Quelle est la date butoir pour semer du colza ?
TNC le 20/08/2026 à 09:30
Le contexte actuel de sécheresse complique les prises de décision concernant le déclenchement des semis de colza, d’autant que les prévisions météo évoluent régulièrement… Plusieurs agriculteurs partagent leurs stratégies.
« Quelle est la date butoir pour lancer les semis de colza chez vous, dans le contexte actuel de sécheresse ? » Nous avons posé la question aux lecteurs de Terre-net en fin de semaine dernière. Pas de réponse toute faite évidemment, tout dépend du contexte pédo-climatique de chaque parcelle.
« Dès qu’il aura plu 30 mm minimum, à partir du 10 août et jusqu’au 20 septembre, estime, par exemple, Cédric Gillet, agriculteur dans la Sarthe. Après, il faudra penser à une autre culture. On a toujours eu du colza à battre dans le secteur, ça serait une première si on n’en faisait pas et une perte de revenus car c’est la culture la plus rentable de l’exploitation. »
« Semer chez moi aujourd’hui serait inutile, souligne Stéphane Nottelet, agriculteur dans l’Aisne. On a zéro humidité. Si quelques mm tombent derrière, ce ne sera pas assez pour avoir une levée homogène. Dans mes terres blanches, c’est un truc à inviter les altises. »
« On n’a plus vraiment de repère à vrai dire, note Julien Baduraux, de Meurthe-et-Moselle. L’année dernière je sème au 12 août, ils lèvent au 5 septembre : 30 q/ha. Y’a 2 ans, j’ai tout resemé au 5 septembre, à cause d’une bêtise, ils ont fait 35 q/ha. Quand ça veut, ça veut, et le jour où ça ne veut pas, ça ne veut pas. »
Installé dans la Marne, du côté de Vertus/Fère-Champenoise, Thierry Mailliard témoigne « n’avoir encore rien fait vu la sécheresse, les parcelles sont restées intactes depuis la moisson ». « Rien de prévu » non plus chez François Brauer, en Moselle : « 80 % de la surface est prête. Pour le reste, le travail est impossible ».
« Personne n’est devin »
Dans l’Oise, « j’ai semé au 18 août l’an dernier, et on a obtenu 49 q/ha. Plus c’est semé tôt, et plus on a de chance de faire une belle sortie d’hiver, je n’ai jamais fait de régulateur, indique Céline Delannoy. La problématique en septembre, ce sont les grosses altises, mais s’il ne pleut pas, il n’y a pas le choix que de retarder. Personne n’est devin, il va falloir agir dès que possible ».
« Tant que le temps ne change pas, ça restera dans le sac », lance Sébastien Berly, également agriculteur dans l’Oise.
En Haute-Saône, Florent Thiébaud se fixe la date butoir du 5 septembre. Même objectif dans la Marne : « si on sème plus tard, on peut avoir des soucis avec les altises. Il faut avoir atteint le stade 4 feuilles au 15 septembre », estime Xavier Pigeon. Julien Renolleau, Alexandre Gleizes et Francis Adam, respectivement installés en Vendée, dans le Tarn et en Haute-Garonne, visent également le 15-20 septembre, tout comme l’entreprise agricole Roan, qui rayonne sur les secteurs de l’Oise et de la Somme : « après, on se penchera sur une autre culture. À voir aussi selon le prix de marché ? S’il y a peu de surfaces, le prix pourrait grimper ».
Du côté de la Mayenne, Alexandre Jarry pense semer au maximum d’ici le 10-15 septembre. En Bourgogne-Franche-Comté, Pierre-Alain Denoyer a semé en 2 fois l’an dernier, « les parcelles ont ensuite été récoltées à 3 jours d’intervalle : 33 q/ha pour les semis du 20 août, et 46 q/ha pour ceux du 10 septembre, avec le même itinéraire technique et des sols similaires ».
J’ai voulu répondre a cette question : En faisant abstraction des insectes, jusqu’a quelle date puis je semé mon colza afin qu’il arrive au stade 8 feuilles avant le stade « zéro croissance » : A Digny (28250) 10-12 septembre . pic.twitter.com/c8BpEjPbGQ
J'ai voulu répondre a cette question : En faisant abstraction des insectes, jusqu'a quelle date puis je semé mon colza afin qu'il arrive au stade 8 feuilles avant le stade "zéro croissance" : A Digny (28250) 10-12 septembre . pic.twitter.com/c8BpEjPbGQ
— Visio-Crop (@VisioCrop) August 18, 2026— Visio-Crop (@VisioCrop) August 18, 2026
« Pour ma part en variétés lignées, semences fermières, je me dis que ça se tente jusqu’au 25 septembre, confie Geoffrey Levesque, producteur en Seine-Maritime. Au pire, ça n’aura pas coûté grand-chose ! »
« Dans le nord de la Charente-Maritime, j’ai semé le 4 octobre, il y a une bonne dizaine d’années, dans une parcelle de bonnes groies, on avait obtenu 35 q/ha », se souvient Christian Bonnet.
