[Témoignage] Gestion de l'eau

Alexis Gelot (85) : « L’irrigation me permet 100 % d’autonomie fourragère »


TNC le 06/03/2020 à 08:55
L'exploitation d'Alexis Gelot, éleveur de Blondes d'Aquitaine, se situe quasi intégralement en zone de marais. (©Alexis Gelot)

L'exploitation d'Alexis Gelot, éleveur de Blondes d'Aquitaine, se situe quasi intégralement en zone de marais. (©Alexis Gelot)

Trop d'eau l'hiver et pas assez l'été : c'est le défi que doit relever chaque année Alexis Gelot, éleveur allaitant dans le marais poitevin. Sur ses terres situées en zone de marais, un système de pompage collectif est mis en place l'hiver pour évacuer l'eau vers la mer. Pour sa zone de plaine, stratégique pour lui car permettant d'assurer l'autonomie fourragère de son troupeau, il irrigue du 1er avril au 15 septembre, voire au-délà. L'irrigation est gérée de façon collective et de manière très fine pour éviter les problèmes de volumes.

« Je gère le trop l’hiver et le peu l’été », explique à propos de la ressource en eau Alexis Gelot, éleveur de Blondes d’Aquitaine sur la commune nouvelle Les Velluire-sur-Vendée. La ferme familiale reprise il y a deux ans se situe en effet dans le marais poitevin.

La particularité de son exploitation : deux marais communaux. En plus de ses 107 ha de SAU, il a 65 ha de prairies mises à disposition par la commune du 15 avril au 15 décembre. « Sur ma commune, le marais communal, ce qu’on peut appeler de la prairie collective, représente 245 ha et nous sommes quatre éleveurs à nous les partager », précise-t-il.

Présentation de l’exploitation :
– 80 vêlages en Blondes d’Aquitaine (90 % en saillie naturelle, 10 % en IA)
– Veaux mâles vendus à 7-8 mois
– 137 UGB
– SAU de 107 ha + 65 ha de marais communaux
– SFP de 110 ha (en comptant les 65 ha de communaux) dont 25 ha de prairies naturelles (4/5 pour le foin, le reste en pâturage).
– 62 ha de cultures : maïs grain et fourrage, blé dur, blé tendre, tournesols. 

Sur les 107 ha de l’exploitation, 86,5 ha se situent dans le marais et sont composés à 55 % d’argile. « L’hiver, nous devons gérer l’excès d’eau dans la zone de marais. Nous travaillons collectivement à l’évacuation de l’eau en rivière et jusqu’à la mer par un système de pompage par le drainage. Chaque agriculteur a son propre système de drainage (55 ha drainés dans son cas) mais le pompage est collectif. Derrière ma ferme, 150 ha sont drainés avec deux pompes d’un capacité de 600 m3/h chacune soit 1 200 m3/h. »

« Avec un potentiel de 200 mm de réserve utile, les terres en marais valent des terres de plaine irriguées », aime à souligner Alexis.

Une gestion collective de l’irrigation

20,5 ha de son exploitation se situent justement en zone de plaine avec un sol argilo-calcaire. « Sur cette partie, on a 20 à 30 cm de terre, et 30 mm de réserve utile, indique l’éleveur vendéen de 34 ans, c’est là que je dois irriguer. » Et cette irrigation est primordiale, car c’est sur ces terres que l’éleveur mise pour assurer l’autonomie fourragère de son exploitation. En effet si 10 ha sont réservés au blé tendre, l’autre moitié sert au stock fourrager : « 10 ha de ray-grass sont une première fois ensilés : un tiers passe ensuite directement en maïs grain et pour les deux autres tiers, une deuxième coupe est réalisée quatre à cinq semaines plus tard en enrubannage. Et enfin je sème un maïs fourrage assez précoce (indice 280) dans la première quinzaine de juin que j’ensile début octobre ». 

