Fourrages

Être plus autonome : oui mais pas à n’importe quel prix !


TNC le 25/11/2019 à 06:03
Si le fait d'améliorer l'autonomie fourragère fait grimper les charges de l'élevage (notamment par les coûts de mécanisation), mieux vaut bien étudier la chose. (©TNC)

Si le fait d'améliorer l'autonomie fourragère fait grimper les charges de l'élevage (notamment par les coûts de mécanisation), mieux vaut bien étudier la chose. (©TNC)

Améliorer l'autonomie alimentaire : voilà un objectif partagé par beaucoup d'éleveurs et dont les fourrages en sont le principal levier. Qu'ils soient pâturés ou stockés, il est important de faire le point pour vérifier que cette autonomie soit bien financièrement intéressante. Ça passe notamment par le coût de mécanisation et la productivité de la culture (en quantité et qualité).

Vouloir gagner en autonomie fourragère et/ou protéique est une bonne chose et de nombreuses solutions existent. En revanche, il est important de peser le pour et le contre de chacune d’entre elles pour qu’autonomie puisse rimer avec réduction des charges.

Sur le même thème, retrouvez les conseils des nutritionnistes : Légumineuses, graminées, méteil, maïs grain : quelles pistes pour mon système ?

Benoit Laffineur, délégué régional du Gnis, rappelle les bases de l’autonomie fourragère dans un communiqué de presse :

– Produire son fourrage et son concentré sur l’exploitation avec un rapport PDI/UFL qui corresponde aux besoins des animaux.

– Produire des fourrages avec un taux d’encombrement faible. C’est souvent cet encombrement trop élevé qui fait que les besoins ne sont pas satisfaits pas les fourrages. Il existe d’ailleurs une corrélation étroite entre valeurs alimentaires et encombrement : moins un fourrage est  encombrant, plus la ration sera concentrée en énergie et protéines (voir tableaux ci-dessous).

Lorsque la valeur d’encombrement des fourrages augmente, la valeur alimentaire (énergétique et azotée) diminue. (©Gnis)

– Le concentré ne doit venir que pour équilibrer la ration de base et l’objectif est d’en distribuer le moins possible. Il faut donc que les fourrages soient riches en protéines de base (ce qui fait le plus souvent défaut). Les besoins en PDI des vaches laitières peuvent par exemple atteindre 120 g/kg MSI contre 80 à 100 g pour des génisses ou vaches allaitantes.

– À l’inverse, c’est parfois l’énergie qui fait défaut, mais c’est dans ce cas plus facile de palier le manque grâce aux céréales ou à la betterave fourragère.

– Dernier aspect : les coûts de récolte et du stockage des fourrages qui peuvent parfois grimper fortement.

Le Pâturage : solution économique mais technique

Bien-sûr, l’herbe pâturée est indétrônable côté coûts de production. Pourtant, le pâturage ne se résume pas qu’à lâcher des vaches dans un champ. C’est bien plus technique ! Et l’expert du Gnis explique : « Il faut déjà choisir les bonnes espèces par rapport aux conditions pédoclimatiques, à la résistance aux maladies, respecter une proportion suffisante de légumineuses et graminées et les exploiter à un stade optimum. »

« Pour rappel, le déprimage est primordial pour la saison de pâturage, l’objectif étant d’exploiter l’herbe sur la plus grande durée. Il faut aussi savoir faire du stock sur pied pour les périodes difficiles. »

Shane Bailey de Pâturesens recommande d’ailleurs dans ses conseils sur la mise à l’herbe : « L’enjeu de la mise à l’herbe est d’enlever la matière morte. Il faut alors sortir à l’herbe tôt pour maîtriser la qualité de la prairie. La matière morte qui ne sera pas sortie en début de saison sera gardée toute l’année. Ce doit être votre pire ennemi. »

Stocker du fourrage pour sécuriser le système

Même principe que pour le pâturage : « Plusieurs paramètres sont à estimer pour les fourrages à récolter : choisir des espèces adaptées, productives et avec des valeurs alimentaires et une appétence suffisantes. Le mode de récolte et de conservation est tout aussi important. » Benoit Laffineur insiste : « La productivité est même le premier levier de la réduction du coût de récolte. »

D’autres espèces existent aussi, il ne faut pas les oublier : le chou, la betterave fourragère, le sorgho ou encore le colza. La betterave fourragère conjugue productivité (jusqu’à 17 t de MS/ha) et faible encombrement. Le sorgho apporte de l’énergie mais surtout un fourrage vert en période estivale pour compléter l’herbe. Le colza fourrager s’inscrit quant à lui parmi les couverts végétaux d’intercultures intéressants à exploiter.

Sans oublier bien entendu les légumineuses, « l’épicentre de l’autonomie fourragère ». Qu’elles soient utilisées en pure ou associées, au pâturage ou récoltées, elles apportent la protéine et peuvent largement remplacer le tourteau des rations. Sans parler des qualités agronomiques des légumineuses (fertilisation azotée, reliquat)… Là aussi, le choix de l’espèce est déterminant.