L’espoir d’un déblocage à Ormuz ou en mer Noire entraîne le marché agricole à la baisse


AFP le 05/08/2026 à 21:15
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(© BarjotNicolas/Banque d'images FranceAgriTwittos)

Les cours mondiaux des céréales et oléagineux ont poursuivi leur repli cette semaine, portés par les espoirs de détente géopolitique au Moyen-Orient et en mer Noire, les marchés surveillant aussi de près la météo américaine en pleine période cruciale pour le maïs et le soja.

À Chicago, le boisseau de blé (27 kg) a perdu 24 cents, soit 3,5 % tandis que sur Euronext la tonne de blé meunier est tombée jusqu’à 222 euros. Le maïs américain a perdu un peu plus de 2 % tout comme le soja, le colza européen cédant lui 1,5%.

« Sur le marché des grains, on a des prix qui sont, depuis plus d’une semaine maintenant, globalement orientés à la baisse », commente auprès de l’AFP Sébastien Poncelet, analyste pour Argus Media France.

Le spécialiste, comme plusieurs de ses collègues, souligne que la chute des prix du pétrole – de plus de 10 % sur la période – a lourdement pesé sur le marché agricole. Si le maïs et le soja, deux graines très utilisées dans la production de biocarburants, ont été logiquement touchés, le mouvement a été plus large.

« Quand il n’y a rien d’autre à regarder, les céréales et les oléagineux se laissent influencer par le pétrole, quand ils ont leur propre préoccupation logistique ou fondamentale, ils vivent leur propre vie », note Sébastien Poncelet.

La perspective d’une reprise du dialogue entre Washington et Téhéran après cinq mois de guerre laisse le marché espérer un accord pour débloquer le détroit d’Ormuz. Donald Trump a dit mardi que soit le détroit « ouvrira très bientôt », soit l’Iran sera frappé « très fort ».

« Je ne crois pas que les traders soient disposés à conserver la prime de risque dans les cours » comme ils le faisaient auparavant, remarque Michael Zuzolo, analyste à Global Commodity Analytics and Consulting. 

Le constat est similaire en ce qui concerne les tensions en mer Noire. Si les cours du blé ont grimpé en juillet à la faveur de la forte perturbation de navigation dans la zone, rappelle Damien Vercambre, courtier du cabinet Inter-Courtage, la tendance s’inverse.

« Le marché s’en inquiète un peu moins, laissant penser qu’il espère une ouverture ou une solution à venir », assure M. Poncelet.

Mois décisif 

Les frappes entre l’Ukraine et la Russie se poursuivent pourtant et viennent empêcher le chargement de nombreux cargos en blé alors que les deux pays sont parmi les principaux exportateurs de cette céréale.

Mais la demande est en baisse du côté des habituels acheteurs de blé de la mer Noire, ce qui aboutit à une situation bien différente de l’explosion des prix de 2022.

« La Turquie et l’Egypte, notamment, ont cette année des récoltes quasiment record de blé et vivent pour le moment en consommant leurs récoltes domestiques », relève Sébastien Poncelet.

Les conditions météorologiques aux États-Unis ont constitué un autre point d’attention majeur cette semaine après un coup de chaud sur l’ouest de la Corn Belt, où sont cultivés maïs mais aussi soja.

« Le mois d’août est crucial pour le soja », déterminant une grande partie du rendement attendu à la récolte, et se montre aussi décisif « pour le remplissage des grains de maïs », note Damien Vercambre. « Les averses récentes (…) associées à des températures proches ou inférieures à la normale, ont été bénéfiques pour le maïs et le soja », souligne le ministère américain de l’Agriculture (USDA).

Dans son actualisation hebdomadaire, le ministère note toutefois que la qualité des cultures s’était dégradée pour le grain jaune et stabilisée pour le soja. De quoi pousser les opérateurs à « acheter du maïs et vendre » la graine oléagineuse, estime Michael Zuzolo.

Les conditions météorologiques américaines sont d’autant plus scrutées que l’Europe a traversé plusieurs épisodes caniculaires. En France, les marchés s’attendent à « un chiffre record » de pertes sur le maïs, note M. Vercambre.