Et Alexis l’affirme : c’est grâce à l’irrigation qu’il peut assurer sereinement son stock de fourrage et l’alimentation de l’ensemble de son troupeau, d’où l’importance de bien gérer la ressource en eau.

« Il y a dix ans, 12,5 millions de m3 étaient prélevés dans les nappes phréatiques sur notre secteur d’irrigation Vendée Ouest, nous avions chacun nos propres forages et autres ». Désormais, 45 % du volume global est stocké en réserves de substitution, le reste est toujours en forage. Et surtout le choix d’une gestion collective a été acté : « Qu’on soit sur forage ou sur réserve d’eau (actuellement sur forage, Alexis sera raccordé à la réserve l’année prochaine), on est tous attributaires de quotas d’eau. S’il y a un souci au niveau des nappes phréatiques, et qu’il reste de l’eau dans la réserve, tout le monde aura interdiction d’arroser. Même les non-irrigants participent à la gestion de ces quotas d’eau, car tous les agriculteurs d’un secteur sont concernés par la ressource en eau », explique Alexis Gelot.

Lire aussi : Les forages en tête du classement pour l’accès à l’eau

Chaque exploitation s’est ainsi vu attribuer un quota annuel de mètres cubes, 41 114 m3 en ce qui concerne Alexis, basé sur les historiques de pompage par forage sur la période 2003-2006. 

Fixer ses volumes en amont

Pour la période du 1er avril au 1er juin, chaque agriculteur doit déterminer le volume dont il aura besoin pour ses cultures de printemps : « J’ai choisi de réserver 8 000 m3 sur mes 41 114 m3 . Et je ne peux pas aller au-delà quelles que soient les conditions météo. En revanche, si je n’ai pas consommé ce volume de printemps, je peux le remettre sur mon volume été. » Car du 1er juin au 15 septembre, la gestion de l’eau s’effectue à la quinzaine. Cette gestion est effectuée par l’établissement public du marais poitevin, l’agence de l’eau Bassin Loire Bretagne et les chambres d’agriculture. Des contrôles sur compteur sont réalisés tous les 15 jours. 

Avant le 1er juin, « je dois prévoir mes volumes par quinzaine jusqu’au 15 septembre. Si je n’ai pas consommé mon quota sur une quinzaine, il peut y avoir un report sur la quinzaine suivante à condition que la situation des nappes ne se soit pas dégradée entre-temps. » 

Pendant l’été 2019, marqué par une sécheresse historique, les reports de quinzaine ont été interdits à trois reprises : « grâce à cette gestion fine, nous n’avons pas eu de problème de volume », commente le producteur vendéen. 

Après le 15 septembre, les agriculteurs peuvent encore irriguer, s’il n’y a pas d’arrêté sécheresse, avec leur volume non consommé entre le 1er avril et le 15 septembre. Je suis concerné car, une année sur trois environ, je dois irriguer pour faire lever mes ray-grass. Mais je ne pourrai strictement jamais dépasser mes 41 114 m3 ».

L’irrigation lui permet d’assurer l’alimentation de l’ensemble de son troupeau. « En 2019, j’arrive à 12 t de MS pour mon ray-grass (deux coupes) et 18 t de MS de maïs malgré le coup de sec. Avec ces 10 ha sur la plaine, je nourrirai toujours mon troupeau, quel que soit le temps ».

Actuellement, comme dans de nombreuses régions, Alexis doit faire face à un excès d’eau. « J’ai réussi à semer mon blé dur en marais fin janvier, il est levé. Par contre, j’ai encore 15 ha à mettre à plat pour semer mes cultures de printemps alors que d’habitude, à cette époque de l’année, je suis déjà prêt à semer. Pour les vaches, elles sortent en général à la mi-avril, je prévois toujours du stock pour tenir jusqu’à la fin avril. Le temps change vite ici, et nos terres sont séchantes, donc qui sait, elles seront peut être dehors dans trois semaines ! » relativise l’éleveur.