Grippe aviaire, hausse des coûts...

Il y aura du foie gras à Noël mais « en quantité limitée »


AFP le 09/09/2022 à 09:55

(©Pixabay)

Entre grippe aviaire et hausse des coûts de production, le foie gras, produit phare de Noël, se fait rare. « Il y en aura pour les Fêtes mais en quantité limitée », prévient la directrice de l'interprofession (Cifog).

« Il faut faire le pari que les gens seront raisonnables et partageront le peu qu’il y aura », déclare Marie-Pierre Pé dans un entretien à l’AFP, en marge d’un déplacement cette semaine dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques.

Pour s’adapter, les entreprises, dont les stocks sont au plus bas, favorisent les produits de moindre quantité. Et Noël et le Nouvel An tombant un week-end, « il y aura moins d’occasions de repas festifs », veut croire la responsable.

Selon Emmanuel Chardat, directeur pour le foie gras chez Labeyrie, la marque leader en grande distribution, il y aura 30 à 40 % de foie gras en moins dans les rayons cette année.

30 à 40 % de foie gras en moins

Plus rares, les produits seront aussi plus chers. Une hausse « inévitable », selon Mme Pé, à cause d’une situation inédite : « une pénurie d’offre accompagnée d’une augmentation historique des coûts de production », principalement des prix des céréales et de l’énergie.

Selon le Cifog, le coût de production d’un canard à foie gras a crû de 28 % depuis le premier semestre 2020.

La France est le premier producteur et consommateur de foie gras. On y élève habituellement environ 30 millions de canards gras par an. Un nombre tombé à 21 millions en 2021, et qui devrait être d’environ 15 millions cette année. La faute à deux hivers marqués par la grippe aviaire (22,5 millions de volailles abattues, dont environ 10 millions de canards).

Aujourd’hui, la filière manque cruellement de sa matière première : le caneton.

Une « grave pénurie » causée par le fait que « les (canards) reproducteurs ont été décimés durant le printemps » quand la maladie a frappé les Pays de la Loire, dont les couvoirs fournissent plus de 70 % des canetons d’un jour destinés à l’élevage, souligne Marie-Pierre Pé.

Vide sanitaire

Ce manque à gagner sera en partie compensé par le dispositif d’indemnisation annoncé fin juillet par le ministère de l’agriculture, mais seulement pour les éleveurs touchés par l’influenza aviaire.

Mme Pé s’inquiète pour les autres, non touchés par le virus mais quand même privés de canetons, « comme dans l’Est de l’Occitanie, l’Alsace, la Sarthe ou la Normandie ». Elle réclame pour eux aussi un « accompagnement des pouvoirs publics ».

Sans caneton, il a fallu s’adapter et certains producteurs se sont remis à engraisser des cannes, traditionnellement plutôt destinées à l’élevage de volailles de chair pour l’export.

« Cela faisait 40 ans que nous n’engraissions plus les femelles car elles donnent un foie de moins bonne qualité en moyenne, avec une présence de veines », explique Mme Pé. Malgré les progrès techniques, ce « petit défaut de qualité » existe toujours et ces foies de cannes « sont plutôt destinés à des préparations secondaires comme des pâtés ».

En dépit de l’apport en canettes, les mises en place de palmipèdes dans les élevages ont chuté de 30 % cette année, selon le Cifog.

Marie-Pierre Pé fonde des « espoirs importants » sur la vaccination des canards, même si elle pourrait fermer des marchés hors Union européenne.

Deux vaccins sont en cours d’expérimentation, les résultats n’étant pas attendus avant 2023. « Il s’agit de vérifier que les anticorps soient bien installés durant toute la vie des animaux, que les animaux vaccinés n’excrètent pas de virus et, bien sûr, que le vaccin protège les animaux quand on les expose au virus en chambre stérile ».

Pour éviter un troisième hiver consécutif de grippe aviaire, les filières foie gras et volaille vont tenter un pari radical : dans 68 communes des Landes, des Pyrénées-Atlantiques et du Gers affichant une forte densité en élevages avicoles, aucun canard ne sera mis en production entre le 15 décembre et le 15 janvier, période critique pour une épizootie.

« Il s’agit de prévenir tout départ de feu », résume Mme Pé, qui espère que cet hiver sera celui où la grippe aviaire sera « vaincue ».