Ferme laitière bas carbone

Jean-Marc Burette, éleveur (62) : « Moins d’émissions de GES, plus de revenu »


TNC le 26/10/2018 à 05:52
En changeant ses pratiques dans l'objectif de réduire son empreinte carbone, Jean-Marc Burette confie : « Mon travail redevient un plaisir et en plus j'y gagne financièrement. (©TNC)

En changeant ses pratiques dans l'objectif de réduire son empreinte carbone, Jean-Marc Burette confie : « Mon travail redevient un plaisir et en plus j'y gagne financièrement. (©TNC)

« La féverole permet de nourrir le sol et d'économiser des intrants chimiques. » (©TNC)

« La féverole permet de nourrir le sol et d'économiser des intrants chimiques. » (©TNC)

Jean-Marc Burette élève 70 vaches laitières et leur suite à Fleurbaix (62). En 2015, il réalise le diagnostic Cap'2ER pour connaître l'empreinte carbone de son exploitation. Pour réduire la note, l'éleveur change progressivement ses pratiques : fertilisation plus raisonnée, meilleure efficacité de l'alimentation, économies d'énergie... Jean-Marc est aujourd'hui parvenu à réduire ses émissions de GES de 17 % sans pénaliser sa production. Au contraire, l'éleveur a réduit ses charges de 10 000 € en deux ans mais sa production laitière, elle, n'a pas bougé.

Le programme « Ferme laitière bas carbone », porté par le Cniel, vise à promouvoir les pratiques agricoles et les leviers d’action pour réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre produits par l’élevage d’ici 2025. Ce projet reste actuellement participatif : les éleveurs qui entrent dans cette démarche le font de leur propre gré.

C’est le cas de Jean-Marc Burette, éleveur laitier installé depuis 1990 sur la commune de Fleurbaix dans le Pas-de-Calais. « Nous sommes tous témoins du changement climatique. Il n’y qu’à lever les yeux : ici dans le Pas-de-Calais, les toitures des maisons anciennes sont très pointues pour supporter le poids de la neige mais il n’en tombe plus depuis plusieurs années. Je suis convaincu que les agriculteurs ont leur part de responsabilité et que nous pouvons tous réduire notre empreinte carbone. »

Bien nourrir le sol pour bien nourrir les animaux

En 2015, Jean-Marc et sa femme Babeth réalisent leur premier diagnostic Cap’2ER (calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants). « Notre empreinte carbone était de 1 150 g d’équivalent CO2/litre de lait produit ; on avait alors une marge de progrès devant nous, explique l’éleveur (à titre indicatif la moyenne nationale est à 910 g/l de lait). Notre conseillère de l’institut de l’élevage a alors identifié 3 leviers : améliorer l’autonomie en diminuant le concentré protéique distribué aux vaches, réduire les engrais chimiques des cultures et économiser de l’énergie. »

J’ai fait le choix de nourrir la vie du sol, c’est mon deuxième élevage

« Pour réduire leur impact environnemental, certains éleveurs se tournent vers les prairies. Ici, ça n’était pas possible au vu des bons rendements en maïs (environ 14 t de MS/ha). Un hectare de prairie ne nourrit qu’une seule vache tandis qu’un hectare de maïs en nourrit deux. Aussi, avec la pression urbaine autour de chez moi, il fallait que j’optimise ma surface. Les hectares de maïs sont donc restés constants mais je me suis penché sur leur productivité : il fallait que je nourrisse mieux mon sol pour faire un bon maïs. »

