Cultures intermédiaires

Un couvert pour nourrir le sol ou les animaux ?


TNC le 20/12/2018 à 17:05

La phacélie, plante mellifère, est la valeur sûre des couverts destinés à nourrir le sol : on la retrouve dans toutes les compositions testées par Eilyps sur sa plateforme (ici avec du radis chinois). (©Nathalie Tiers)

La phacélie, plante mellifère, est la valeur sûre des couverts destinés à nourrir le sol : on la retrouve dans toutes les compositions testées par Eilyps sur sa plateforme (ici avec du radis chinois). (©Nathalie Tiers)

Mélange moha et trèfle d’Alexandrie : il est adapté aux années sèches et disparaît en hiver. (©Nathalie Tiers)

Mélange moha et trèfle d’Alexandrie : il est adapté aux années sèches et disparaît en hiver. (©Nathalie Tiers)

De nombreuses espèces peuvent être utilisées pour composer un couvert intermédiaire ou une culture en dérobée. Le choix doit être raisonné en fonction des objectifs de valorisation de la biomasse produite, du coût, et en évitant de pénaliser la culture suivante.

L’entreprise de conseil en élevage Eilyps basée en Ille-et-Vilaine a proposé en novembre deux journées techniques sur des plateformes présentant de multiples options en matière de mélanges d’espèces pour les couverts végétaux. Quatorze compositions étaient visibles sur une parcelle à Etrelles semée le 13 août après un désherbage au glyphosate et un déchaumage au cultivateur, suite à une récolte d’orge fin juin. Le champ sera emblavé en maïs en 2019.

Nourrir le sol

La culture intermédiaire a un rôle important sur la structuration du sol en surface et en profondeur en fonction du système racinaire des espèces choisies. Moins tassé, le sol permet une meilleure circulation de l’eau et des micro-organismes : le développement de l’activité biologique y est favorisé. Un simple mélange phacélie-radis chinois (n°1 dans le tableau en bas de page) allie l’effet en profondeur de la racine pivot du radis (jusqu’à 30 cm), et l’effet en surface du réseau racinaire fasciculé de la phacélie. « C’est un couvert vraiment intéressant avec un coût de 30 €/ha pour plus de 5 t de MS/ha, facile à implanter, facile à détruire car gélif, couvrant bien le sol et piégeant bien l’azote », résume Sarah Delanoé, conseillère agronomie chez Eilyps.

Grâce à la biomasse produite puis restituée au sol, celui-ci est également enrichi en matière organique et en éléments fertilisants. Les résidus d’azote sont captés par les plantes plutôt que lessivés. « Une tonne de matière sèche de biomasse restitue en moyenne à la culture suivante 30 unités d’azote, 20 unités de potasse et 8 unités de phosphore. Cette restitution s’opère deux mois après la destruction du couvert. » En ajoutant au mélange phacélie-radis chinois, du tournesol et de l’avoine brésilienne (n°2), Eilyps atteint sur sa plateforme une biomasse similaire. L’avoine est une plante drainante intéressante en zones humides ; il est conseillé de privilégier les variétés à cycle court pour faciliter l’action du gel. Le tournesol, plante mellifère et gélive apportant de la biomasse, peut aussi être remplacée par une vesce de printemps gélive (n°3), dans le but d’enrichir le mélange en azote.

Pas de gain au-delà de cinq espèces

À condition de choisir des espèces à fort pouvoir couvrant, le couvert concurrence le développement des adventices et contribue à maîtriser le salissement des parcelles. Le sarrasin a cette capacité à couvrir rapidement le sol, même en conditions sèches. Sur la plateforme, il est associé à la phacélie et la moutarde (n°4). « On le conseille plutôt entre deux céréales pour éviter les repousses dans un maïs, alerte Sarah Delanoé. De même, la moutarde complétant bien la phacélie avec sa racine pivot, doit être évitée avant un maïs car elle a un effet dépressif à cause d’un gaz diffusé dans le sol. »

