Crises et catastrophes

L’agriculture en souffrance sous le poids accru des catastrophes, s’alarme l’Onu


AFP le 18/03/2021 à 15:57
(©Pixabay)

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[Article mis à jour à 15h57] Sécheresse, inondations, tempêtes, tsunamis, feux de forêt, invasions d'insectes, épidémies, autant de catastrophes dont la fréquence a triplé en 50 ans, et qui « mettent en péril les systèmes alimentaires de la planète », s'alarme jeudi la FAO, appelant la communauté internationale à réagir.

La fréquence, l’intensité et la complexité croissantes des catastrophes fait « payer un lourd tribut à l’agriculture dans tous ses secteurs », souligne dans un volumineux rapport l’agence des Nations-Unies chargée de l’alimentation et de l’agriculture. Le nombre annuel de catastrophes est désormais plus de trois fois supérieur à celui des années 1970 et 1980.

Dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, « l’agriculture a absorbé un quart (26%) des conséquences des catastrophes entre 2008 et 2018 », déclare à l’AFP Dominique Burgeon, directeur de la division de l’urgence et de la réhabilitation de la FAO. « Cela a représenté 108,5 milliards de dollars de pertes de production végétale et animale au cours de cette période! ».

« Ces pertes économiques peuvent avoir un effet dévastateur sur la vie des gens », relève ce responsable qui souligne que « plus de 2 milliards de personnes » dépendent du secteur agricole pour leur subsistance. La précédente édition de ce rapport consacré à « l’impact des catastrophes et des crises sur l’agriculture et la sécurité alimentaire » datait de 2017 et la situation ne s’est pas améliorée depuis…

L’année 2020, « qui vient coiffer une décennie de catastrophes exacerbées, de réchauffement climatique, de recul des glaciers et d’élévation du niveau des mers », a ajouté « de nouveaux défis ». La pandémie de Covid-19 a désorganisé les chaînes alimentaires tandis que certaines régions subissaient des inondations record et que de vastes essaims de criquets pèlerins ravageaient les cultures et les pâturages de plusieurs pays d’Afrique, de la péninsule arabique et de l’Asie du Sud-est, égrène l’organisation basée à Rome.

Prévention

Le rapport, centré sur la période 2008-2018, effleure dans un chapitre l’impact du Covid-19, détecté pour la première fois en Chine fin 2019. Du fait de la pandémie, « les agriculteurs ont un accès réduit aux intrants, à la main-d’œuvre et aux terres agricoles, ce qui entraîne une perte de production, une baisse du revenu des ménages et une diminution de la nutrition », note Dominique Burgeon, en soulignant que la situation est très variable selon les régions du monde.

Avec ce rapport, la FAO entend aider la communauté internationale à identifier les domaines dans lesquels elle devrait investir pour réduire les risques de catastrophe et renforcer la « résilience » des systèmes agricoles. Plusieurs types d’actions peuvent être menés, comme la création de systèmes d’alerte rapide ou la mise en place d’assurances contre les catastrophes par exemple, cite Dominique Burgeon. « La communauté internationale doit investir davantage, et particulièrement dans la prévention », estime-t-il. « Nous dépensons beaucoup d’argent pour répondre aux catastrophes une fois qu’elles se sont produites. Ce serait plus stratégique d’investir avant ».

Entre 2004 et 2016, seuls 3% de l’aide publique au développement (APD) destinée aux pays en développement et aux pays en transition ont été consacrés à des mesures liées à l’agriculture et axées sur la réduction des risques de catastrophe, fait-il valoir.

L’ONU prépare un Sommet sur les systèmes alimentaires qui aura lieu en septembre lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, dans le cadre de la Décennie d’action pour réaliser les objectifs de développement durable d’ici à 2030. Un « rassemblement pré-sommet » se tiendra du 19 au 21 juillet à Rome, a annoncé mercredi l’ONU dans un communiqué. « Il réunira notamment des jeunes, des petits agriculteurs, des autochtones, des chercheurs, le secteur privé, des dirigeants politiques et des ministres de l’Agriculture, de l’Environnement, de la Santé et des Finances ». « Ce sera un moment essentiel pour mobiliser les engagements audacieux dont nous avons besoin », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, cité dans le communiqué. Cet événement devrait se dérouler en présentiel pour une partie des participants et sur une plateforme virtuelle pour d’autres.