Anton Sidler (61), La Vache Heureuse

« 25 litres de lait par jour sans tourteau c’est possible »


TNC le 19/11/2019 à 06:03
Éleveur de vaches laitières à Bagnole de l’Orne (61), Anton Sidler est aussi co-gérant de La Vache Heureuse, une entreprise qui cherche à informer et divulguer des résultats expérimentaux et savoir-faire du terrain, et propose du conseil individualisé. (©TNC/LVH)

Éleveur de vaches laitières à Bagnole de l’Orne (61), Anton Sidler est aussi co-gérant de La Vache Heureuse, une entreprise qui cherche à informer et divulguer des résultats expérimentaux et savoir-faire du terrain, et propose du conseil individualisé. (©TNC/LVH)

Avoir des vaches hautes productrices sans voir s’envoler son coût alimentaire et tout en préservant ses sols : c’est l’objectif d’Anton Sidler, éleveur dans l’Orne et co-gérant de le l’entreprise La Vache Heureuse.

Éleveur en Basse-Normandie, Anton Sidler est un adepte des rations faites à partir de fourrages riches en azote à base d’ensilage de méteils de protéagineux, d’herbe ou de luzerne, complétées en énergie par du maïs épis et des céréales. Selon lui, il est possible de produire plus de 25 litres de lait par vache avec pas ou peu de tourteaux, de façon durable en respectant ses animaux et son sol. C’est d’ailleurs au travers de son entreprise La Vache Heureuse qu’il divulgue ses résultats d’essais et propose du conseil aux éleveurs.

Des méteils à plus de 16 % de MAT

Anton Sidler explique qu’il y a plusieurs possibilités pour faire du lait à partir des fourrages : « La ou les cultures choisies dépendent de où vous êtes et de ce que vous voulez faire. Certains éleveurs préfèrent les luzernières ou des mélanges graminées/légumineuses. Il faut garder en tête l’objectif d’atteindre les 18 % de MAT, voire plus si possible. » De son côté, l’éleveur s’est plutôt orienté vers les méteils.

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Semés en octobre, ces méteils riches en légumineuses (pois fourrager, vesce, féverole, trèfles annuels et un peu d’avoine ou de triticale) sont ensilés en mai avant un semis de maïs. Cette double culture sans labour entre deux cultures principales (céréales – méteil – maïs) permet de couvrir le sol en permanence et produire des fourrages riches en fibre et en azote. En Basse-Normandie, les méteils ont été fauchés vers le 18-20 mai 2019, ensilés à 25-30 % de MS et plus de 16 % de MAT.

La ration des « vaches heureuses » d’Anton Sidler :

  • 2/3 (10-12 kg MS) de méteil riche en protéagineux
  • 3-4 kg de foin
  • 5 kg de maïs épis broyé, ensilé à 50 % de MS
  • 3,5 kg de maïs grain ou de céréales traité à l’Alliplus (urée + extraits de plantes) à environ 16,5 % de MAT
  • 300 g de fibre type miscanthus pour stimuler la rumination
  • Minéraux

Soit un total d’environ 24 kg de MS ingéré et jusqu’à 30 kg pour certaines vaches, sans Dac, pour une production moyenne de 29 litres de lait par vache. Pour un coût de ration d’environ 75 €/1 000 litres. « Je fais du pâturage tournant, en changeant de paddock chaque jour. Selon l’ingestion d’herbe, je retire proportionnellement le méteil de la ration mélangée », explique-t-il.

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Semer un maïs derrière le méteil

« On peut faire des méteils avec plus de céréales, notamment pour les génisses, les vaches allaitantes ou les méthaniseurs, qui seront récoltés plus tôt. » Derrière ses méteils, il choisit des indices 240-250 pour les maïs qu’il récolte en épi dans les parcelles semées le plus tôt et pour les parcelles les plus tardives en grain, ou en ensilage à destination des méthaniseurs ou pour le troupeau en cas de besoin.

Avec la sécheresse du printemps et de l’été 2019, les semis de maïs tardifs après ensilage de méteil n’ont pas toujours été à la hauteur des espérances des éleveurs qui ont adopté cette stratégie. « On a eu des récoltes de méteil exceptionnelles mais du côté des maïs, seuls ceux qui ont reçu de l’azote ou de l’urée liquide dans le rang ont réussi à tirer leur épingle du jeu malgré le sec », observe Anton Sidler.