La récolte de blé 2026 attendue en baisse de 4 % en France, sous l’effet des canicules


AFP le 16/07/2026 à 15:15

La production française de blé est attendue en baisse en 2026, à 32 millions de tonnes, après une récolte très précoce et réalisée sous des températures caniculaires, selon les premières estimations du ministère de l'agriculture publiées jeudi.

En dépit d’une augmentation des surfaces cultivées de la céréale du pain en France, première puissance céréalière d’Europe, la moisson est en repli de 4 % par rapport à 2025, pour un rendement moyen plus faible, directement lié à la dégradation des conditions de culture en fin de cycle « avec les épisodes caniculaires successifs », selon le service statistique du ministère, Agreste.

Production d’orges en recul

« On a une moisson très précoce. Chez moi en Champagne, j’ai terminé vendredi dernier, on n’a jamais connu ça », a déclaré à l’AFP Benoît Piétrement, président de l’interprofession Intercéréales et du conseil spécialisé sur les grandes cultures à l’établissement public FranceAgriMer.

« On a travaillé dans des conditions caniculaires exceptionnelles, avec des restrictions dans certains départements où la moindre étincelle de la moissonneuse-batteuse pouvait déclencher un feu », a-t-il souligné.

« On a essayé de récolter le soir et tôt le matin. D’habitude, on ne moissonne pas avant 11h à cause de l’humidité. Mais là, il n’y a plus de rosée du matin », a-t-il raconté.

Cette année, la récolte est marquée par une « bonne qualité » des grains, mais un rendement très hétérogène selon les territoires, a déclaré M. Piétrement.

Le rendement moyen provisoire s’établit à 69,3 quintaux par hectare – contre 74,2 q/ha en 2025. Une baisse qui pèse sur la production alors que les surfaces cultivées (4,6 millions d’hectares) ont augmenté de 3 % sur un an en blé.

La production d’orge est en recul de 6 % sur un an, à 11 millions de tonnes, pénalisée pour l’orge de printemps par les épisodes de forte chaleur.

Les régions du tiers nord du pays restent celles qui offrent les plus hauts rendements de blé tendre. Les départements de production les plus touchés par la baisse des rendements sont la Vendée et ceux de Poitou-Charentes (globalement – 17 %), du Grand Est (- 9 %) et de Bourgogne-Franche-Comté (- 10 %).

Globalement, la production de céréales à paille (blé, orge, avoine, seigle, triticale) reculerait de près de 5 % sur un an, à 46,3 millions de tonnes.

La production de colza, un oléagineux valorisé pour son huile et la production d’agrocarburant, est attendue « stable » à 4,6 millions de tonnes : « la forte progression des surfaces cultivées (+ 12 %) », liée notamment à la rentabilité de cette culture, « compenserait le recul du rendement ».

« Quatrième mauvaise année »

L’inquiétude majeure porte sur le maïs, avec des surfaces cultivées en baisse de 20 % sur un an – notamment en raison du prix en hausse des engrais et du changement climatique – et une production qui s’annonce « catastrophique », selon la principale association de producteurs (AGPM).

Le maïs, dont plus du quart des cultures sont irriguées en France contre une moyenne nationale de 7 %, est entré en période de floraison en pleine canicule. En cas de trop forte chaleur, le pollen grille, aucun grain ne se forme.

La production du grain jaune est attendue en repli d’au moins 30 % en France, à 9,5 millions de tonnes, soit le plus bas niveau depuis 26 ans, selon l’AGPM, qui redoute des pertes de 100 % dans certaines parcelles non irriguées.

« Pour les céréaliers, c’est une quatrième mauvaise année de suite, avec des prix qui sont toujours trop bas sur les marchés internationaux », en dépit d’une légère hausse des cours ces derniers jours, a relevé Benoît Piétrement.

Le secteur agricole enregistre une nette poussée des défaillances d’entreprises au deuxième trimestre 2026, avec 444 procédures, soit une hausse de + 21 % sur un an, selon une étude du cabinet Altares publiée jeudi. Les secteurs les plus fragilisés sont ceux des cultures, céréales en tête.

Sur les marchés internationaux, la récolte attendue permettrait d’exporter plus de 14 millions de tonnes de blé sur la campagne de commercialisation 2026-27, dont 7 millions vers les pays hors UE, un volume en baisse en raison notamment d’une moindre importation du Maroc qui attend cette année une bonne moisson.