Pois chiches et lentilles en quête d’une place au soleil en Alsace


AFP le 05/08/2026 à 10:12
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Graines d'Alsace regroupe aujourd'hui 14 agriculteurs, ils cultivent environ 100 ha de légumineuses. (© BourGermain/Banque d'images FranceAgriTwittos)

Lentilles, pois chiches ou quinoa : face aux canicules et sécheresses à répétition, un petit groupe d'agriculteurs alsaciens parie sur les légumineuses, moins gourmandes en eau et en produits phytosanitaires, une initiative qui fait doucement des émules.

Dans un champ d’Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg, par plus de 38 C°, Cédric Steinlé secoue quelques plants jaunis et secs contenant des graines de pois chiches encore prises dans leur cosse.

Un son de grelot se fait entendre, signe infaillible qu’ils sont bien mûrs. « C’est comme des maracas », sourit le trentenaire.

Il y a six ans, l’agriculteur, qui cultivait surtout du maïs, s’est lancé dans les légumineuses, afin de diversifier sa production après une mauvaise récolte.

Fruit du hasard, dit-il, mais le moment était bien choisi : « On a vu un vrai engouement de la chambre d’agriculture et de l’Ifla, l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, qui cherchait justement des producteurs » de protéines végétales, en manque chronique dans le Grand Est.

Conscient du retard au niveau national, le gouvernement a lancé, fin 2020, un « Plan protéines végétales » visant à réduire la dépendance de la France aux importations de matières riches en protéines et à développer la production locale de légumes secs.

Graines de chia

Trois producteurs des environs le rejoignent et ensemble, après un investissement de quelque 400 000 euros, ils créent leur marque, « Graines d’Alsace ».

Aujourd’hui, constitués « en petite coopérative », ils produisent plus de 100 tonnes de légumineuses par an, soit le double d’il y a trois ans. D’autres cultures se sont ajoutées, comme les graines de chia ou les haricots rouges.*

Le concept a séduit 14 agriculteurs situé au nord, à l’est et à l’ouest de Strasbourg, qui travaillent désormais avec la coopérative. Au total, ils cultivent environ 100 hectares.

Les légumineuses possèdent de nombreux atouts nutritionnels : elles sont riches en protéines, en fibres et contiennent peu de matières grasses.

Côté environnement, elles fixent l’azote atmosphérique dans le sol, ce qui leur vaut d’être qualifiées d’engrais vert, et ont besoin de peu d’eau. 

La sécheresse exceptionnelle cette année a toutefois nécessité des adaptations. « Depuis six ou sept ans qu’on fait de la légumineuse, c’est la première fois que j’ai irrigué mon pois chiche », après que les plants se sont retrouvés menacés en juin, pendant leur floraison, par la première canicule, dit-il.

La récolte des graines a eu lieu fin juillet, avec environ deux semaines d’avance. Les lentilles ont aussi été moissonnées plus tôt. Mais sans impact notable sur les volumes. « Cette année, comme l’année dernière, on dépassera les 100 tonnes ».

« Inonder le marché alsacien »

La coopérative s’occupe de tout : des semences en passant par la production, le triage, le nettoyage, l’emballage et la commercialisation.

« Le projet est rentable », car « on met la production en corrélation avec la demande », assure l’agriculteur, qui vend aux restaurants d’entreprise, hôpitaux, en magasins producteurs et à certains supermarchés.

Il serait bon que la consommation de légumineuses se développe davantage, espère-t-il. De ce côté, il reste des progrès à faire, comme le révélait fin mai une étude Numétrie portant sur 2024.

Avec une moyenne de 1,6 kg par an et par personne -soit une fois toutes les deux semaines- « la consommation de légumineuses des Français est encore trop modeste pour atteindre les recommandations de santé » (deux fois par semaine), pointe l’étude.

Dans le Grand Est, l’appétit des consommateurs pour ces légumineuses est même inférieur (800 g). Mais Cédric Steinlé reste confiant et continue de viser une production à 500 tonnes dans les prochaines années.

Pour nous « l’objectif, c’est d’inonder le marché alsacien », dit-il, « et peut-être même la région limitrophe ».