G. Hamelin, éleveur (35)

De la volonté d’améliorer son autonomie protéique à la méthanisation


TNC le 19/03/2021 à 09:22
Guénaël Hamelin témoigne de l’intérêt du méthaniseur dans le développement de nouveau projets. (©TNM)

Guénaël Hamelin témoigne de l’intérêt du méthaniseur dans le développement de nouveau projets. (©TNM)

D’une volonté d’autonomie protéique à la création d’un séchoir et possiblement d’un laboratoire de transformation pour valoriser le lait, en passant par la construction d’un méthaniseur, Guénaël Hamelin, éleveur laitier en Bretagne, revient sur la réflexion qui a poussé à tant de changements, dont la création d’un GIEE.

Lors de la journée Casdar du 27 janvier, intitulée « La contribution de l’agriculture à l’atténuation du changement climatique », Guénaël Hamelin a évoqué le parcours de réflexions qu’ont mené plusieurs éleveurs, au sein d’un GIEE, quant à l’amélioration de leur indépendance protéique sur leurs exploitations respectives. Lui-même est éleveur de 160 vaches laitières sur 180 ha au sein du Gaec Ker Laezh, en Ille-et-Vilaine, et également président de la Cuma La Fourragère de Martigné-Ferchaud.

En effet, actuellement, « les industriels laitiers demandent des laits sans OGM », explique-t-il. D’où l’importance de se tourner vers d’autres sources de protéines.

Quatre exploitations se regroupent, dont celle de Guénaël, pour créer la SAS MéthaFerchaud autour d’un méthaniseur qui entre en fonctionnement en 2016. « Ce méthaniseur permettait la vente d’électricité, l’utilisation du digestat pour la fertilisation mais une question restait en suspens : que faire de la chaleur produite ? », continue Guénaël Hamelin.

La chaleur du méthaniseur pour sécher la luzerne

L’idée de construire un séchoir est donc venue, notamment pour sécher la luzerne et ainsi améliorer la qualité des fourrages et de l’alimentation des animaux. « Pour la luzerne, nous sommes passés au séchage en vrac qui donne un bien meilleur résultat que pour des bottes cubiques, dont le séchage n’était pas homogène », continue Guénaël.

La température du séchoir atteint les 60°C. D’autres séchages de cultures ont été tentés comme les graines de chanvre, du maïs grain, de la fétuque, etc. « Le bois plaquette a donné de bons résultats au séchage. La technique améliore le rendement de combustion des plaquettes avec une hausse du pouvoir calorifique réel (PCR) », analyse Guénaël. Un test est en cours concernant le séchage de déchets de papeterie, en lien avec une entreprise nantaise. Mais surtout le prochain projet concerne le développement de l’association Modala, permettant à une trentaine d’éleveurs de valoriser directement leur lait (marque Ribines).

Le cercle vertueux du méthaniseur (©gis-relance-agronomique.fr)

Gagner en indépendance économique

« Nous sommes en réflexion concernant la création d’un laboratoire de transformation que nous appelons « fruitière », toujours en lien avec la chaleur produite par le méthaniseur », souligne Guénaël Hamelin.

Il fait le point sur la démarche dont les premières réflexions ont germé en 2010 : « Aujourd’hui, avec ce méthaniseur, nous avons pu augmenter nos rotations culturales, développer des surfaces en légumineuses, améliorer la qualité de nos fourrages et de nos sols. Sur notre exploitation, nous avons pu diviser par dix notre consommation d’engrais, en passant de 50 tonnes à 5 tonnes par an. Pour autant, ce n’est pas sans difficultés. Par exemple, l’épandage du digestat sur le blé reste compliqué. »

Il aborde sans détour l’aspect humain : « Nous montrons une autre image de l’agriculture, nous rencontrons d’autres personnes, d’autres secteurs. Nous sortons de notre domaine d’activité agricole et humainement, c’est génial ! »