God Save the Beef : les races britanniques gagnent du terrain dans les prés français
TNC le 02/01/2026 à 05:24
Alors que le cheptel décroît, les races étrangères évoluent à contre courant dans les prairies françaises. Leur principal argument ? La facilité d'élevage, qui convainc de plus en plus d'éleveurs.
Highland, Angus, Hereford… Dans les allées des salons agricoles, certains se risquent à prendre l’accent britannique. Jusqu’alors reléguées au rang de curiosité, les races étrangères se sont peu à peu fait une place. Concours, organisme de sélection, livres généalogiques : à leur échelle, elles se structurent et gagnent en légitimité. Alors, simple beef fashion, ou tendance de fond ? Pour les représentant des OS, rencontrés au Sommet de l’élevage, elle interroge avant tout sur les attentes des éleveurs de demain.
Les races britanniques apportent une réponse aux problème de l’élevage moderne
En tête des effectifs : l’Angus. L’institut de l’élevage comptabilise un peu plus de 50 000 Aberdeen Angus (code race 17) parmi le cheptel français. L’organisme de sélection affiche 6 500 animaux inscrits au livre généalogique en 2024, « et encore, si l’on compte les croisés, les effectifs grimpent davantage », souffle Emmanuel Spinnewyn, vice-président de l’Association Aberdeen Angus France, et lui-même éleveur.
La progression est d’autant plus impressionnante que seule une poignée d’animaux était présente au début des années 2000. « Le développement a été exponentiel sur la dernière décennie », s’enthousiasme l’éleveur. Comment l’expliquer ? « L’Angus apporte une réponse aux problème de l’élevage moderne ». Facilité d’élevage, aisance au vêlage, précocité, rusticité, efficacité alimentaire, longévité… Les qualificatifs ne manquent pas pour vanter la petites vache couleur charbon.
Des éleveurs conquis par la facilité d’élevage
Le confort d’élevage tient une place importante dans la communication de l’organisme de sélection : « le problème n’est pas que les jeunes ne veulent plus faire d’élevage, c’est plutôt d’avoir une vache qui permette de le faire dans le monde d’aujourd’hui ».
Un discours partagé par la race Hereford, qui compte environ 12 000 animaux sur le sol français. Cousine de l’Angus, elle séduit une profession en quête de qualité de vie. « Les éleveurs de demain sont des éleveuses », sourit Anne-Cécile Courtois, à la tête d’un troupeau de Hereford en Picardie. « Elles veulent des animaux dociles, faciles à conduire, et qui ne demandent pas de se lever à toute heure de la nuit pour assister un vêlage ». Outre sa qualité à valoriser les fourrages grossiers, la vache à la robe rouge et aux dessous blanc est réputée pour ses qualités maternelles.
Autre avantage, Hereford et Angus sont précoces. Le vêlage deux ans est légion et surtout, les animaux présentent rapidement une viande rouge avec un niveau de persillé intéressant. « C’est un argument pour les jeunes qui s’installent. Ils ont rapidement un retour sur investisement », poursuit Anne-Cécile.
Reconnaissable à son air ébourifé, la Highland se développe également hors des prairies d’Ecosse. « Il y en a peut-être 15 000 en France », estime Emeric Deraedt, président de la French Highland Cattle Society. Pour l’ornement, le débrousaillement ou pour la viande, la race a ses adeptes. Moins précoce que ses cousines, elle demeure une pâtureuse à toute épreuve. « Ce sont des animaux peu exigeants, qui répondent à un besoin d’entretien du territoire tout en faisant de la viande », résume l’éleveur.
Travailler les débouchés
Petites carcasses, persilllé : sur le papier, les races britanniques répondent au besoin des consommateurs. Souvent présentées comme des mets d’exception, elles ne s’imposent pas forcément comme une évidence pour les marchands de bestiaux.
« Les éleveurs de Hereford travaillent pour partie en vente directe », souligne Anne-Cécile Courtois. Mais des initiatives se développent. Les contrats Herbopacte, qui visent à l’engraissement de veaux laitiers croisés à l’herbe, mettent en avant les races britanniques. « C’est une manière de faire rentrer la race dans les grands circuits de commercialisation ».
Même combat pour les éleveurs d’Abeerden Angus, « il y a dix, il ne fallait pas espérer grand chose d’une Angus devant un marchand de bestiaux », se remémore Emmanuel. Mais la race bénéficie d’une certaine réputation auprès des consommateurs. « Aujourd’hui, l’Angus a un nom. Son prix se fait sur la base des cotations des races bouchères », poursuit l’éleveur. A ceci près que les vaches britanniques demeurent moins lourdes. Une centaine de kilo carcasse séparent l’Angus de la Charolaise. « Il faut viser des circuits de commercialisation qui valorisent bien la spécificité de la race », estime l’éleveur.
D’autant que la demande ne se cantonne pas à la viande. « On voit de plus en plus de demande de reproducteurs, pour du croisement, du croît de cheptel ou même des changements de race ».
Du côté de la Highland, inutile d’appeler le maquignon. « On n’est vraiment pas sur une conformation qui les intéresse », note Emeric, à la tête d’un troupeau de 25 mères. Pour écouler sa production, il mise sur la vente directe : une bête tous les trois mois. « On est sur une viande très persillée, très goûtue, un peu sauvage qui a des adeptes ».
Mais la dernière carte des races britanniques réside peut-être dans l’adaptation au changement climatique. « Ce sont des animaux qui ont de bons bilans carbones », insiste le représentant de l’OS Angus. « Le vêlage deux ans, le précocité, la longévité ou encore l’élevage extensif… Tous ces éléments sont valorisés par la méthode de calcul du bilan carbone, et l’Angus coche toutes les cases ».
Difficile de dire quelle place prendront les races étrangères à l’avenir, mais leur développement témoigne déjà d’un élevage français en mutation, à la recherche de systèmes moins astreignants. « Ca n’est pas un hasard si l’Angus est la première race à viande élevée dans le monde », scande le représentant de l’OS.