Emissions de polluants : la filière porcine en état d’alerte sur la réglementation européenne


AFP le 11/02/2026 à 12:00

La filière porcine française s'est inquiétée mardi d'évolutions de la réglementation européenne proposées par Bruxelles, qui pourraient pousser les éleveurs à abandonner les porcheries « trop vieilles » pour être modernisées en vue de réduire leurs émissions de polluants.

Le président de l’interprofession Inaporc, Philippe Bizien, ne mâche pas ses mots et affirme que l’élevage porcin français est menacé de « disparition » par l’application proposée par Bruxelles de la directive sur les émissions industrielles.

Ce texte européen, qui date de 2010, encadre les émissions de différentes industries polluantes. Les élevages de porcs et de volailles sont inclus en raison de leurs rejets dans l’air et l’eau (ammoniac, méthane, nitrates, gaz à effet de serre…), ce que dénoncent les filières françaises qui souhaitent être exclues de la directive, comme le sont les bovins.

Une première réforme, actée en 2024, a au contraire élargi le nombre d’élevages entrant dans le champ d’application de la directive. « Aujourd’hui, 8 % des élevages porcins français sont concernés, cet abaissement des seuils fait que 40 % des élevages français seront concernés », a précisé la directrice d’Inaporc, Anne Richard.

Au-delà des seuils, la filière s’inquiète de mesures complémentaires présentées par Bruxelles fin 2025, qui pourraient être « finalisées en mars » et entrer en vigueur « à partir de 2030 », selon Inaporc.

Ces mesures consisteraient à demander aux éleveurs d’installer des « laveurs d’air » dans les porcheries, pour capter les émissions polluantes, ou des « racleurs » pour ramasser les excréments sous les bâtiments. Des aménagements « tout simplement impossibles » dans les « vieux bâtiments » d’élevage français, qui constituent la majeure partie du parc, a expliqué Inaporc.

Bruxelles n’a pas pu réagir dans l’immédiat à une sollicitation de l’AFP sur ces mesures.

L’interprofession propose de son côté des mesures « qui réduisent d’autant les émissions », comme la « couverture des fosses à lisier » ou « l’installation de méthaniseurs », mais elle demande de pouvoir le faire « sans contraintes » et dans des délais permettant aux éleveurs d’investir.

Les filières du porc et de la volaille demanderont officiellement au Salon de l’agriculture, qui se tiendra à partir du 21 février à Paris, à sortir de cette directive européenne.

Baisse des prix du porc

Ces propositions sont de nature à renforcer les inquiétudes des associations de protection de l’environnement, mobilisées mercredi à Paris contre la loi dite « Duplomb », qui a déjà facilité l’agrandissement et la création de bâtiments d’élevages intensifs.

Au-delà de ces évolutions qui ne sont pas encore actées, la filière s’inquiète de la baisse des prix du porc, après deux années plutôt favorables aux éleveurs.

En septembre, la Chine – friande d’abats de porc français mais aussi de porc espagnol – a imposé des droits de douane provisoires. Elle les a pérennisés en décembre, tout en les abaissant. Mais cela a « profondément déstabilisé le marché », a souligné Inaporc.

Les exportateurs se sont repliés sur le marché européen, ce qui a fait chuter les prix.

L’arrivée de la peste porcine africaine en Espagne, fin novembre, a fermé au premier producteur européen de nombreux marchés qui ont suspendu leurs importations pour se protéger de la maladie. Cela a entraîné un deuxième afflux de porc espagnol sur le marché européen et une baisse supplémentaire des prix.

Si l’interprofession prévoit une « reprise » au printemps, François Valy, président de la Fédération nationale porcine, s’inquiète des répercussions de prix en dessous des seuils moyens de rentabilité et surtout pour la capacité à investir des éleveurs qui souhaitent se moderniser et réduire leurs émissions.