Vin argentin

Ventes en hausse mais comptabilité dans le rouge


AFP le 30/03/2021 à 09:50
(©Getty Images)

(©Getty Images)

C'est le temps des vendanges en Argentine. Malgré une hausse des ventes durant la pandémie, la filière viticole grimace avec la baisse des revenus liés à l'œnotourisme et des comptabilités dans le rouge en raison de la dépréciation du peso.

Dans la province de Mendoza (centre-ouest) où est cultivé 70 % du vin argentin avec la majestueuse Cordillère des Andes en toile de fond, Eduardo Pulenta, propriétaire des 135 hectares de la bodega Pulenta Estate, préfère voir le verre à moitié plein. « Nous sommes contents car la pandémie a augmenté la consommation et le tourisme local. L’effet se ressent même à l’international, on le voit dans nos exportations » dit-il, alors que les vendangeurs s’affairent dans l’automne austral à récolter les grappes charnues issues de ce sol aride.

Pourtant, l’horizon est sombre pour le secteur viticole argentin. Si la consommation a effectivement augmenté à l’échelle planétaire et que le vin argentin a profité de son prix compétitif pour gagner des parts de marché, la crise économique prolongée dans le pays, l’inflation élevée et les dévaluations successives du peso (38 % en 2019, 28 % en 2020) menacent la rentabilité du secteur qui vient d’essuyer six années consécutives de baisse de son chiffre d’affaires. Et de nombreux établissements vinicoles craignent ne pas pouvoir tenir plus longtemps.

« Problèmes de trésorerie »

« Nous vivons avec une monnaie, le peso, qui se dévalue. Si cela a redonné une grande compétitivité au vin en vrac, les matières sèches importées dont nous avons besoin (bouchons, bouteilles) à l’inverse nous coûtent beaucoup de pesos. Les marges ont tendance à se réduire », explique Hervé Birnie-Scott, directeur des caves et vignobles de Chandon Argentine. « C’est pourquoi presque tous les établissements vinicoles argentins ont des problèmes de trésorerie », ajoute-t-il.

Selon un rapport de l’Institut national de la viticulture, l’année 2020 s’est clôturée avec « un rebond de la consommation de vin sur le marché intérieur de +6,5 % par rapport à 2019 ». À l’export, le vin en vrac a profité de la dévaluation du peso pour augmenter les ventes en volume, notamment vers l’immense marché chinois, indique une étude du Centre d’études économiques des caves d’Argentine. Cependant, « il n’en a pas été de même pour le chiffre d’affaires en dollars qui a diminué surtout pour les vins en bouteille, un plus bas depuis 2013 », indique-t-on de même source. Avec une inflation qui atteindra 36 % en 2020, la plus élevée d’Amérique latine après le Venezuela, « nous devons jongler pour faire comprendre » aux négociants en vins « que nous ne pouvons pas maintenir le même prix chaque année », explique M. Pulenta.

« Identité propre »

Pour tirer leur épingle du jeu, de nombreuses bodegas font le pari de tendre vers plus de qualité, au-delà du réputé Malbec (rouge). Les vignerons s’accordent sur le succès des dernières récoltes. Avec un printemps et un été extrêmement secs, « 2020 a été plus chaud, ce qui nous a permis d’avoir plus de concentration, plus de couleur, plus de polyphénols, plus de tanins », décrit Javier Lo Forte, œnologue de Pulenta Estate. Les espoirs sont également soutenus par le maintien de la tendance à la hausse de la consommation : « ça continue d’augmenter en ces premiers mois de 2021 », se félicite Mariano Di Paola, directeur de la vinification de Rutini Wines, un domaine de 400 hectares situé entre 1 050 et 1 200 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Hervé Birnie-Scott, un Français qui vit en Argentine depuis 30 ans, estime que la qualité des vins du « Nouveau Monde » est désormais reconnue, mais que les exploitations viticoles doivent encore relever le défi de trouver leur « identité propre » en tirant parti de la diversité des sols. « Il faut tendre vers encore plus de qualité, vers des vins qui reflètent la particularité des cépages et du sol où il a été cultivé. Et, petit à petit, le consommateur va rechercher cette typicité, la singularité de la variété cultivée dans un terroir particulier ».