Les viticulteurs s’élèvent contre des restrictions d’usage du cuivre
AFP le 23/02/2026 à 17:39
Les représentants des viticulteurs se sont alarmés lundi d'être bientôt privés de certains produits à base de cuivre, pilier à la fois de la viticulture bio et conventionnelle, non réautorisés faute d'éléments jugés suffisants quant à leur impact.
« Le cuivre c’est la base de la viticulture des 150 dernières années », a fait valoir devant la presse le viticulteur Pierre-Henri Cosyns, de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), relevant que le secteur avait divisé par deux les doses ces vingt dernières années. En juillet, 17 produits incluant du cuivre n’ont pas obtenu leur réautorisation de mise sur le marché, les fabricants n’ayant pas fourni les éléments attendus, a expliqué l’agence sanitaire (Anses). La décision s’appliquera à compter de 2027.
Deux ont été réautorisés, mais avec des conditions d’utilisation restreintes. Dix autres sont encore disponibles et sept autres attendent l’avis de l’agence sanitaire italienne avant celui de l’Anses, indique le secteur viticole. Les viticulteurs s’inquiètent de ne plus disposer de la même panoplie, et critiquent les restrictions d’usage, notamment de fréquence d’application (tous les 7 jours maximum).
Le cuivre est la molécule naturelle la plus répandue dans la lutte contre le mildiou, champignon présent chroniquement dans les vignes et particulièrement redoutable les années pluvieuses. « Le changement climatique, c’est plus d’humidité et donc plus de cuivre », a souligné Bernard Farges, du Comité national des interprofessions des vins (CNIV), évoquant « une punition incompréhensible » alors que le secteur met en avant ses efforts pour réduire ses intrants, dans un contexte de difficultés économiques.
M. Cosyns a mis en garde contre « le risque d’une déconversion » d’une partie des viticulteurs bio (20% des surfaces en France). Fnab, France Vin Bio et Confédération Nationale des AOC viticoles (Cnaoc) en appellent aux pouvoirs publics et veulent s’associer aux recours des fabricants de produits.
L’Anses souligne, elle, que le cuivre « est un oligo-élément qui au-delà d’une certaine dose a une toxicité avérée ». « Il y a des valeurs toxicologiques de référence, et notre objectif est de regarder si on les atteint ou pas par rapport à l’inhalation, le transfert cutané ou de l’ingestion chez le consommateur », a expliqué à l’AFP Charlotte Grastilleur, directrice générale déléguée de l’organisme.
« Avec ce que les firmes proposaient, on n’avait pas toutes les informations sur la conformité, les limites de résidus, les expositions du travailleur », a ajouté la responsable de l’organisme, précisant qu’elles pouvaient déposer « des compléments » à leurs dossiers.