« Engraisser ses réformes à l’herbe réduit le coût alimentaire de 70 % »
TNC le 07/04/2026 à 11:05
Pour tester l’engraissement à l’herbe, Antoine Buteau propose de tirer profit du printemps et son herbe de qualité. Bien conduite, la pratique permet d’avoir des performances comparables à celles obtenues au bâtiment, mais avec un coût alimentaire beaucoup moins important.
Les temps qui courent invitent à la sobriété… Alors pourquoi ne pas tenter l’engraissement à l’herbe ? C’est ce que propose Antoine Buteau, ingénieur fourrage pour Arvalis à l’occasion du podcast Herbe et Fourrage Centre-Val de Loire. « Si l’on souhaite se lancer, il faut être opportuniste », insiste l’ingénieur d’étude. « Ça n’est pas forcément possible tout le temps, mais ça peut-être intéressant avec un lot d’animaux ». D’autant qu’en cas de problème, il est toujours possible de regagner l’étable pour la finition.
Car le jeu en vaut la chandelle. « Sur l’engraissement de vaches de réforme, on diminue son coût alimentaire de 70 % par rapport à une ration à base de foin et de concentré ». Sans parler des économies sur la mécanisation ou encore la consommation de paille en litière. « Le plus difficile à chiffrer est peut-être la main-d’œuvre, car elle dépend des systèmes. Le gain sur ce point est peut-être discutable », concède-t-il.
Saisir les opportunités
Concrètement, des essais menés sur la ferme expérimentale des Bordes montrent qu’il est possible d’obtenir des performances comparables en pâture et à l’étable pour l’engraissement des vaches de réforme. « Sur trois ans d’essai, les performances étaient identiques au pâturage et en bâtiment, avec une ration foin accompagnée de 6 kg de concentré. On était sur des croissances autour de 1 000 g par jour, avec des durées d’engraissement et des poids de carcasse similaires ».
Mais il y a quelques points clés à respecter : « on est sur quelque chose de challengeant pour les éleveurs ».
La pratique demande d’être rigoureux sur la gestion du pâturage, mais également relativement souple. « En conditions de forte chaleur, peut-être qu’il serait nécessaire de les rentrer, et la portance des sols est très importante. En 2024, l’année était très pluvieuse, il a fallu abandonner l’engraissement au pâturage pour préserver les prairies ».
Lorsqu’on analyse les valeurs alimentaires des prairies, on peut facilement avoir des valeurs proches de celles d’un aliment du commerce, avec 0,85 UFV et plus de 15 % de MAT au printemps. « L’herbe n’a pas à rougir », insiste l’ingénieur fourrage. Mais sa valeur alimentaire diminue l’été, et elle s’avère un peu plus délicate à exploiter à l’automne. « Le tout est d’avoir des taux matière sèche suffisants ».
Le mieux, c’est de profiter de l’herbe de printemps.
« Le mieux, c’est d’engraisser au pâturage au printemps. C’est là qu’on a l’herbe la plus riche. On peut valoriser n’importe quel type de prairie, mais mieux vaut viser les parcelles les plus riches, soit des prairies multi-espèces, avec de la légumineuse pour aller chercher de la valeur azotée », poursuit Antoine Buteau. En été, lorsque la pousse diminue, le pâturage d’autres cultures est envisageable et demande peut-être davantage d’anticipation. Les éleveurs peuvent alors miser sur le sorgho, le teff grass ou encore la chicorée. À l’automne, selon la teneur en matière sèche du fourrage, une complémentation en foin pourra être nécessaire.
En termes de surface, pour Antoine Buteau, le pâturage ne demande pas beaucoup plus de surface que la fauche pour l’engraissement. « On compte entre 30 et 40 ares par vaches au printemps, et autour de 80 ares en été ».
La pratique convient mieux à l’engraissement des réformes que des jeunes bovins. « Elles ont une grosse capacité d’ingestion, et leurs besoins énergétiques ne sont pas si conséquents que ça. À l’inverse, les JB ont une capacité d’ingestion plus réduite et des besoins énergétiques importants ». Miser également sur des animaux en bonne santé, pas trop maigres au démarrage de l’engraissement. Veiller également à la qualité des aplombs
Pour optimiser l’engraissement, Antoine Buteau insiste sur l’intérêt du pâturage tournant dynamique. « C’est ce qui permet de valoriser le mieux l’herbe. La seule différence c’est qu’on essaie peut-être de faire sortir les animaux plutôt à 6 cm de hauteur d’herbe pour valoriser le maximum de valeur alimentaire ».