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La pêche française

Une force vieillissante fragilisée par des crises successives


AFP le 21/09/2023 à 11:05

Eprouvée par le Brexit, malmenée par la crise énergétique, la pêche française est confrontée aux défis du renouvellement de sa flotte vieillissante et à une gestion plus durable de la ressource.

Tour d’horizon d’un secteur prospère en Europe mais fragile.

Une force en Europe, mais déficitaire

La France est le troisième producteur de poissons (pêche et aquaculture confondues) de l’Union européenne (UE), derrière l’Espagne et le Danemark. En 2021, elle a pêché 485 000 tonnes de poissons, crustacés et algues marines, selon les données du gouvernement.

Les navires français réalisent 12 % des captures de l’UE et 0,6 % des captures mondiales, loin derrière la Chine (15 %). Ils pêchent essentiellement en Atlantique Nord-Est (75 % des captures).

La France est le leader européen de la production d’huîtres et au premier rang des ventes (en valeur) pour les moules (2e derrière l’Espagne en volume).

Malgré cela, la pêche française reste minoritaire sur les étals nationaux (moins de 25 % du poisson vendu selon le gouvernement) et déficitaire, avec des importations qui excèdent largement ses exportations, contribuant pour 4,1 milliards d’euros au déficit du commerce extérieur.

Le goût des Français pour le saumon et la crevette pèse dans la balance : ces deux espèces représentent à elles seules plus d’un tiers des importations totales de poisson.

Des armements vieillissants

La flotte française a diminué de plus d’un quart en 20 ans, pour atteindre moins de 6 500 navires en 2021, dont moins de 3 000 en Outre-mer.

En métropole, elle est composée essentiellement de petits bateaux : plus de 75 % font moins de 12 mètres et une minorité (moins de 200 bateaux) est dédiée à la pêche au grand large.

La pêche au chalut approvisionne la moitié de l’offre française. Elle permet de pêcher les espèces près du fond comme le cabillaud, le merlu ou la lotte ainsi que des espèces pélagiques comme l’anchois.

Le reste des approvisionnements se fait avec des filets (raie, sole), mais aussi à la drague (coquilles Saint-Jacques), avec des casiers (crabes, homards) et à la palangre (requins, thons).

La flotte se renouvelle doucement. Selon les années, entre 50 et 80 nouveaux navires sont mis sur le marché, venant de chantiers navals français, belges ou marocains. Objectifs : réduire la facture énergétique et développer une pêche moins polluante (propulsion hybride, matériaux biosourcés…).

Moins de marins et une ressource fragile

En 2021, les navires employaient 12 400 personnes. Les marins-pêcheurs sont moins nombreux (- 15 % depuis 2011) et près de la moitié partiront en retraite dans les cinq à dix ans.

Leur rémunération mensuelle varie entre 2 500 et 3 000 euros nets, selon France Filière Pêche, avec de fortes variations dans l’année selon les espèces pêchées et la météo.

Et pourtant, la filière a du mal à recruter : on estime entre 200 et 300 le nombre de matelots qui manquent.

Pointés du doigt comme responsables de la surpêche, les marins ont pourtant participé aux efforts communs : outre le respect des quotas et périodes de pêche, ils oeuvrent à la gestion durable de la ressource, par exemple pour la coquille Saint-Jacques, en ensemençant le versant français de la Manche.

En 2021, 51 % des débarquements étaient issus de populations de poissons exploitées durablement en France métropolitaine, contre 48 % en 2020, selon le dernier bilan de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Un net progrès depuis les années 2000 (20 %) mais encore loin de l’objectif de 100 % fixé par la Politique commune de la pêche.

Il y a moins de « stocks surpêchés », la situation s’améliore pour la sole du golfe de Gascogne, mais le cabillaud de la mer du Nord et le merlu de Méditerranée sont toujours estimés comme « effondrés ».

Le choc du Brexit

La France a ouvert un « plan d’accompagnement individuel », retenant les dossiers de 90 bateaux destinés à la casse.

Ce PAI vise à indemniser des pêcheurs n’ayant pas obtenu de renouvellement de licences de pêche dans les eaux britanniques après le Brexit ou dont au moins 20 % du chiffre d’affaires était réalisé dans ces eaux.

Après une longue bataille diplomatico-commerciale entre Londres et Paris, la France a finalement obtenu 1 054 licences de pêche du Royaume-Uni et des îles anglo-normandes.

L’inquiétude porte désormais sur les modalités techniques (types de filets, quotas) des nouvelles licences. Les pêcheurs redoutent un « risque de surpêche » dans les eaux françaises après l’été 2026 quand les navires européens devront renoncer à 25 % de leurs captures dans les eaux britanniques.