Nitrites dans les charcuteries

Yuka poursuit son combat avec l’aide de ses utilisateurs


AFP le 07/10/2021 à 14:11
(©Getty Images)

(©Getty Images)

Condamnée à plusieurs reprises pour « dénigrement » après des plaintes d'entreprises de charcuterie utilisant des nitrites, l'application nutritionnelle Yuka espère désormais obtenir gain de cause en appel et sollicite ses utilisateurs pour mener cette bataille.

Le tribunal de commerce de Paris en mai, celui d’Aix-en-Provence début septembre puis celui de Brive le 24 septembre ont successivement donné raison aux industriels, poussant Yuka à lancer une cagnotte en ligne. Celle-ci a récolté jusqu’à présent 262 000 euros environ, auprès de 13 680 participants.

« Chaque procédure nous coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros et met en difficulté Yuka, dont le modèle économique reste fragile », écrit l’application sur la page de sa tirelire.

« La cagnotte est là pour nous aider à payer nos frais de défense », précise à l’AFP Julie Chapon, cofondatrice de Yuka. La loi française interdit en effet d’utiliser les fonds récoltés pour payer les sommes découlant d’une condamnation judiciaire.

L’application, qui note les produits en fonction de leurs qualités nutritionnelles, a été condamnée à payer au total 95 000 euros à la Fédération des entreprises françaises de charcuterie traiteur (FICT) et à deux industriels du secteur pour « pratiques commerciales déloyales et trompeuses » et pour « actes de dénigrement » dans la diffusion d’informations.

En cause : un lien direct opéré pendant un temps entre les fiches de l’application relatives aux charcuteries et une pétition demandant l’interdiction dans la charcuterie de ces nitrites et nitrates considérés comme des « cancérigènes probables » par le Centre international de recherche sur le cancer.

Sur Yuka, qui revendique 25 millions d’utilisateurs, les charcuteries obtiennent des notes très basses – voire des zéros -, à la fois en raison de leur profil nutritionnel (gras, sel) mais aussi de l’ajout d’additifs nitrités qui permettent une meilleure conservation des produits et donnent une couleur rose au jambon.

« Dialogue »

Jusqu’au jugement du tribunal de commerce de Paris, les utilisateurs de l’application scannant le code-barre d’un saucisson ou d’un jambon se voyaient ainsi immédiatement invités à signer cette pétition.

« Il a également reconnu que les affirmations de Yuka sur les risques liés à ces produits étaient erronées. L’application a été condamnée à modifier l’information qu’elle mettait » à disposition du consommateur, se félicite le président de la FICT Bernard Vallat, interrogé par l’AFP.

La fédération assure « vouloir privilégier le dialogue ». « Nous sommes très favorables à l’existence de ces applications. Ce que nous voulons arrêter, c’est que leurs informations ne reposent pas sur l’avis scientifique des agences sanitaires », poursuit-il.

« Toutes les agences sanitaires du monde estiment qu’on ne doit pas interdire les nitrites. L’Italie, le Canada, l’Allemagne les rendent même obligatoires pour des raisons de sécurité sanitaire », fait-il valoir.

La réglementation européenne actuelle considère que les nitrites utilisés à une dose inférieure à 150 mg par kilo dans les charcuteries ne présentent « aucun risque », insiste M. Vallat.

De son côté, l’Anses, l’agence nationale chargée de la sécurité des aliments, doit rendre un avis très attendu sur les risques associés aux nitrites.

Déjà, le « code des usages » des charcutiers français prévoit que, dans leurs recettes, ils ne doivent pas dépasser 100 mg par kilo en moyenne.

Pour sa part, Julie Chapon se dit « confiante » sur la suite en appel, où les juges seront « des magistrats professionnels » et non « des commerçants et des chefs d’entreprise » comme dans les tribunaux de commerce.