Sommet de l'élevage

« Tous les voyants sont au rouge »


AFP le 30/09/2019 à 11:04
Le Sommet de l'élevage ouvre ses portes mercredi près de Clermont-Ferrand. (©TNC)

Le Sommet de l'élevage ouvre ses portes mercredi près de Clermont-Ferrand. (©TNC)

Marché de la viande bovine en berne, marché du lait de montagne en difficulté : au sommet de l'élevage qui s'ouvre mercredi près de Clermont-Ferrand, « tous les voyants sont au rouge » face aux excès de la mondialisation dénoncés par la profession.

Pour la 28e édition de ce grand rassemblement de la profession agricole, plus de 1  500 exposants de 32 pays, et surtout 2 000 animaux d’exception appartenant à l’aristocratie génétique du troupeau français – veaux, vaches, moutons, chèvres et chevaux – seront présentés à près de 100 000 visiteurs venus de 85 pays. Ceci fait du sommet de l’élevage l’une des principales manifestations du genre en Europe. Mais les éleveurs français, premiers producteurs de viande bovine en Europe, se sentent menacés dans leur existence même par la ratification en juillet de l’accord de libre-échange Ceta entre l’Union Européenne et le Canada par l’Assemblée nationale. Selon eux, cet accord va ouvrir les portes de l’Europe à de la viande bovine canadienne à bas prix, produite avec des méthodes moins strictes que celles auxquelles ils sont soumis. Certains éleveurs ont participé cet été aux manifestations devant les permanences de députés ayant voté en faveur du Ceta. Outre la ratification par le Sénat du Ceta, ils craignent aussi un autre accord du même type avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), grands producteurs de viande bovine à des coûts de revient bien inférieurs aux leurs. Alors que la consommation de viande est en recul en France, sur fond de contestations veganes et anti-élevage, la sécheresse historique de cet été achève d’ajouter à leur désarroi, car certains manquent de fourrage pour nourrir leurs animaux. Ils craignent de devoir recourir à de nouvelles « décapitalisations » , c’est-à-dire des abattages supplémentaires cet automne. Or le cheptel français de vaches à viande (dit cheptel allaitant) est déjà descendu fin 2018 sous les 3,9 millions de têtes, à son plus bas niveau depuis plus de 20 ans, selon l’Institut de l’élevage, après avoir perdu 61 000 têtes entre décembre 2017 et décembre 2018 (- 1,6 %). Ce recul est dû à une « accélération des arrêts d’activité », note l’Institut.

À l’aval, sur le marché de la viande, « tous les voyants sont au rouge », résume Culture viande, le syndicat des industriels de l’abattage, de la découpe et de la transformation. Du fait de la baisse des achats de viande « brute » par les ménages, le secteur de l’abattage-découpe a connu un résultat historiquement bas en 2018 (0,3 % de marge courante selon le rapport de l’observatoire des prix et des marges 2019), explique Mathieu Pecqueur, directeur général de Culture Viande.

« Signal d’alarme » pour le lait de montagne

Dans le secteur laitier, la situation n’est guère plus rose. Avec 3,71 millions de vaches en décembre 2018, l’érosion du cheptel a été de 0,8 % l’an passé, soit une baisse de 30 000 bêtes sur l’année, très nette dans le Centre, le Sud ou en Vendée. En revanche, dans le Nord-Ouest, Bretagne, Normandie et Nord, où l’élevage laitier est plus industrialisé, les troupeaux ont augmenté en taille en 2018, selon l’Institut. La France est le deuxième producteur de lait en Europe derrière l’Allemagne, et la Bretagne la première région laitière de l’Union. Alors que la rentabilité du secteur est en baisse depuis la suppression des quotas laitiers européens en 2015, la consommation de produits laitiers par les ménages a chuté de 6 % en quatre ans, fragilisant surtout le lait de montagne, souligne l’interprofession laitière (Cniel). Difficulté du travail, surcoûts liés aux conditions météo, l’activité laitière en montagne a un retard de compétitivité estimé entre 30 et 43 % par le Cniel. Et depuis une dizaine d’années, le secteur subit une « déprise » importante, c’est-à-dire des arrêts de production : dans les Pyrénées, le nombre de producteurs de lait a chuté de 52% entre 2008 et 2018, et dans le Massif Central de 47%, selon le Cniel qui « tire un signal d’alarme sur l’avenir des territoires de montagne sans l’activité laitière ». Ce secteur est en effet aussi le plus gros pourvoyeur d’emplois en zone de montagne. En région Auvergne-Rhône-Alpes, les fermes laitières représentent environ 60 % de l’emploi agricole, soit 26.000 emplois. De nombreux commerces, écoles et services publics sont maintenus dans des zones rurales difficiles grâce à cette activité.