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Matières premières

Le cacao à des prix record à cause de récoltes décimées


AFP le 07/02/2024 à 13:54

Rien ne semble arrêter l'envolée des prix du cacao, qui battent de nouveaux records presque quotidiennement sur les marchés de New York et Londres, propulsés par des récoltes catastrophiques en Côte d'Ivoire et au Ghana, les deux plus grands producteurs.

« En 20 ans je n’ai jamais vu une récolte comme ça », affirme à l’AFP Siaka Sylla, patron de Scapen, une coopérative de 1 500 planteurs dans la région de Divo en Côte d’Ivoire. En cause : la pluie, trop abondante, ajoute-t-il. Avec le déficit d’offre qui se profile, le prix du cacao a plus que doublé à New York comme à Londres depuis début 2023. Il dépasse désormais largement les sommets atteints en 2011, avec la grave crise post-électorale en Côte d’Ivoire de 2010-2011 qui avait fait plus de 3 000 morts.

Mardi, le contrat pour livraison en mai négocié à Londres a atteint un nouveau record historique, à 4 248 livres sterling la tonne. Son homologue négocié à New York pour livraison en mars a quant à lui atteint son plus haut niveau depuis plus de 46 ans, à 5.288 dollars la tonne. « Il semble que ce ne soit qu’une question de temps avant que le prix du cacao à New York ne se dirige vers le record historique de 1977 à 5 379 dollars la tonne », souligne Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank.

La baisse de la production a été un catalyseur majeur de l’explosion des cours ces 12 derniers mois. Les agriculteurs d’Afrique de l’Ouest ont signalé le développement de maladies dans les cultures après d’abondantes pluies, notamment celle des cabosses noires – qui provoque noircissement et pourriture des cabosses de cacao en raison de la trop forte humidité.

« Campagne très dure »

Or, le cacao a besoin d’une subtile alternance entre ensoleillement et précipitations pour s’épanouir pleinement. La Côte d’Ivoire est de loin le premier pays producteur de cacao au monde, suivie du Ghana. A eux deux, ils ont fourni près de 60 % de la production totale pour la récolte de 2022/23, selon les estimations de l’Organisation internationale du cacao (ICCO).

Dès juillet 2023, le Conseil café-cacao (CCC), l’organisme de réglementation du secteur en Côte d’Ivoire, avait suspendu la vente des contrats d’exportation de la campagne en cours en raison des fortes pluies qui ont affecté les champs de cacaoyers. « C’est une campagne très dure (…). On va atteindre peut être 1 900 tonnes contre près de 3 000 l’an dernier », déplore Siaka Sylla. « Mais il y a des coopératives où c’est pire, même pas 200 ou 300 tonnes… ».

Selon les estimations des exportateurs, les arrivées dans les ports de la Côte d’Ivoire ont diminué de 35 % entre le début de la campagne de récolte en octobre et la fin du mois de janvier par rapport à la même période de l’année précédente, affirme Carsten Fritsch.

La menace El Niño

Le marché du cacao « est également susceptible d’être confronté à un déficit de l’offre au cours de la campagne agricole actuelle de 2023/24, la troisième d’affilée », souligne par ailleurs l’analyste. Car après les fortes pluies, la sécheresse risque de frapper à son tour. Les négociants s’inquiètent en effet « d’une nouvelle année de production insuffisante » provoquée par le phénomène climatique El Niño « qui menace les cultures d’Afrique de l’Ouest par un temps chaud et sec », explique Jack Scoville, analyste chez Price Futures Group.

La prochaine récolte pourrait en pâtir, ce qui engendrerait un déficit mondial d’offre prolongé, affirme Ole Hansen, analyste chez Saxobank. El Niño, généralement associé à une augmentation des températures, à des sécheresses dans certaines parties du monde et des fortes pluies dans d’autres, devrait durer jusqu’en avril. Le changement climatique est d’ailleurs déjà un défi pour la culture de cacao.

Six grandes régions du Ghana cultivent la précieuse fève : les régions de l’Est, d’Ashanti, de Brong Ahafo, du Centre, de la Volta et de l’Ouest. Mais en raison de la fluctuation des précipitations et de la baisse de la fertilité des sols, la production s’est déplacée vers l’ouest.

Sans compter, relèvent les experts, que la flambée des prix de la précieuse fève brune pourrait fait plonger la demande. Ce qui représenterait une double punition pour les cultivateurs.