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Dossier : Transmission

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Transmettre et s'installer avec Eloi

Proposer à la reprise des fermes de bons « prix, taille, activités »


TNC le 21/10/2022 à 05:02

En 2019, Maxime Pawlak et François Moret cofondent Eloi, société spécialisée dans la transmission de fermes et l'installation d'agriculteurs. Quelles sont ces spécificités par rapport à ce que proposent les chambres d'agriculture, à travers le RDI notamment, ou d'autres acteurs comme Terre de liens ? Maxime Pawlak et Camille Fournier, coordinatrice référente, nous l'expliquent.

« Beaucoup d’agriculteurs ont du mal à transmettre leur ferme, et se retrouvent même parfois complètement bloqués : alors que 200 000 seront à céder dans les 10 ans, une sur deux n’a pas de successeur et part à l’agrandissement d’autres structures. Or, nombreux sont les porteurs de projets qui ne trouvent pas, non plus, d’exploitation pour s’installer, du moins adaptée à leurs attentes et besoins. D’où l’idée d’aider à la fois les cédants et les jeunes en faisant mieux correspondre les fermes à reprendre aux projets des futurs exploitants. » 

C’est de ce constat d’inadéquation entre l’offre et la demande, et de l’envie de réduire ce décalage qu’est né, il y a trois ans, Eloi (du nom du saint patron des agriculteurs). Comme nous le raconte Maxime Pawlak, l’un des deux cofondateurs, interviewé au Space 2022 où la société organisait plusieurs conférences/ateliers pour présenter ses actions en faveur de la transmission et de l’installation en agriculture. Avec le coût des reprises, l’accès au foncier et aux financements, etc., ce gap entre les objectifs des cédants et des repreneurs est l’un des principaux obstacles, d’autant qu’il semble se creuser. Une problématique sur laquelle travaillent différents acteurs sans vraiment aboutir à des solutions concrètes.

Trois modes de transmission possibles

Ceci pour « maximiser les chances de réussite », détaille Camille Fournier, coordinatrice référente chargée de la communication :

  • la création d’une grappe de fermes

De quoi s’agit-il ? « Plusieurs personnes s’installent sur un même site, en restant indépendantes mais avec la possibilité de développer des synergies », explique-t-elle : partage, totalement ou partiellement, du parcellaire, des hangars et stabulations, des équipements, « ce qui limite l’investissement de départ », entraide au quotidien ou pour certains travaux… L’intérêt : regrouper des ateliers complémentaires. La grappe est adaptée quand la taille du foncier et des bâtiments, et/ou le prix de la reprise, sont supérieurs à ce qui est souhaité. 

Développer les synergies et partager, en restant indépendant.

  • la diversification

« Un agriculteur en place accueille un porteur de projet sur une partie de ses terres et/ou bâtiments », qui sont disponibles, pour initier une cession partielle et/ou progressive.

Accueillir, sur une partie de sa ferme, un autre atelier.

  • la reprise à l’identique

Si la structure (dimension, bâti, productions, etc.) convient aux repreneurs potentiels et à leurs projets et ceux-ci, inversement, aux cédants. « Cette possibilité n’est pas du tout exclue, elle est même privilégiée, appuie Maxime. Nous en ouvrons simplement d’autres, si besoin, pour faciliter la transmission. Parfois même, les deux premières options débouchent sur une reprise en l’état. On ne tient pas à diversifier/mutualiser les fermes pour le plaisir de le faire. L’important est d’avoir une approche pragmatique. » « Un changement d’activité est cependant envisageable, par exemple pour les élevages bovins lait très difficiles à transmettre », indique Camille. 

Une possibilité non exclue et même privilégiée.

Avant de s’orienter vers l’un de ces trois leviers, Eloi étudie avec cédants et repreneurs d’un côté le type d’atelier à mettre en place et son dimensionnement, et de l’autre le périmètre et la valeur de la reprise.

Une action centrée sur la recherche de repreneurs

Là où les chambres d’agriculture interviennent bien en amont de la retraite, pour sensibiliser les exploitants à la réflexion et aux démarches à mener. Et les accompagnent ensuite techniquement, économiquement et humainement, jusqu’à la cession, voire au-delà. Idem pour les futurs installés.

On ne monte pas les dossiers, ni les business plans.

Les porteurs de projets s’inscrivent sur la plateforme internet Eloi « quand ils sont prêts à reprendre une ferme », insiste Maxime. « Il faut qu’ils soient passés au PAI (point accueil installation), aient fait leur 3P (plan de professionnalisation personnalisé, ce qui sous-entend qu’ils ont la capacité professionnelle, un diplôme agricole de niveau IV), indépendamment de la demande de DJA (dotation jeune agriculteur), mais également leur PE (plan d’entreprise). On n’est pas là pour monter les dossiers, établir les business plans et faire du conseil stratégique poussé pour leur projet. Notre métier, c’est de leur proposer des exploitations de « bonne taille, prix, activités » par rapport à ce qu’ils recherchent. » Un peu comme le RDI (répertoire départ installation), mais en se focalisant sur cet aspect. Et par rapport à Terre de liens, qui met aussi en place un accompagnement pour les futurs installés ? Il n’y a aucun achat de foncier via des investisseurs de la société civile, ni obligation de s’installer en bio. 

Des engagements environnementaux et sociétaux

Mais des engagements environnementaux et sociétaux, consignés dans une charte qu’il faut signer pour s’installer avec Eloi. « C’est dans nos statuts d’entreprise à mission, édictés par la loi Pacte, précise le chef d’entreprise. Nous le mettons en avant dans notre baseline : « Pour une transition agroécologique ». L’installation doit permettre d’améliorer les pratiques en lien avec le stockage du carbone, la biodiversité, la gestion de l’eau par exemple. » À savoir, sur le plan financier cette fois : un apport − 10 % du montant de la reprise − est nécessaire. 

L’objectif : 1 500 transmissions par an

Près de 50 transmissions sont en cours ou effectuées, la plupart en élevage et dans le Grand-Ouest, région où Eloi a commencé à officier avant d’étendre son périmètre dans le sud-ouest et autour de Lyon. Et concernant les repreneurs, la base de données compte environ 1 000 porteurs de projets inscrits. Sur le terrain, une équipe de coordinateurs met en relation cédants et porteurs de projet, et « est amenée à s’agrandir car de plus en plus sollicités, en particulier dans les nouveaux territoires couverts », complète la coordinatrice référente. « L’objectif à terme, ambitieux : assurer la cession de 1 500 exploitations par an car nous pensons que nous avons un rôle à jouer pour favoriser le renouvellement des générations en agriculture. »

Zoom sur les porteurs de projet :

  • Sexe : 2/3 d’hommes, 1/3 de femmes
  • Âge moyen : 40 ans
  • Origine : 2/3 de Nima
  • Temps de recherche d’exploitation : 60 % < 1 an
  • Lieu de recherche : 45 % Pays de la Loire, 30 % Bretagne, 15 % Normandie, 10 % reste de la France (2/3 cherchent dans plus d’un département, 1/3 ailleurs que dans leur région où ils habitent)
  • Système : 80 % en bio
  • Productions : 30 % élevage, 10 % grandes cultures, 50 % maraîchage, 10 % autres (3/4 avec transformation et/ou vente en circuits courts)
  • SAU : 
    Bovins lait : 50-100 ha (30-50 ha si transformation)
    Bovins allaitants : 50-240 ha
    Grandes cultures : 50-150 ha (25-50 ha si transformation)
  • Mode de reprise : 100 % veulent être propriétaires des bâtiments, 20 % du foncier et 70 % souhaitent une maison d’habitation sur le site

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