Le vin désalcoolisé, marché en pleine expansion, mis en avant au salon Wine Paris


AFP le 11/02/2026 à 07:15

Dans les allées de Wine Paris 2026, salon international dédié au vin, un détail attire l'oeil des visiteurs curieux : la mention « 0% » ou « sans alcool » sur les étiquettes de certaines bouteilles, une tendance en pleine expansion.

Pour la première fois, un pavillon de ce rassemblement qui se tient jusqu’à mercredi dans le sud de Paris, est entièrement dédié aux marques qui proposent des vins et spiritueux désalcoolisés ou à faible teneur en alcool, reflet d’une nouvelle tendance de consommation.

Baptisé « Be No », il réunit 65 exposants de douze pays, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni, deux des plus gros marchés de ce secteur qui devrait croître de 10 % par an d’ici 2028, selon le cabinet International Wine and Spirit Research (IWSR).

Du vin rouge aux vins effervescents, en passant par le rosé et le blanc, les visiteurs peuvent déguster ces boissons au goût à la fois proche et différent des vins classiques.

C’est « une expérience gustative, on a tous les côtés positifs du vin mais sans le côté négatif : l’éthanol », a indiqué Mathilde Boulachin, fondatrice de la maison Chavin, producteur français de vins désalcoolisés depuis une quinzaine d’années.

Après la fermentation, ces vins sont soumis à une distillation sous vide à basse température, autour de 30-35°C, pour permettre l’évaporation de l’alcool tout en préservant le liquide et les arômes. Une fois l’alcool évaporé, il faut retravailler le vin pour compenser cette perte et assurer la qualité du produit.

« Le vin doit être équilibré à la base. S’il est trop acide par exemple, ce paramètre va exploser à la désalcoolisation », a expliqué Anne Stassen, responsable de Neobulles, marque belge spécialisée dans les vins désalcoolisés depuis 30 ans. Un vin désalcoolisé doit avoir un titre alcoométrique en dessous de 0,5 %.

Au-dessus de ce seuil, et jusqu’à 10,5 %, on parle de vin peu alcoolisé ou à faible teneur en alcool. Pour les autres boissons sans alcool à base de raisin mais sans fermentation, on ne peut pas parler de « vin ».

Ces options cherchent leur place dans un contexte compliqué pour la filière viticole, entre baisse des exportations, conséquences du dérèglement climatique et chute de la consommation.

En trente ans, la part des adultes déclarant boire de l’alcool quotidiennement a été divisée par trois et la proportion de consommateurs hebdomadaires a diminuée d’environ un tiers, d’après les chiffres de Santé Publique France en 2024.

« Accompagner la modération »

Les vins sans alcool ne sont pas pour autant « l’Eldorado » pour sortir de la crise, selon Mathilde Boulachin.

« On n’est pas là pour remplacer le vin, mais pour accompagner la modération », précise celle qui voit les vins désalcoolisés comme une « extension naturelle » au vin classique.

Un avis partagé par Guillaume Joncheray, expert produit pour Les Grands Chais de France qui produit du vin sans alcool depuis les années 2000 : « C’est un produit qui va soutenir la filière » en diversifiant l’offre et en satisfaisant une partie des consommateurs.

D’après une enquête de Degré Zéro, salon spécialisé organisé dimanche en marge de Wine Paris, sur 2 300 Français de 18 à 70 ans, 49 % consomment des boissons sans ou à faible teneur en alcool (vins, bières, cocktails, boissons fermentées…), motivés par les bienfaits pour la santé et la curiosité gustative.

Les profils sont variés : femmes enceintes, abstinents, seniors sous traitement médicamenteux, sportifs, personnes aux motifs religieux…

Ces consommateurs d’un nouveau genre sont surnommés « flexi-drinkers » par les professionnels du secteur. Ce marché est moins développé en France que chez ses voisins allemands, britanniques ou belges.

« On n’est pas encore à ces niveaux, mais on est sur une phase exponentielle et on a les moyens d’y parvenir », affirme Guillaume Joncheray dont le groupe a vendu 20 millions de bouteilles désalcoolisées en 2025.

Et de plus en plus de grands noms se lancent comme le château Sigalas Rabaud, premier grand cru classé de Sauternes, qui annonçait la sortie de sa première cuvée de vin blanc sans alcool le mois dernier.

Mais pour Matthieu Paillaud, négociant international pour la Maison Descaves, un distributeur, c’est encore un marché « très niche » qui ne convainc pas tout le monde. « Ça dénature beaucoup le vin, on attend d’avoir des retours sur la qualité et une meilleure professionnalisation du processus », a-t-il confié tout en reconnaissant le potentiel de développement du secteur.