Eilyps a testé deux autres mélanges à plus de 50 euros/ha. Dans le n°5, l’ajout de féverole par rapport au n°2, apporte les atouts d’une légumineuse en matière d’azote et la biomasse dépasse 6 t MS/ha. Mais la taille de la graine implique un semis en deux passages ou une double-trémie sur le semoir. Dans le mélange n°6, on atteint neuf espèces en ajoutant en outre vesce, pois fourrager et lin. « Au-delà de cinq espèces, celles-ci ne parviennent plus à exprimer leur potentiel, avoue Sarah Delanoé. Les bénéfices sont similaires, en revanche le coût est beaucoup plus élevé et la destruction plus compliquée. »

Nourrir le troupeau

Parmi les couverts nourrissants pour les sols, certains sont intéressants aussi pour le bétail en termes de valeur alimentaire : c’est le cas des couverts n°5 et n°6. Pâturés ou récoltés, ils peuvent constituer un complément de fourrage utile, en particulier les années sèches.

Par ailleurs, beaucoup de moha a été implanté en culture dérobée en 2018 car il lève et pousse vite même avec peu d’eau. Pour espérer atteindre jusqu’à 6 t MS/ha, l’idéal est de le semer tôt, après une orge par exemple. Sur sa plateforme, Eilyps a semé moha et trèfle d’Alexandrie à une dose de 25 kg/ha pour un coût de 50 €. « Cette association est plutôt destinée à la fauche pour constituer des stocks en ensilage ou enrubannage, car elle manque un peu d’appétence au pâturage, reconnaît Jean-Luc Cobigo, consultant en agronomie chez Eilyps. Elle convient aux vaches taries, génisses ou bêtes à viande. » Pour une option pâturage dès 60 jours après semis, l’ajout de vesce gélive et de radis fourrager aux côtés du moha et du trèfle est conseillé. En revanche, ce mélange sera trop volumineux et humide pour être ensilé.

Selon le conseiller, le colza fourrager a lui aussi sa place dans les exploitations d’élevage où la production d’herbe ralentit dès juin. Il peut être semé dès la mi-mai, dans la prairie même, afin d’être pâturé (4 kg MS/vache maximum). « C’est peu coûteux, cela contient de l’azote soluble donc apporte des protéines en été, et la prairie peut être renouvelée à l’automne ou au printemps suivant. » Il faut compter 25 €/ha de coût de semences pour un rendement de 2 à 4 t MS/ha.

Enfin, le ray-grass d’Italie fait partie des cultures dérobées traditionnelles. Il peut être semé du 1er juin au 15 octobre, après un maïs ou sous couvert de maïs pour être pâturé dès l’automne. « Les associations de ray-grass d’Italie et de trèfles sont plus intéressantes car le trèfle améliore la structure du sol et la valeur alimentaire, souligne Jean-Luc Cobigo. Dans ce cas, il ne faut pas semer après le 10 septembre pour éviter que le trèfle ne disparaisse. » L’ajout de trèfle permet d’augmenter les matières azotées totales (MAT) des couverts, et d’économiser des correcteurs azotés.

Couverts : quelle biomasse pour quel coût ?

Composition des couverts destinés à nourrir le sol Dose semences Coût semences Biomasse
N°1 Phacélie + radis chinois 7 kg/ha 30 euros/ha 5,4 tMS/ha
N°2 Phacélie + radis chinois + tournesol + avoine 18 (12 en très bonnes conditions) 40-45 5,3
N°3 Phacélie + radis chinois + vesce
+ avoine
21 40 5,5
N°4 Phacélie + moutarde + sarrasin (à éviter avant maïs) 19 35-40 4
N°5 Phacélie + radis fourrager
+ tournesol + avoine
+ féverole
70 50 6,1
N°6 Phacélie + radis fourrager et chinois
+ tournesol + avoine
+ féverole
+ vesce + pois fourrager + lin
54 70-75 6,1

Données Eilyps, plateforme 2018 à Etrelles (Ille-et-Vilaine)