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Nyakas Farm — Hongrie

4 000 bovins gérés par un cow-boy des temps modernes


TNC le 29/03/2024 à 05:02
AndrasNyakas

Andras Nyakas est à la tête d'une exploitation de 1800 vaches laitières. (© Nyakas Farm)

Avec pas moins de 1 800 vaches à la traite, la Nyakas Farm compte parmi les plus grosses fermes laitières d’Europe. Une taille qui permet à Andras Nyakas d’effectuer de nombreuses économies d’échelle. Nutritionniste, vétérinaires, inséminateurs… Pas moins de 135 salariés travaillent sur l’exploitation pour atteindre l’objectif des 40 l de lait par vache et par jour !

1 800 vaches laitières, 2 000 génisses, 4 000 ha de cultures… Bienvenue sur une grosse ferme hongroise ! Sous le chapeau de cow-boy, Andras Nyakas. À la tête de l’exploitation depuis 27 ans, le septuagénaire n’est pas peu fier de faire visiter son exploitation. Chez lui, tout file droit. Bâtiments comme niches à veaux sont alignés au cordeau. Les étables se succèdent à perte de vue, et les dernières technologies côtoient quelques vestiges de l’époque soviétique.

De quelques génisses laitières, 35 bovins selon ses dires au début des années 90, l’exploitation s’est développée grâce à la reprise des fermes environnantes. Pour le logement des bovins, point de grandes stalles de 1 000 vaches, mais plutôt une succession d’étables de 100 ou 200 places. « Nous avons racheté les exploitations voisines pour les réhabiliter pour l’élevage bovin », résume l’éleveur. Au total, pas moins de 6 sites, à quelques kilomètres les uns des autres composent l’exploitation. Stockage de matériel, de fourrage, élevage des génisses ou des vaches laitières… À chaque lieu sa fonction.

135 salariés sur l’exploitation

Mais ce qui fait la spécificité du secteur laitier hongrois, c’est son recours à la main-d’œuvre. Pas moins de 135 salariés s’activent sur la ferme. Une soixantaine est dédiée à l’élevage (soit environ 1 personne pour 30 vaches laitières), et 25 s’occupent des cultures. Le reste des employés est affecté à l’entretien et la maintenance.

Le gérant insiste : « les salariés sont bien considérés. » Ici comme ailleurs, la main-d’œuvre qualifiée se paye et se fait rare. « Nous sommes 20 % au-dessus du salaire minimum pour rester attractif. » Et pour cause : chaque tâche a son expert. Agronomie, alimentation animale, suivi de la repro, traite… Toutes les questions zootechniques sont gérées par un manager spécifique. Une équipe de 8 personnes est par exemple dédiée à l’alimentation des bovins. Le rationnement, ainsi que le choix des fourrages est géré par leur manager. « Il faut savoir s’entourer », résume Andras Nyakas, qui s’occupe aujourd’hui de la « gestion globale de la ferme ».

« C’est un peu comme si nous en France, on embauchait à plein temps l’inséminateur, le nutritionniste et le contrôleur laitier », commente un éleveur pendant la visite.

Le salaire minimal hongrois reste en deçà des standards français : compter dans les 700 € en janvier 2024. Mais l’exploitant se veut généreux pour rester attractif pour la main-d’œuvre. « Les plus bas salaires sur la ferme sont à plus de 1 000 € » explique Andras Nyakas. Il n’empêche que l’exploitation est peu robotisée. Pour la détection des chaleurs, quelques podomètres sont présents, mais l’éleveur compte avant tout sur l’œil de ses employés. « Chaque matin, des salariés font le tour des stabulations pour les détecter. » Même constat pour la traite, avec l’installation de rotos.

Mais cela pourrait bien changer. À l’avenir, l’exploitant compte investir dans la traite robotisée. Une manière d’économiser le travail de 5 salariés sur la ferme.

Des vaches à 40 litres

La stratégie paye. Les trois traites par jour permettent d’atteindre une moyenne de 40 l de lait par vache. « Passer en dessous de 30 l est un motif de réforme », résume un manager. « En passant de 2 à 3 traites, nous sommes passés de 37 à 41 litres par jour », ajoute Andras. Côté reproduction, les génisses vêlent à 22 mois, et le troupeau affiche un IVV de 378 jours.

L’exploitation produit pas moins de 60 000 l par jour, soit 24 000 000 l à l’année. Et pour Andras Nyakas, la taille compte. « Seules les grosses structures collent avec le modèle hongrois. » Les laiteries ne se déplacent pas pour les petites exploitations, et de grandes étables sont nécessaires pour réaliser des économies d’échelle. Car le prix des terres reste élevé, compter « dans les 15 000 €/ha dans mon secteur ».

420 €/1 000 litres de lait

En ce qui concerne le prix du lait, l’exploitation le vendait dans les 420 €/1 000 l à Lactalis en janvier 2024. Après une année 2023 marquée par l’envolée des cours, le prix actuel peine à satisfaire l’éleveur. « Il faudrait dans les 500 € », estime Andras. Un niveau de prix qui permettrait d’assurer la pérennité de l’élevage laitier, et de pouvoir investir. Preuve en est s’il en faut qu’à l’Est, comme à l’Ouest, qu’avec 200 ou 2 000 vaches, le prix du lait reste un sujet intarissable pour les éleveurs.