Carburants : la colère des pêcheurs enfle, ports bloqués et réunion au ministère
AFP le 17/09/2026 à 10:45
La grogne monte en France, attisée par la hausse des prix des carburants, avec les blocages de deux ports et d'un dépôt pétrolier dans le Sud, avant une rencontre entre la ministre de la Pêche et les pêcheurs qui réclament des aides, dans un contexte budgétaire contraint.
Selon la police de l’Hérault, depuis 3h du matin, « entre 150 et 200 pêcheurs empêchent les entrées et sorties de la raffinerie de Frontignan et une trentaine de bateaux bloquent le port de Sète ». « Des palettes ont été brûlées et des effectifs de police sont sur place », poursuit cette source.
A Nice, le port, principalement de plaisance mais qui accueille également un trafic de ferries, était bloqué par une demi-douzaine de petits bateaux mais la situation était très calme, selon une journaliste de l’AFP.
« Nous menons une action symbolique », a précisé à l’AFP Ange Natoli, un représentant des pêcheurs de l’Hérault, en partance pour Paris pour rencontrer la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud.
Mercredi, le ministère a annoncé que les représentants de la filière seraient reçus à 11h pour évoquer les « solutions à apporter et faire le point sur le soutien du gouvernement ».
Le même jour, Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres de « prolonger » jusqu’au 31 décembre les dispositifs d’aides ciblées aux secteurs touchés par la flambée des prix des carburants.
Jeudi matin, le prix moyen du gazole, carburant le plus consommé en France a dépassé 2,37 euros, proche de son record d’un peu plus de 2,38 euros, selon une analyse AFP à partir des données gouvernementales.
Le SP95-E10 se vendait en moyenne à 2,16 euros le litre. Le SP98 était autour de 2,25 euros le litre. L’essence évolue depuis plusieurs jours au dessus de son pic de 2022.
« La situation peut s’aggraver », a alerté jeudi matin le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur LCI.
« Contraintes extrêmement fortes »
« D’abord parce que les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique se font de plus en plus pressantes (…) On a parlé du prix des hydrocarbures liés aux tensions dans le détroit d’Ormuz et dans la mer Rouge, mais on peut ajouter à ça le niveau des taux d’intérêt qui, partout dans le monde, et singulièrement en France, alourdit la charge du remboursement. Tout ça crée pour nous des contraintes extrêmement fortes », a-t-il développé.
Le dispositif d’aide aux grands rouleurs, qui a été versé déjà selon le gouvernement à plus de 1,1 million de personnes, court actuellement jusqu’au 30 septembre. Mais environ 1,5 million de grands rouleurs potentiellement concernés ne l’ont pas encore demandée. La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a réclamé jeudi sa prolongation.
Selon un baromètre publié jeudi, en 2026, 17 millions de Français de plus de 18 ans sont en situation de « précarité mobilité », soit 37 % de la population française majeure. L’étude avance que 10 % des personnes interrogées ont dû renoncer à un emploi ou à une formation dans les cinq dernières années, faute de pouvoir s’y rendre, ou parce que le prix du transport était trop élevé.
Pour les pêcheurs, dont plusieurs en Méditerranée ont mené des opérations de blocage de dépôts pétroliers, l’aide sera relevée de 25 à 35 centimes par litre. Elle retrouve ainsi « son niveau maximal autorisé par la Commission européenne pour permettre aux navires de continuer à sortir en mer », après un ajustement à la baisse cet été pour tenir compte de la baisse des prix, ont expliqué les services du Premier ministre.
De son côté, le président du Medef Patrick Martin a considéré jeudi que la prolongation des aides ciblées sur les carburants jusqu’au 31 décembre était « dans la limite des capacités budgétaires » du gouvernement, s’en prenant à ceux qui ont « dégradé les finances publiques » ces dernières années, et citant notamment « la suspension de la réforme des retraites qui pompe six milliards d’euros dans les caisses de l’Etat ».