Si Jean-Marc était déjà passé au non-labour en 2006 (ce qui lui avait permis d’économiser 4 000 litres de fuel sur la campagne), il est allé cette fois-ci plus loin. Il fait désormais analyser ses effluents d’élevage pour mieux connaître leur composition et épandre au plus juste. « J’étais auparavant trop généreux en cherchant surtout à me débarrasser des effluents sans prendre en compte leurs valeurs. » Aujourd’hui, il a développé une activité de compostage et connaît la valeur de ce qu’il épand. Néanmoins, il reconnaît aussi avoir été trop laxiste au niveau chimique : « Je consomme 25 tonnes d’engrais aujourd’hui contre presque le double auparavant. Pour ce faire, je me suis équipé d’un semoir qui dépose l’engrais starter au semis. J’ai aussi intégré les légumineuses dans ma rotation entre une céréale et un maïs pour enrichir le sol. » Cette année, il a par exemple implanté un mélange composé de vesce, phacélie, tournesol, lin et sarrasin. L’éleveur aurait pu se tourner vers un mélange à récolter pour ses bêtes mais il explique simplement : « Je ne voulais rien exporter. J’ai fait le choix de nourrir la vie de sol, c’est mon deuxième élevage. »

Moins de charges mais toujours autant de produit

Si Jean-Marc aime tester des nouveautés, il a implanté de la féverole pour la distribuer ensuite aux vaches et réduire sa consommation de concentrés. « Ça n’était malheureusement pas assez riche pour combler le besoin protéique des vaches laitières et remplacer le colza dans ma ration. Néanmoins, je l’utilise pour les élèves. » L’éleveur s’est aussi équipé d’un peson et mesure alors plus précisément ce qu’il distribue. Il constate également une meilleure efficacité alimentaire : « Je pense qu’il y a un véritable effet ricoché : le sol est mieux nourri, les plantes sont plus robustes et les animaux sont en meilleure santé. Je suis passé de 6 000 à 4 000 € de frais vétérinaire/an et je pense qu’on peut encore aller plus loin… » Il s’intéresse en effet depuis peu à l’homéopathie pour réduire encore son recours aux antibiotiques.

J’ai réduit mes charges de 10 000 € en deux ans

« Avec ces quelques efforts, je passe moins de temps sur mon tracteur ce qui me permet de mieux observer mes animaux. Je n’ai pas réduit mon temps de travail mais j’y trouve moins de contrainte et cela redevient un plaisir, confit l’éleveur. De plus, mon bilan économique est meilleur : en deux ans (de 2015 à 2017), j’ai réduit mes charges de 10 000 € en conservant un produit brut de l’atelier constant. »

Jean-Marc rappelle : « Il y a trois gros émetteurs de gaz à effet de serre sur l’exploitation : les fermentations entériques des animaux sur lesquelles on ne peut rien faire, la consommation protéique et la consommation énergétique de l’élevage. » Pour améliorer ce dernier point, il a d’abord changé son tank à lait puis s’est équipé d’un pré-refroidisseur. La chaleur ainsi récupérée sert à chauffer l’eau qui arrive du forage de l’exploitation pour nettoyer l’installation de traite : « J’utilise tout de même 210 l d’eau chaude par jour la salle de traite », affirme l’éleveur. D’ailleurs, ces eaux usées passent ensuite dans un filtre à roseaux pour être épurées. « Cela me permet de ne rien avoir à stocker ni à transporter. »

Une empreinte carbone qui a chuté de -17 %

Deux ans et deux diagnostics plus tard, les émissions de l’exploitation ont bien diminué : elles étaient de 1150 g d’équivalent CO2/l de lait en 2015 et sont passées à 950 g en 2017, soit une baisse de 17 %. Jean-Marc vient tout juste de faire un troisième diagnostic qui confirme cette baisse puisqu’il est actuellement à 930 g d’éq. CO2/l de lait. « Je suis sur la bonne voie et reste convaincu qu’il y a d’autres leviers à actionner pour arriver aux – 20 % d’émissions de GES. Ce sont les derniers grammes qui sont les plus durs à obtenir. »

À 53 ans, Jean-Marc est plutôt fier de cette transition. Mais lorsqu’on lui parle de se convertir à l’agriculture biologique, il reste sceptique : « J’aime ma liberté d’entreprendre et de tester des nouveautés. Je ne veux pas être contraint par un cahier des charges aussi strict. » Pour ce qui est de sa lutte contre le réchauffement climatique, l’éleveur se dit favorable à ce que les agriculteurs soient rémunérés pour leur contribution à la diminution des émissions de gaz à effet de serre.