambition d’Arvalis-Institut du végétal, Terres Inovia et l’ITB avec le projet Syppre lancé en 2015 pour une durée de 10 ans, rappelle Clotilde Toqué, chef du pôle systèmes de culture innovants et durabilité chez Arvalis. « L’idée est d’assurer la pérennité économique de nos filières tout en s’inscrivant dans les attentes sociétales », ajoute Vincent Laudinat, directeur général de l’ITB. Afin d’étudier concrètement des systèmes de cultures innovants, l’action a été déclinée en cinq projets régionaux spécifiques avec des contextes bien spécifiques : dans le Béarn (terres humifères), le Berry (sols argilo-calcaires), la Champagne (terres de craies), le Lauragais (coteaux argilo-calcaires) et la Picardie (limons profonds) ».

Avec en plus des observatoires et des réseaux d’agriculteurs dans certaines régions, la démarche repose principalement sur cinq plateformes expérimentales. Mises en place au minimum pour dix ans, elles représentent un lieu de test concret des systèmes de cultures innovants, co-conçus par les groupes d’acteurs locaux, et un lieu d’échanges aussi entre agriculteurs, techniciens et partenaires régionaux. 

Les performances de ces différents systèmes de culture sont évaluées à partir de 9 objectifs. Parmi eux, deux concernent la rentabilité (marge directe avec aide et EBE/UTH), deux autres la productivité (production d’énergie et efficience énergétique) et les cinq autres reposent sur des critères techniques et environnementaux (apport d’azote minéral, IFT total, émissions de GES totales, stock de MO et consommation d’énergie primaire totale). 

Environnement dans le vert et rentabilité dans le rouge pour le moment 

« Si la multi-performance n’est pas encore atteinte » sur les différentes plateformes, Clotilde Toqué note toutefois « des situations prometteuses ». Après trois campagnes, les équipes observent notamment une amélioration des performances techniques et environnementales. Les résultats économiques sont, quant à eux, plutôt dégradés, mais cela s’explique surtout par « la prise de risques techniques, et la nécessité d’apprendre à maîtriser des nouveaux leviers et à piloter ces systèmes plus complexes », précise l’experte. 

Synthèse des premiers résultats sur trois campagnes (2017-2018-2019) (©Syppre)

Si de nombreuses questions restent alors en suspens, ces trois campagnes permettent d’ores et déjà de tirer certains enseignements, sur ce qu’il faut faire et ce qu’il faut plutôt éviter. Dans le système innovant du Berry par exemple, « la succession colza-maïs-tournesol montre des bénéfices certains sur le contrôle du vulpin et les performances du blé suivant », indique Gilles Sauzet, ingénieur de développement chez Terres Inovia. L’expert note aussi « la bonne valorisation de l’azote et les performances d’un colza associé implanté en semis direct et positionné après lentilles-blé dur ». Cette même plateforme a, par contre, mis en avant « le manque de robustesse du maïs et du soja qui pénalise les performance et la robustesse du système. […] Ou le fait que l’association pois-blé dégrade la maîtrise du vulpin et maintient l’inoculum de piétin-échaudage entre deux blés ».

Participer à l’objectif « zéro glyphosate »

Et depuis 2018, les cinq plateformes régionales ont aussi intégré l’objectif « zéro glyphosate » dans leurs missions pour « contribuer à l’émergence de solutions efficaces à l’échelle du système de culture et chiffrer les coûts et bénéfices de leur mise en œuvre ». Après deux campagnes, Clotilde Toqué confie qu’aucune alternative crédible n’a encore pu émerger des plateformes, sans surprise. « Des changements conséquents de stratégies techniques ont généralement permis de réduire ou de supprimer l’usage du glyphosate, mais avec plus ou moins de succès et de répétabilité. »

« Dans le système innovant du Lauragais par exemple, le tournesol a pu être semé en direct derrière couvert, sans glyphosate deux années de suite. Il a été nécessaire de passer un outil à dents pour finir d’éliminer le ray-grass qui s’était développé dans le couvert de féverole/phacélie, et qui avait résisté à un premier passage de rouleau. Dans les conditions du printemps 2019, et 2020 cette alternative s’est avérée d’une bonne efficacité sans pouvoir encore juger de l’effet positif sur la structure du sol et l’érosion. Par ailleurs, il reste nécessaire de vérifier la reproductibilité de l’expérience, et de chiffrer le coût de l’alternative mécanique d’un point de vue économique et d’émissions de GES… »

Dans le Berry, les équipes ont dû labourer avant les semis de céréales à cause des fortes pluies de l’automne 2019, « dérogeant alors à l’objectif de Syppre dans cette région de limiter le travail profond du sol pour des raisons économiques et de structure du sol. […] Par ailleurs, le glyphosate a encore dû être utilisé en dernier recours à plusieurs reprises, comme dans le Béarn où l’herbicide reste une condition à la faisabilité de certaines alternatives à la monoculture de maïs que l’équipe teste en non labour sur la plateforme ».

Ainsi quelques campagnes supplémentaires restent nécessaires pour enrichir ce premier bilan et explorer de nouvelles pistes « avec l’appui des comités de pilotage des projets régionaux et les réseaux d’agriculteurs innovants ».