L’importation d’œufs ukrainiens en France crée la polémique
AFP le 29/08/2025 à 18:00
Les quantités d'œufs importés d'Ukraine sont faibles, mais le symbole est fort : la ministre française de l'Agriculture a réagi vendredi aux alertes de l'interprofession des œufs en appelant à renforcer les contrôles et à empêcher l'importation de produits contenant des substances interdites dans l'Union européenne.
L’interprofession des oeufs (CNPO) a alerté jeudi sur l’importation par certaines enseignes de distribution de centaines de milliers d’oeufs d’Ukraine, qui ne respectent pas les normes européennes sur l’élevage en cage et le broyage des poussins mâles en France.
« La souveraineté alimentaire, c’est privilégier la production française aux importations de denrées ne respectant ni nos normes, ni les attentes des consommateurs. Cela passe par un effort quotidien du consommateur, mais aussi des distributeurs », a déclaré vendredi à la presse la ministre de l’Agriculture Annie Genevard.
Le CNPO va plus loin en indiquant que ces oeufs pourraient contenir des antibiotiques interdits en Europe. Quatre contrôles, effectués sur des oeufs ukrainiens exportés en Slovaquie et en Pologne ces deux derniers mois avant de potentiellement être réexportés dans le reste de l’UE, ont révélé la présence de telles substances, considérées comme dangereuses pour la santé.
Ces analyses n’ont pas eu lieu en France, où l’interprofession alerte par ailleurs sur le fait que les contrôles sont insuffisants.
« Je demande une vigilance accrue en matière de contrôles sanitaires sur notre territoire. Ce renforcement des contrôles doit surtout se faire au niveau européen : je porte dès à présent cette demande auprès de la Commission européenne », a réagi Annie Genevard.
« Il faut aussi aller plus loin avec un principe simple : pour toute pratique interdite en Europe, une limite maximale de résidus relative à ces pratiques fixée à zéro sur tout produit importé », ajoute-t-elle.
Cette déclaration fait écho aux récents débats sur l’importation de produits ayant été cultivés à l’aide d’acétamipride, pesticide néonicotinoïde dont la réintroduction a été censurée par le Conseil constitutionnel début août dans sa décision sur la loi Duplomb.
Les syndicats agricoles ont appelé à privilégier les produits français et à interdire les importations de produits traités selon eux avec de l’acétamipride, une mesure compliquée car la substance est encore autorisée à l’échelle européenne jusqu’en 2033.
La ministre avait déclaré qu’elle porterait le sujet à Bruxelles, sans donner de précisions.
Un centième de la consommation quotidienne
Le CNPO affirme qu’une enseigne E. Leclerc, à Rouen, a proposé un lot de 300 000 oeufs ukrainiens, vendus 5,65 euros la plaquette de 30, soit beaucoup moins cher que les oeufs français.
« Un magasin a eu une initiative regrettable », a admis E. Leclerc, ajoutant toutefois qu’il s’agissait « d’un cas isolé, qui ne correspond absolument pas à la politique d’achats de l’enseigne ». Le lot doit, selon l’enseigne, être retiré de la vente.
Ces 300 000 oeufs sont à mettre en regard avec les sept milliards d’oeufs consommés l’année dernière en France qui sont en immense majorité produits sur le territoire national, les importations, majoritairement en provenance de l’UE, étant surtout le fait de l’industrie agroalimentaire.
Face à l’augmentation de la consommation d’oeufs, protéine animale privilégiée en période d’inflation, des tensions dans les stocks ont émergé depuis le début de l’année et certains rayons se sont vidés, parfois sous l’effet des achats de précaution de consommateurs soucieux.
« Les ventes ont augmenté de 5 % en volume cette année (à fin juillet) par rapport à l’année 2024, soit environ 350 millions d’oeufs en plus par rapport aux sept milliards de l’année dernière. On a été capable de répondre et de fournir la grande distribution », explique Yves-Marie Beaudet, président du CNPO.
Les importations d’oeufs de volailles d’élevage ukrainiens ont d’ailleurs baissé depuis 2023, dernière année de l’épisode de grippe aviaire qui avait ravagé les poulaillers français.
En 2023, la France avait importé 411 tonnes d’oeufs ukrainiens de volailles d’élevage, en coquilles, frais, pour une valeur de 844 792 euros, selon les chiffres des douanes. En 2024, seules 58 tonnes ont été importées pour 115 264 euros.
Sur les cinq premiers mois de 2025, quelque 13 tonnes ont été importées, soit l’équivalent d’environ 185 000 oeufs de 70 grammes… ou encore un centième des oeufs que les Français consomment en une journée.