Un chalutier, saisi pour trafic de cocaïne, vendu aux enchères
AFP le 01/04/2026 à 09:23
Un chalutier saisi après le démantèlement en Normandie d'un trafic de cocaïne en avril 2025, a été acquis mardi pour 300 000 euros sur le port de Ouistreham (Calvados), au cours d'une vente aux enchères mandatée par l'agence en charge de la gestion des avoirs criminels.
Quatre enchérisseurs, deux sur le quai devant le navire et deux au téléphone, ont misé au cours de cette enchère assez rare sur le marché sur ce chalutier de 18 mètres, dont le prix de départ était de 100 000 euros. Le bateau a finalement été adjugé pour le triple à un marin pêcheur du Tréport, immédiatement félicité par ses confrères présents.
« C’est une bonne affaire, je suis content, je vais pouvoir remplacer mon bateau », a réagi l’acquéreur prénommé Charles, 28 ans, qui prévoit de « le rebaptiser pour créer mon histoire à moi ». Le « Lucky » avait été saisi en avril 2025 après le démantèlement d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie. L’historique judiciaire du bateau « ne m’intéresse pas, ça n’est pas l’image que je veux donner de la pêche », a déclaré son nouveau propriétaire.
Dans la nuit du 3 au 4 avril 2025, le cargo Omicron Eagle, parti du port brésilien de Paranagua, avait jeté à la mer des ballots de cocaïne près des îles anglo-normandes, récupérés par l’équipage du Lucky et transférés sur une navette rapide à destination de Tancarville en baie de Seine. C’est là que la police avait arrêté les trafiquants et saisi 630 kilos de cocaïne. Neuf personnes au total avaient été placées en détention en attendant leur jugement, dont le patron du chalutier et deux autres marins-pêcheurs.
Le procureur de Rennes Frédéric Teillet avait à l’époque qualifié l’affaire d’« historique » car c’était « la première fois qu’est interceptée une livraison par drop-off ». Mandatée par l’agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) pour assurer cette vente, la commissaire-priseur Solène Lainé s’est dite « très heureuse de cette vente et qu’il (le bateau, NDLR) reprenne une activité ».
Ce montant est « très exceptionnel » pour une vente de l’Agrasc, a-t-elle expliqué à l’AFP, avec « la particularité concernant les licences attachées au bateau qui ont rendu cette vente très intéressante », en comparaison aux autres ventes de véhicules, maroquineries, bijoux ou électroménager après saisies. « Voir un jeune partir avec, ça fait plaisir, c’est un bon bateau », s’est réjoui Jean-Benoit Lemouland, marin-pêcheur retraité de la Manche venu spécialement pour la vente du « Lucky » sur lequel il a navigué par le passé.