Les NGT, un outil de plus face aux canicules et aux sécheresses ?


TNC le 13/10/2026 à 17:32
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(© © TNC)

Avec 53 jours de canicule en 2026, les plantes cultivées ont atteint leurs limites physiologiques et les rendements agricoles ont chuté à des rendements historiquement bas. Si le vote de la nouvelle réglementation européenne sur les NGT va permettre de développer les variétés éditées, les conditions sont-elles réunies pour faire des plantes NGT européennes un levier d’action supplémentaire face au changement climatique ?

Canicules à répétition, déficit hydrique, et contexte géopolitique qui fait grimper le coût des intrants auront marqué l’année 2026, tout en donnant un avant-goût du climat dans un futur plus proche qu’on ne le croit. « Dans ces conditions-là, la plupart des plantes que l’on cultive sont à la limite de leur processus physiologique », explique Thierry Langin, président de l’Association française des biotechnologies végétales (AFBV), le 13 octobre.

Dans cette situation, les NGT ne constituent « pas une baguette magique, mais un outil précieux qu’il faut mobiliser au plus vite », ajoute-t-il. « Beaucoup de nos plantes cultivées n’ont jamais été confrontées à ces conditions dans leur histoire. On peut avoir besoin d’utiliser l’information génétique de plantes qui ne sont pas forcément celles qu’on consomme mais qui se débrouillent un peu mieux dans ces conditions-là », détaille-t-il. Un processus qui peut être accéléré avec les NGT.

Accélérer les essais aux champs

Mais pour développer des plantes NGT plus résistantes au changement climatique, il faut pouvoir les tester en conditions réelles. La nouvelle réglementation européenne, adoptée en juin, devrait faciliter la tâche pour les pays de l’UE d’ici juillet 2028. En attendant, les essais aux champs sont considérés comme OGM, même pour les plantes NTG-1 (qui ne seront plus soumises aux mêmes obligations dans deux ans).

Des essais sont cependant en cours sur le sol européen, explique Philippe Dumont, vice-président de l’AFBV : tolérance à la chaleur et à la sécheresse pour le maïs en Belgique (VIB/UGent), floraison précoce de la caméline en France (Inrae), résistance au mildiou et aux ravageurs pour la pomme de terre en Suisse, par exemple.

Néanmoins, la cible chaleur, eau, azote reste rare dans les essais actuels, car il s’agit de traits polygéniques qui nécessitent beaucoup plus de cycles de validation avant le passage au champ, explique l’AFBV. S’il n’y a pas encore d’essais, les sélectionneurs y travaillent, puisque la cible commerciale reste très importante. « S’ils ne trouvent pas ces caractères, ce sera catastrophique pour leurs business futur », ajoute Philippe Dumont, mais l’horizon pour l’obtention des résultats se situe plutôt à cinq ou dix ans.

Le reste du monde avance

En attendant, le reste du monde avance vite. La Chine reste le leader mondial sur la recherche et le dépôt de brevets NTG, avec 65 % des brevets d’éditions génomiques déposés au monde, indique Alain Bonjean, administrateur de l’AFBV. Une dizaine de variétés en blé, soja, riz, colza, ont obtenu leur certification biosécurité, et la commercialisation débute dans plusieurs provinces.

Du côté des Etats-Unis, l’avance est commerciale. L’objectif est d’alléger le cadre juridique, « les grands semenciers sont prêts », prévient Alain Bonjean. D’autres zones du monde sont également bien positionnées sur le développement des NGT : Argentine, Inde, mais également le Brésil ou l’Afrique subsaharienne.

En Europe, on observe « une vraie activité de start-ups, d’entrepreneurs, qui ont convaincu des investisseurs », souligne Pascual Perez. Avec une réglementation moins stricte, le Royaume-Uni est en avance et compte le plus d’essais aux champs. Quatre start-ups sont positionnées sur la résistance à la chaleur, le besoin en eau ou l’azote, dont une en France (Plantik Biosciences).

Si 2025-2026 a marqué un tournant porté par la création de nouveaux outils et par les évolutions réglementaires, notamment dans l’Union européenne, « le monde ne nous a pas attendus », rappelle Thierry Langin. À partir de juillet 2028, les NTG1 auront accès au marché européen, or « une étude allemande récente montre que 94 % des applications NGT en développement dans le monde actuellement relèveraient de la catégorie NGT1. On va avoir une concurrence assez sévère », constate Alain Bonjean.

L’AFBV a de son côté répondu à la consultation de la Commission européenne et proposé cinq points clés pour une vérification simple des NGT1. L’association défend une mise en œuvre « proportionnelle et scientifique, condition pour que la recherche publique et privée et les start-ups européennes puissent transformer les innovations en solutions pour les agriculteurs et la société ».