On ne choisit pas sa variété de blé au hasard… alors pourquoi le faire sur les couverts végétaux ?


TNC le 04/08/2026 à 13:16
Treflephoto

Le réseau Dephy Ecophyto s'est interrogé sur quelle variété de trèfle implanter en prairie temporaire pour limiter les graminées indésirables dans la culture. (© TNC)

Le réseau Dephy Ecophyto s’est penché sur la manière dont les éleveurs choisissaient leurs variétés fourragères. Résultat : bon nombre d’entre eux sèment du trèfle. Mais le choix spécifique de l’espèce (Micheli, Alexandrie, Incarnat…), et plus encore de la variété, n’est pas forcément étudié. Pourtant, des essais en cours dans le Pas-de-Calais témoignent de diversités variétales quant au développement de la flore adventice.

« Quand on va a la coop, on ne dit pas « met moi un blé au hasard ». Alors, pourquoi on ne regarde pas les caractéristiques des variétés dans les couverts végétaux ? » lance Julie Specht, ingénieure agronome, à l’occasion d’un webinaire Dephy Ecophyto sur la sélection des variétés de trèfle.

Afin d’acquérir de la donnée, le groupe Dephy Adventices et Polyculture élevage du Nord-Pas de Calais a mis en place un essai pour comparer 12 variétés de trèfle. L’objectif : étudier la compétition vis-à-vis des adventices graminées. « C’est la principale problématique des éleveurs du secteur », détaille la jeune femme.

Étudier la résistance des trèfles vis-à-vis des graminées indésirables

Les parcelles d’Adrien Bellanger, dans le Haut Pays, se sont prêtées à l’expérimentation. Parmi les espèces implantées, du trèfle incarnat, du squarosum, de l’Alexandrie, du vésiculeux, du Micheli et du trèfle de Perse, avec à chaque fois, une à trois variétés proposées par Semence de France et Lidea. « Lorsqu’on implante du blé, on le compare à un autre blé. Pas à de l’escourgeon », poursuit Julie Specht, afin de justifier les nombreuses modalités de l’essai. Mais force est de constater que les gammes des semenciers en variétés fourragères sont plus restreintes qu’en céréales.

La première année d’essai a été concluante, avec des levées autour de 220 à 440 trèfles par m², permise par une pluviométrie satisfaisante. « Seul le trèfle Micheli est un peu juste, avec 163 trèfles par m² », précise l’agronome.

Pour une même espèce, les différentes variétés présentent des résultats différents sur la première année d’exploitation.Ces résultats sont à mettre en perspective : les essais ont été réalisé sur une unique parcelle, durant une année. (© Dephy Ecophyto)

La problématique étant d’étudier la résistance au salissement de différentes variétés, l’essai s’est porté sur la biomasse de graminées développée au sein des différentes parcelles test. Résultat : « en trèfle incarnat, on arrivait à 83 % de salissement avec le Bolsena, alors que pour la même espèce, Carmina et Cavroux sont à 24 et 28 % ». Reste à voir sur le long terme comment évolueront les différentes variétés, des coupes étant prévues sur la parcelle sur trois ans. « Les trèfles n’ont pas le même port de feuilles, la même structure aérienne… Il n’y a pas forcément plus de pieds de graminées avec le Bolsena, mais ils ont eu plus de lumière et se sont développés plus facilement », détaille Justine Leborgne, apprentie ingénieure agronomie pour le réseau Ecophyto.

Même constat pour le trèfle de Micheli. « On a 62 % de graminée sur le Fixation contre 23 % sur le Border ».

Le trèfle vésiculeux n’est pas adapté en cas de forte concurrence avec les graminées. « On était à 90 % de graminée quelle que soit l’espèce », explique Julie Specht. « On voit que le trèfle vésiculeux s’est laissé dominer parce que sa structure fait qu’il n’a pas une couvrance du sol optimale », complète sa collègue.

Si bien que l’intuition des agronomes était bonne : « notre question, c’était de savoir s’il y avait des différences entre variétés d’une même espèce. On voit que ça vaut le coup d’y regarder, et que ça vaut le coup de se creuser la tête sur le choix de ses variétés fourragères », abonde Justine Leborgne.

Mais les jeunes femmes tempèrent : « reste à voir comment les mesures évoluent au fur et à mesure des coupes. Il faut que les variétés tiennent leur performance dans la durée ». Mais l’essai aura tout de même le mérite d’inviter les agriculteurs à s’intéresser aux caractéristiques des variétés fourragères implantées.