Les Chambres d’agriculture veulent « produire, protéger et s’adapter au changement climatique »


TNC le 09/09/2026 à 17:36
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Sébastien Windsor, président de Chambres d'agriculture France, et Guillaume Lefort, vice-président, ont tenu le 9 septembre une conférence de presse de rentrée. (© TNC)

Après un été marqué par la sécheresse et la canicule, les Chambres d’agriculture ne se contentent pas des mesures d’urgence annoncées la semaine passée. Si elles souhaitent davantage de moyens pour « éviter le suraccident » et relancer la production, il s’agit également d’accompagner les agriculteurs dans l’adaptation au changement climatique, a expliqué leur président, Sébastien Windsor.

Si l’on a pu comparer la sécheresse de l’été à celle, historique, de 1976, la crise actuelle est « sans précédent par rapport à tout ce qu’on a vécu », prévient Sébastien Windsor. Pour le président des Chambres d’agriculture, qui tenait le 9 septembre une conférence de presse de rentrée, « on risque de s’enfoncer encore plus dans une perte de souveraineté alimentaire et dans une dépendance de plus en plus forte à l’importation », alerte-t-il.

Les premiers bilans des pertes liées à la sécheresse et aux canicules peuvent en témoigner, avec des décrochages en blé dur et en orge, ainsi qu’une récolte de maïs parmi les plus basses depuis les années 1980, et des déficits sur les productions animales.

En parallèle, le risque inflationniste est de retour, ajoute Thierry Pouch, chef du service Etudes et prospective de Chambres d’agriculture France. Avec une progression de + 5,8 % du prix de l’alimentaire frais sur un an en juillet dernier, la situation « préfigure pour le reste de l’année une augmentation des prix qui risque de peser sur le comportement du consommateur ». D’autant plus que les dépenses alimentaires des ménages n’ont toujours pas retrouvé le niveau d’avant la période Covid. On pourrait donc à nouveau assister à un effet de déconsommation et de descente en gamme.

Un plan d’urgence à préciser et affiner

Dans ce contexte, le plan d’urgence « CASI » annoncé le 4 septembre reste « en décalage avec l’ampleur des pertes », explique Guillaume Lefort, vice-président de Chambres d’agriculture France. S’il « va dans le bon sens », beaucoup de mesures doivent être précisées voire développées, estime-t-il. Il faudrait notamment « un étalement sur plusieurs années de notre capacité à amortir cette perte », ajoute l’élu, afin de relancer correctement la production.

De même, le fonds de réarmement de 235 M€ reste flou. « Nous n’avons pas de déclinaison précise dans les régions ni de clé de répartition », indique Guillaume Lefort, qui espère également que les dispositifs seront simples et faciles d’accès.

Il faudra désormais « œuvrer pour la mise en place rapide de ces mesures », précise Sébastien Windsor, qui demande également des aides à la trésorerie, sans obligation de les rembourser dans l’année qui suit.

Des bilans fourragers gratuits

Face au déficit fourrager, les agriculteurs ont parfois du mal à bien estimer ce qui leur reste, et l’étendue de leurs besoins, constatent par ailleurs les chambres d’agriculture qui proposent en ce sens des bilans fourragers gratuits, ou à coût extrêmement faible, explique Sébastien Windsor. Le réseau a, en parallèle, mené une enquête pour évaluer le niveau de pertes de fourrage et les difficultés rencontrées sur le territoire. 32 départements connaissent ainsi des situations critiques, dont quatre connaissent un déficit fourrager de très grande ampleur, avec une impossibilité d’approvisionnement pour des raisons logistiques (le Cantal, le Puy-de-Dôme, les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques). Dans les 28 autres, les stocks hivernaux sont déjà entamés, la décapitalisation est évoquée et des achats massifs sont nécessaires.

Pour autant, les chambres d’agriculture ne défendent pas l’idée d’un blocage des prix. Étant donnée l’étendue de la sécheresse, le manque de fourrage n’est pas propre à la France et si les prix sont bloqués, les fourrages (importés de pays au nord de l’Europe) seront vendus à d’autres pays, explique Sébastien Windsor.

Éviter « le suraccident »

Au-delà du plan d’urgence, les chambres veulent accentuer les moyens dédiés pour « passer le cap », à travers « des aides à l’investissement qui permettraient aux agriculteurs de s’adapter, de modifier assez significativement leur exploitation », mais également une prise en charge des intérêts des prêts et dans certains cas, la prise en charge des garanties par l’État. Le projet de loi de finances pour 2027 pourrait ainsi contenir des mesures en ce sens.

Sébastien Windsor ne prône pas, en revanche, un « impôt sécheresse ». « Notre position est plutôt d’aller chercher des économies sur d’autres sujets car on a besoin de l’accord du consommateur pour soutenir notre agriculture », via les augmentations de prix, ou les achats de produits français » notamment.

Il s’agit aujourd’hui « de gérer la crise et d’éviter le suraccident », estime-t-il. C’est-à-dire, concrètement, éviter que les agriculteurs renoncent à acheter de l’engrais, voire n’emblavent pas certaines parcelles, ou que des éleveurs réduisent la taille de leurs cheptels, entrant ainsi dans « une spirale de décroissance de production », développe le président des Chambres d’agriculture.

« Les agriculteurs vont devoir être accompagnés pour rendre leur ferme plus résiliente, retravailler les assolements, adopter une approche plus anticipée et plus large. On veut préparer les agriculteurs à l’avenir : produire, protéger et s’adapter au changement climatique », explique Guillaume Lefort.

« On veut à la fois les éléments à court terme qui permettent de passer la crise, mais aussi déployer les investissements nécessaires dans les exploitations, développer de nouvelles sources de revenus » afin de ne pas revivre la même situation dans trois ans, conclut Sébastien Windsor.