Mieux connaître le bovin

Les 5 sens des vaches : comprendre leur fonctionnement pour bien les aborder


TNC le 02/01/2020 à 06:43
La vue, l'ouïe, le toucher, l'odorat et le goût : comment fonctionnent les 5 sens des bovins ? Comment perçoivent-ils leur environnement ? (©Pauline Garcia)

La vue, l'ouïe, le toucher, l'odorat et le goût : comment fonctionnent les 5 sens des bovins ? Comment perçoivent-ils leur environnement ? (©Pauline Garcia)

Comment voient mes vaches ? Sentent-elles que je suis stressé(e) ? Pourquoi se lèchent-elle ? Nous les côtoyons au quotidien mais savons-nous vraiment comment elles fonctionnent ? Pauline Garcia, comportementaliste animalier et éleveuse de vaches allaitantes, nous explique le mode de communication des bovins pour nous aider à anticiper leurs comportements.

« Pour comprendre un bovin, il faut se mettre à sa place en intégrant son fonctionnement et l’observer dans sa globalité. La vache nous scanne et comprend lorsqu’on ne va pas bien, ce qui la fera forcément réagir. » Éleveuse de Salers dans le Cantal mais aussi comportementaliste animalier, Pauline Garcia propose des formations aux éleveurs, particuliers et professionnels de l’élevage sur le comportement de leurs animaux (bovins, équins, caprins). Elle organisait récemment un webinaire sur le monde sensoriel et la communication des bovins pour nous aider à mieux les connaitre et anticiper leurs comportements. L’objectif, comme elle le rappelle : « prendre davantage de plaisir et travailler plus en sécurité. »

Pauline Garcia est éleveuse de Salers dans le Cantal. Elle est également comportementaliste animalier, ce qui consiste à faire le lien entre les scientifiques (éthologues) et le terrain via des formations destinées aux éleveurs et à tous les professionnels de l’élevage. (©@Etho_diversite/Twitter)

Le stress perturbe la vision des bovins

« Chez le bovin, 70 % des informations sensorielles passent par la vue. Cependant, ils n’ont pas la même vision que nous et possèdent 2 angles morts : de la ligne de dos aux hanches (ça forme un entonnoir sur l’arrière de l’animal), et sous le mufle. D’ailleurs, ces angles morts tournent avec le mouvement de la tête », explique la spécialiste.

La vision des bovins est également saccadée : « Ils voient plusieurs images qui se succèdent. Tout déplacement rapide de la part de l’éleveur et même du chien de troupeau sera un stress, c’est pour cette raison qu’il faut régulièrement demander un temps d’arrêt au chien : pour que l’animal puisse intégrer sa position. »

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Les couleurs sont bien vues par les animaux mais avec plus de contraste : « Tout ce qui est clair ou fluo attire l’œil et peut les éblouir. Même chose : les reflets sont une sensation désagréable pour les vaches. À titre d’exemple, le soleil se reflétant sur la neige éblouit encore plus les bovins. D’ailleurs, ils ont besoin de plus de temps que nous pour s’accommoder au changement d’éclairage (5 à 6 fois plus de temps). Il faut le prendre en compte lorsqu’on les pousse à entrer en salle de traite ou dans une bétaillère. »

Pauline attire l’attention sur une particularité des bovins : « Lorsqu’ils sont stressés, les muscles de leurs yeux se contractent, ce qui modifie leur vue. Certains peuvent même ne plus rien voir du tout et chercheront donc plus facilement la fuite ou l’attaque. »

La radio pour Habituer les vaches à d’autres sons

Les bovins communiquent beaucoup par des sons, notamment pour se reconnaître ou se localiser entre eux, se menacer ou se défouler. Ils peuvent aussi s’exprimer vers l’Homme pour réclamer (notamment de la nourriture) ou manifester une douleur lors d’une intervention.

« Ils ont l’avantage d’avoir le pavillon de l’oreille mobile, ce qui leur permet d’orienter leur écoute sans avoir à tourner la tête. Ils sont en revanche très sensibles aux ultrasons (à prendre en compte pour les vaches laitières en salle de traite) et réagissent surtout aux voix aigües. »

La comportementaliste explique : « Dans le ventre de sa mère, le veau entend les sons et est capable de les associer au stress s’il le ressent via le comportement de la mère. Si la vache gestante est paniquée dès lors qu’elle entend la voix de l’éleveur, le veau en fera de même par la suite. » Elle recommande aussi : « La radio est un bon moyen pour habituer les bêtes à entendre d’autres voix et d’autres sons. »

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Ne pas oublier qu’une vache reste une proie

« Atout considérable dans la relation Homme-animal : le bovin est très tactile. Cependant, ça n’est pas inné chez lui, lui faut lui apprendre. » Pauline Garcia cite les 3 sensibilités : tactile (là où la peau est fine, c’est à dire les joues, l’encolure, l’attache de la queue, la mamelle, etc.), thermique (l’animal peut percevoir la température, l’humidité) et douloureuse. Sur ce dernier point, elle met en garde : « Attention, certains systèmes de contention reposent sur les naseaux et la base des cornes, or ce sont les zones sensibles et douloureuses de l’animal. »

Elle rappelle aussi : « Le bovin est une proie. Il se doit donc de masquer sa douleur pour ne pas devenir la victime du troupeau. C’est pour ça qu’il est parfois difficile de détecter la douleur chez eux. »

Autre aspect, le léchage. Les bovins se lèchent beaucoup entre eux pour marquer leurs liens d’affinités. C’est également important pour l’hygiène et cela leur permet de ralentir leur rythme cardiaque (important lors de période de stress).

L’odorat et le goût : une sensibilité plus ou moins prononcée

Le mufle des bovins est 15 fois plus grand que celui de l’Homme, l’ odorat est donc très important. Pourtant, sa sensibilité dépend de plusieurs facteurs : la substance flairée, le niveau de vigilance, le sexe, l’état hormonal, l’âge et les conditions environnementales.

« Le flairage leur sert à explorer. Il ne faut pas oublier que les bovins captent les signaux olfactifs comme les phéromones. Il faut les laisser nous flairer, c’est important pour la relation. Ils expriment aussi souvent le flehmen (posture spécifique où la lèvre supérieure se retrousse) pour analyser les odeurs.  »

Concernant le goût, il faut savoir que les bovins aussi ont leurs petites préférences alimentaires. Elles reconnaissent 4 saveurs : amer, acide, salé et sucré. « Le goût salé et amer réduira l’appétit et donc la consommation d’aliment. À l’inverse, le goût sucré fait grimper la consommation, d’où les aliments mélassés). »

Retrouvez Pauline Garcia sur FacebookTwitterInstagramYoutube mais aussi sur son site internet Etho-diversité et assistez gratuitement au prochain webinaire, organisé avec Vetoquinol :

Le couple éleveur/bovin : quelles pratiques pour maintenir une relation positive au quotidien ? (mardi 14 janvier 2020 de 20h à 21h)

Pauline organise des sessions de webinaires mais aussi principalement des formations sur le terrain. Elle se déplace partout en France et à l’étranger. (©Pauline Garcia)