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Boiteries

Pédiluve, tapis, spray : quel système de traitement collectif pour mon élevage ?


TNC le 17/06/2019 à 05:54
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Les animaux atteints de Mortellaro contaminent le milieu, ce qui peut multiplier le nombre de cas dans l'élevage. Il faut absolument agir en curatif sur ces vaches mais également en préventif sur le reste du troupeau (©TNC)

« J'ai une ou deux vaches atteintes par la Mortellaro dans le troupeau, dois-je m'en inquiéter ? » La réponse est oui, il faut même agir sur tout le cheptel ! Comme le rappelle Damien Regnier, pareur : « Les animaux ne se contaminent pas entre eux directement mais contaminent le milieu. » Alors, pédiluve, spray, pédisec, pédimousse, tapis imprégnés... : quel système mettre en place ? Tous ne se valent pas.

D’après un sondage réalisé sur Web-agri du 28 mai au 4 juin 2019, peu d’éleveurs sont équipés d’un système de désinfection collective pour faire face aux maladies des pieds. Seuls 14,2 % des votants disposent d’un pédiluve, 12,1 % utilisent un spray et 2,4 % possèdent un tapis de mousse imprégné.

Désinfection collective des pieds contre la Mortellaro et le fourchet

Pourtant, certaines maladies infectieuses comme le fourchet et la Mortellaro se gèrent en collectif. Comme le rappellent les experts de l’interprofession laitière sur le site Boiteries des bovins, « lorsque la maladie de Mortellaro touche environ 20 % des animaux, une désinfection collective, associée à un traitement individuel doit être envisagée. »

Damien Regnier est pareur à Oxygen (organisme de conseil en élevage du Pas-de-Calais). Pour lui, la désinfection collective est un gros problème en élevage : « 80 % des éleveurs que je rencontre mettent de la bombe en salle de traite lorsqu’ils constatent un problème sur une vache. Mais cela ne sert à rien si ça n’est pas fait de façon systématique. » Il rappelle : « La Mortellaro a un cycle de trois semaines et passe par deux stades : la virulence qui correspond aux stades d’évolution M1 (apparition de la bactérie, formation de lésions douloureuses) et M2 (lésion aigüe qui conduit à la boiterie), et la somnolence aux stades M3 (lésion qui se transforme en croûte) et M4 (la lésion devient noire, comme brûlée). »

Le site Boiterie des bovins détaille et illustre les stades d’évolution de la maladie de Mortellaro (dans l’ordre : M1, M2, M3, M4) (©Marc Delacroix – Boiterie-des-bovins.fr)

Adapter le protocole de traitement aux pratiques de l’élevage

Le traitement collectif est inévitable d’après l’expert. En revanche : « C’est le protocole qui s’adapte à l’éleveur, et non l’inverse ! Forcément, celui qui a des marches ou une pente n’utilisera pas de pédiluve en sortie de salle de traite. Le traitement doit être bien fait et ne doit pas devenir une corvée. » Le système mis en place diffère alors d’un élevage à l’autre mais pour ce qui est du rythme, il doit être régulier : « Tous les 15 jours – 3 semaines, il faudra rentrer toutes les vaches (aux cornadis ou en salle de traite, même en dehors de horaires de traite) et appliquer le traitement. D’ailleurs, les vaches s’habitueront vite et la tâche sera de plus en plus facile ensuite. »

Le spécialiste rappelle : « Les animaux ne se contaminent pas entre eux directement mais contaminent le milieu. Ceux qui utilisent du matériel en Cuma doivent faire d’autant plus attention que les autres. À titre d’exemple, une bétaillère doit être désinfectée et rincée lorsqu’elle passe d’un élevage à un autre. » Lorsque la Mortellaro apparaît dans l’élevage, il faut traiter les animaux affectés et surveiller la propagation de la maladie. Ainsi, lorsque les vaches concernées sont traitées, mieux vaut passer le reste du troupeau en préventif en adaptant le dosage du produit : la dilution ne sera pas la même pour un traitement préventif que pour du curatif.

Pédiluve, spray, pédisec, tapis : quel système de traitement choisir ?

Pas de préférence du pareur pour un système en particulier : « On peut utiliser une bombe en spray ou un liquide en pulvérisation. Dans ce cas, il faudra laver les pieds au jet d’eau (attention : pas à haute pression !), les laisser sécher et appliquer le produit sur les pieds arrière au minimum mais l’idéal est de pulvériser les quatre pieds. Bien sûr, le couloir ou la zone utilisée doivent être propres, ça va de soi ! »

Pour ce qui est du pédiluve, Damien n’est pas contre mais il exige d’être très consciencieux : « Il faudra quand même laver et sécher les pieds des animaux avant de les passer dans le pédiluve pour éviter de souiller et/ou diluer le produit. De plus, il faut vraiment bien respecter le protocole affiché sur l’étiquette : même si le produit coûte 250 €, s’il est pour 40 vaches, il ne faudra pas en passer 50. Le traitement perdrait alors toute son efficacité. »

Dans une autre gamme, il existe également des « pédisec » où le bac est rempli de poudre mais l’expert ne les préconise pas : « C’est assez difficile à mettre en place : la poudre est volatile et se tasse après avoir passé quelques vaches. Elle ne pénètre alors plus entre les onglons. La poudre a également un effet asséchant qui formera une croûte et enfermera la bactérie qui, il faut le rappeler, est anaérobie donc se plaira et continuera à se développer. »

Et qu’en est-il du « pédimousse » ? « On a vu ce système se développer à une époque mais c’est assez corrosif. En effet, c’est un mélange de différents produits qui réagissent entre eux et qui forment cette mousse. Pour l’éleveur, c’est déjà un système cher à mettre en place mais en plus, la réaction dégage une odeur assez désagréable surtout dans un endroit exigu comme la salle de traite. » Même chose pour les tapis imprégnés : « Je les compare souvent à des éponges de cuisine, remplies de bactéries ! Je déconseille fortement. De plus, la diffusion du produit n’est pas suffisante : elle ne monte pas assez sur le pied. »

Concernant le traitement, Damien explique : « Il doit vraiment couvrir tout le pied. Dans un pédiluve par exemple, il doit y avoir 15 cm de liquide afin de couvrir même les ergots. En cas de forte concentration dans le bâtiment, la Mortellaro peut se développer ailleurs que sur les pieds. La bactérie pénètre partout où le cuir de la vache est abîmé. J’en ai déjà vu sur une mamelle : après vêlage, il y avait un œdème sur le pis et la bactérie est remontée jusqu’aux lésions formées. Dans ce cas, il faut consulter le vétérinaire mais attention à bien choisir un produit sans antibiotiques pour ne pas avoir à jeter le lait. »