La filière semence, entre performance historique et fragilités nouvelles
TNC le 20/05/2026 à 10:13
Premier producteur et premier exportateur mondial en grandes cultures, la filière semencière hexagonale n’a plus à démontrer sa qualité. Cependant, elle est confrontée, depuis une dizaine d’années, à de nouveaux enjeux liés au contexte international mais également à un accès plus compliqué aux leviers d’innovation.
Si elle reste leader dans le monde, la filière semences française doit s’adapter à un contexte en constante évolution ces dernières années. « Aujourd’hui, on parle beaucoup plus des conséquences du changement climatique, des questions géopolitiques », explique Marie-Cécile Damave, responsable innovations et affaires Agridées, autrice de la note La semence s’affirme dans un environnement à risques.
Plus récemment, c’est la baisse du pouvoir d’achat et l’augmentation des coûts de production en lien avec la hausse du prix de l’énergie et des engrais qui modifient encore la donne et ce, pour tous les maillons de la filière.
Des tensions sur le maillon agricole
L’augmentation des coûts de production pose question aux producteurs de semences, mais la diminution du nombre d’agriculteurs multiplicateurs suit pour le moment une courbe identique à celle des autres filières, liée à la baisse globale du nombre de producteurs. Le métier reste rémunérateur, précise la note d’Agridées, qui synthétise les résultats d’une enquête menée auprès des filières semences implantées en France, d’agriculteurs utilisateurs de semences, de filières agricoles, de pouvoirs publics et de pôles de compétitivité. Les acteurs déplorent cependant un accès de plus en plus restreint à certains outils de production essentiels, l’eau en particulier.
En parallèle, les attentes des utilisateurs sont renforcées par la réduction des outils à leur disposition. Les agriculteurs recherchent désormais des plantes de services, au-delà des couverts végétaux, et des produits qui leur permettent de réduire les intrants de synthèse. « Quand j’achète une semence, je n’achète pas seulement une graine, j’investis dans le progrès génétique », explique ainsi Charles Meaudre, président d’Agridées, en introduction du débat Semences et stratégie internationale organisé par le think tank le 13 mai.
Les besoins des entreprises semencières et de la filière
Du côté des autres maillons, les entreprises semencières continuent d’investir près de 13 % de leur chiffre d’affaires dans la recherche et l’innovation, soit un niveau très élevé, et les nouvelles technologies permettent l’accélération du progrès génétique. On déplore tout de même une moindre implication dans les partenariats public-privé dans les projets de recherche au profit des acteurs des filières, explique Marie-Cécile Damave.
Le besoin de stabilité des industriels n’est par ailleurs pas toujours compatible avec le renouvellement variétal rapide, et on constate, par rapport à il y a 10 ans, la contraction des filières non-OGM en alimentation animale en raison de leur surcoût.
Des fragilités identifiées
Ainsi, malgré ses forces, la filière semences s’expose à une perte de compétitivité. Du côté de la production, certaines espèces comme le radis, l’épinard ou le trèfle violet ne peuvent plus être produites en France en raison du manque d’accès aux produits phytosanitaires ou à l’eau. « De plus, l’extension d’une partie de la production européenne de semences de maïs et de tournesol à l’Ukraine a permis de produire des semences aux prix très compétitifs, se retrouvant aujourd’hui sur le marché européen », indique Agridées. La filière a également besoin de pouvoir compter sur tous les levers d’innovation, notamment génétiques, alors que le vote sur les NGT est toujours attendu au niveau européen.
Le crédit-impôt recherche constitue en outre un levier fort de compétitivité « qu’il est essentiel de maintenir », précise Marie-Cécile Damave, ajoutant qu’il s’agit d’un facteur d’attractivité pour le territoire français.
Les pistes pour maintenir la compétitivité
Face à ce constat, le think tank formule plusieurs propositions pour maintenir la compétitivité de la filière semences française. L’accès à l’innovation et aux financements constitue l’un des principaux leviers à la main des pouvoirs publics, qui peuvent également sécuriser la production en facilitant l’accès aux moyens de production, à rebours de la tendance actuelle.
Sécuriser la production française passe également par la visibilité donnée aux agriculteurs multiplicateurs de semences, qui pourraient bénéficier de contrats de moyen terme, indique Agridées. Le think tank propose également, dans les filières spécialisées, de « permettre aux agriculteurs utilisateurs de semences de s’organiser en collectifs pour dérisquer leur activité et augmenter leur pouvoir de marché dans la chaîne de valeur ».
Enfin, pour les entreprises semencières, Agridées recommande de communiquer sur leur rôle stratégique dans la sécurisation de l’alimentation des Français, d’augmenter leur notoriété dans les territoires où elles sont présentes, et de « ne pas négliger les niches et espèces orphelines » qui permettent d’améliorer la biodiversité cultivée et l’approvisionnement local.