Après Langouët

Les arrêtés anti-phytos se multiplient en France


AFP le 30/08/2019 à 09:35

Audincourt, Revest-des-Brousses, Val-de-Reuil... Soucieux de « protéger » leurs administrés, des maires de tous bords politiques multiplient les arrêtés anti-phytos un peu partout dans l'Hexagone, après la suspension très médiatisée de celui du maire de Langouët, en Bretagne.

« Chaque jour, un maire prend un nouvel arrêté. D’après ce que je sais, on a dépassé la trentaine en France », explique Daniel Cueff, maire de Langouët (Ille-et-Vilaine). « Certains m’appellent même pour me demander si mon arrêté est libre de droits. » Daniel Cueff a pris le 18 mai un arrêté interdisant l’utilisation de produits phytopharmaceutiques « à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel ». Ce texte a été suspendu mardi par le tribunal administratif de Rennes, saisi par la préfète d’Ille-et-Vilaine, au motif qu’un maire n’est pas compétent pour prendre des décisions sur l’utilisation des produits phytosanitaires. « Ce qui exaspère les maires, c’est que le gouvernement ne fait rien et qu’il empêche en plus les maires d’agir pour protéger les habitants », a affirmé Daniel Cueff, qui dit avoir reçu 47 000 messages de soutien et un appel de Nicolas Hulot.

« On soutient le maire de Langouët. Il faut se tenir les coudes », a expliqué à l’AFP Brigitte Moya, maire d’Aubenas-les-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), qui a pris un arrêté en août. Dans le même département, Brigitte Reynaud, maire de Revest-des-Brousses, a agi à l’identique. « C’est à nous de pousser pour que les pratiques agricoles changent», juge-t-elle. Marc-Antoine Jamet, maire PS du Val-de-Reuil, commune de 16 000 habitants dans l’Eure, a lui pris un arrêté pour interdire les produits phytosanitaires à moins de 150 mètres de la voie publique, le jour même où celui de Langouët était suspendu. « Je cherche un électrochoc, un effet d’entraînement, un effet de masse » face « au problème que représente les produits phytosanitaires » et face « à l’urgence et l’importance des dangers qui menacent la planète », a-t-il expliqué. « Faut pas faire semblant, il y a un empoisonnement des terres, de l’eau et de l’air et c’est ça qui explique la disparition des insectes des oiseaux », a ajouté le maire. « À aucun moment ce n’est un geste hostile à l’égard des agriculteurs pour qui j’ai de l’admiration. C’est peut-être un moyen de les aider. »

« Cri d’alerte »

Le maire UDI de Sceaux (Hauts-de-Seine), Philippe Laurent, secrétaire général de l’Association des maires de France, qui a aussi signé un arrêté, défend « une façon de mettre le débat sur la place publique » alors que la population est « à 90 % en faveur de l’interdiction, même plus. » « Ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau, il ne faut pas que ce soit un truc ponctuel. C’est pour cela d’ailleurs qu’autant de maires ont pris ce type d’arrêtés », dit-il.

Dans la Somme, le maire (divers droite) de Saint-Maulvis, Jean-Philippe Bauden a fait de même « pour faire réagir » les agriculteurs. « On sait que c’est très dangereux leurs produits », justifie l’édile de cette commune de 287 habitants.

Dans le Doubs, à Boussières, le maire sans étiquette Bertrand Astric a lui carrément interdit le glyphosate sur tout le territoire de la commune. « Les maires prennent les choses en main puisque l’État ne le fait pas », affirme-t-il. « C’est un cri d’alerte. Je suis apiculteur amateur, je vois les colonies d’abeilles s’effondrer, la biodiversité s’effondrer ».

Contestés par les préfectures, tous ces arrêtés devraient donner lieu à des recours en justice.

Interpellé, le ministère de l’agriculture a indiqué qu’une consultation publique allait être lancée « début octobre pendant six semaines dans les préfectures », réunissant tous les acteurs (préfet, agriculteurs, associations, etc..). Des « règles » d’épandage et de pulvérisation au plan national, devraient en sortir, dans le but de parvenir à un arrêté début 2020.

Jeudi, le ministre de l’agriculture Didier Guillaume a annoncé que l’État imposerait des « zones de non traitement », si riverains, élus et agriculteurs n’arrivaient pas à se mettre d’accord pour établir ensemble des « chartes » territoriales d’épandage. Il a évoqué une zone de « deux » à « cinq » mètres autour des habitations. En juin, le Conseil d’État avait en partie annulé un arrêté interministériel réglementant l’utilisation des produits phytosanitaires en estimant qu’il ne protégeait pas suffisamment la santé des riverains ni l’environnement.