Mehdi Chesneau se fixe également le 5 octobre maximum, avec des effluents d’élevage, du côté du Maine-et-Loire. « L’an passé, j’ai ressemé une parcelle entière de colza le 5 octobre, et en 2017, j’ai même vu des parcelles semées mi-octobre, témoigne Alexis Clugnet, agriculteur dans le Rhône. En 2018, pour ma 1ère année d’installation, j’ai semé fin août et ils ont levé mi-octobre. On a obtenu plus de 45 q/ha. »
« Surtout la date de levée qui est importante »
« Dans le centre de la Haute-Marne, on a attaqué les semis, en croyant aux éventuelles pluies du week-end dernier, note Paul-Henri Lahaye. Avec des semis plus tardifs, après le 25 août, on a peur d’avoir des colzas trop faibles pendant les vols de grosses altises. »
Quentin Cheval a également lancé les hostilités dans la Drôme : « j’ai toujours semé autour du 15 août, même dans le sec et j’ai toujours eu de jolis colzas, la graine attend la pluie », confie l’agriculteur. C’est parti aussi pour Gautier Laurent en Meurthe-et-Moselle ou Anaïs Romualdo en Côte-d’Or, on attend la pluie maintenant.
#CeuxQuiSèment : sec et chaud 🥵 @OlivierCOSTE2.
Maintenant la graine attendra la vraie pluie 🌧️ qui reviendra bien un jour @meteo_89.@terresinovia@Saipol_officiel@FopProducteurs@BMitard@OM_TInoviapic.twitter.com/vTZWAp8r3P#CeuxQuiSèment : sec et chaud 🥵 @OlivierCOSTE2.
— Emmanuel BONNIN (@BONNIN1402) August 18, 2026
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Dans l’est de la Moselle, Sébastien Muller a démarré le 11 août dernier, avec 12 ha, le tout avec des plantes compagnes. « J’ai de la chance d’avoir du frais pas si loin et ils annonçaient de l’eau le week-end passé. Pour les 30 ha restants, j’aviserai selon la météo. Si septembre reste chaud mais arrosé, les colzas pourraient se développer convenablement encore. »
« La date de semis est importante mais c’est surtout la date de levée qui est importante. Donc un semis du 10 septembre à 2/3 cm dans un sol chaud et de la pluie, la levée se fera en 4 jours. Comparé à un semis du 15 août dans le sec, il n’y a pas photo. La meilleure date sera celle où la pluie assurera une belle levée. »
« Bien malin celui qui sait s’il faut semer ou non, le temps est tellement incertain, lance Adeline Quirot. L’agriculture sera encore et toujours tributaire de la météo, et comme toujours on fera des choix, ça paiera ou pas, malheureusement c’est toujours comme ça, courage à tout le monde et pourvu que la pluie tombe ! »
« Chacun fait comme il veut et gère son travail », conclut Frédéric Durand.
« Attendre la levée pour engager des frais »
« Un minimum de 15 mm est nécessaire pour faire lever le colza dans un sol préparé, rappellent les équipes de Terres Inovia. Dans les autres situations, la quantité requise peut être plus importante : 30 voire 40 mm. »
Dans le contexte de l’année, l’institut technique recommande de « ne pas mettre d’engrais au semis, afin d’attendre la levée pour engager des frais. Reporter aussi les applications d’herbicides en post-levée (type métazachlore seul ou associé). Pour les applications de napropamide, son incorporation est encore possible en prévision de la pluie (à réserver dans les situations de forte pression graminées). L’ajout de plantes compagnes reste possible à cette période, notamment pour améliorer la gestion des insectes d’automne (effet nutrition et perturbation du comportement des insectes). »
Dans les situations de sol prêts à semer :
Vous décidez de ne pas semer dans les prochains jours car la probabilité de pluie est faible :
– « Si finalement les pluviométries réelles sont supérieures à 15 mm, rien ne vous empêche de semer au semoir monograine ou au semoir à disque après le passage pluvieux. Les semis au combiné avec herse rotative sont déconseillés car ils assècheraient le sol » ;
– « Si les pluviométries sont restées faibles : attendre le prochain épisode de pluie pour déclencher le semis ».
Vous décidez de semer avant la pluie :
– « Si finalement les pluviométries sont supérieures à 15 mm : vous maximisez vos chances d’avoir une levée précoce et homogène et un colza robuste » ;
– « Si les pluviométries sont restées faibles : la levée ne sera pas déclenchée ou partiellement. La germination/levée nécessitera un retour des pluies (assez probable à date d’ici la fin du mois). Pour limiter le risque de germination partielle puis dépérissement en l’absence de relai de pluie, vous pouvez semer à 4-5 cm ».
« Il ne faut pas mettre tous vos œufs dans le même panier », insiste Terres Inovia. « Il est possible d’engager le semis sur une partie de votre sole de colza en ce moment et de poursuivre en fonction des conditions climatiques. Le semis dans les sols légers qui nécessitent moins d’eau pour faire lever les colzas est une option. »