Le prix des carburants, un « détonateur » pour une filière pêche déjà en « crise latente »


AFP le 27/03/2026 à 14:15

Inquiets de se trouver au « bord de l'extinction », pour certains contraints de rester à quai, les pêcheurs « pris à la gorge » par la hausse du prix des carburants attendent vendredi de nouvelles aides de la part du gouvernement.

« Le prix du gazole, c’est le détonateur d’une crise qui est déjà latente depuis pas mal d’années », déclare à l’AFP José Jouneau, président du comité régional des pêches des Pays de la Loire, à l’issue d’une rencontre, hors-presse, aux Sables-d’Olonne (Vendée) avec la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud.

La réunion s’est cependant déroulée dans le calme, explique-t-il: « l’inquiétude, c’est vraiment d’être sur le bord de l’extinction. Et ça a transparu : lors de la réunion, il n’y a pas eu de hurlement. On a l’impression que les gens sont presque résignés. » Le prix du gazole marin a bondi de 65 % depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, passant de 0,61 à 1,01 euro par litre du 26 février au 26 mars, selon l’observatoire du carburant de la Coopération maritime.

Avec un « impact direct » sur les salaires : « Un tiers en moins depuis le début de la crise. Mais même si c’est limite rentable, avec les investissements qu’on a, on doit continuer à y aller. On est pris à la gorge », a expliqué Jérémy Rousseau, patron-armateur à Noirmoutier, en pull noir marqué du nom de son chalutier. Il était aux Sables-d’Olonne vendredi pour rencontrer la ministre.

« J’ai bien entendu le message qui m’a été passé ici, ce n’est pas uniquement les entreprises, c’est chaque bateau qu’il va falloir soutenir », a déclaré Catherine Chabaud à l’issue de cette réunion.

« Concret »

La flotte française a diminué d’un tiers en 25 ans pour atteindre 5 352 navires en 2024. Ses armements sont vieillissants, avec une moyenne d’âge de 30 ans, faisant du renouvellement et de la décarbonation des armements la priorité du secteur.

La succession de crises l’a encore fragilisée : 86 navires (dont la moitié en Bretagne) ont été envoyés à la casse dans le cadre d’un « plan d’accompagnement individuel » post-Brexit, destiné aux pêcheurs n’ayant plus accès aux eaux britanniques.

Vendredi en fin de journée, les ministres « seront amenés » à « prendre la parole sur des mesures d’accompagnement de filières », a annoncé Sébastien Lecornu dans la matinée à Bercy, évoquant des « plans de soutien à l’activité ».

« Tout le monde attend du concret », a expliqué José Jouneau, appelant par ailleurs l’État à « desserrer le carcan des quotas ».

A Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche français, des bateaux sont contraints de rester à quai. « En 33 ans de navigation, je n’ai jamais vu ça. C’est historique, très inquiétant. Là, cela fait trois semaines que nous naviguons pour zéro euro », racontait mercredi Mathieu Descharles, matelot sur le « Thomas Nicolas II ».

Capitaine d’un autre bateau à quai, Théo Ramey s’est dit « dépité, perdu » : « On attend des décisions qui vont dans la logique du pêcheur (…) On attend un prix plafond pour le gazole qui ne dépasse pas un certain prix. Je pense que 0,70 euro, c’est vraiment le maximum. »

« Aller plus loin »

Les pêcheurs bretons ont de leur côté réclamé jeudi des aides directes à pompe. « Sans un engagement politique courageux, les pêcheurs bretons ne pourront bientôt plus assumer la continuité de leur mission stratégique pour notre souveraineté alimentaire », ont-ils mis en garde dans un communiqué.

Le gouvernement a annoncé lundi des mesures pour « soulager la trésorerie » des entreprises de pêche, sans toutefois décider à ce stade de remise directe à la pompe.

« J’ai demandé aux ministres d’aller plus loin, la Commission européenne a été saisie ce jour et le conseil (Agriculture et Pêche, à Bruxelles) de lundi doit permettre d’avancer notamment sur des mesures d’aides directes jusqu’à présent interdites », a déclaré Sébastien Lecornu mercredi.

« Je pense que le moment est venu d’adapter le cadre européen pour pouvoir accompagner le secteur de la pêche », a déclaré Catherine Chabaud aux Sables d’Olonne.

Le coût du gazole des marins – teint en bleu – représente « en moyenne 40 % du chiffre d’affaires », selon le comité national des pêches.