La cameline pousse, la moutarde d’Abyssinie cale
TNC le 22/09/2026 à 05:03
Après quatre années d’expérimentations, le projet européen Carina touche à sa fin. En France, les travaux sur la cameline permettent désormais de mieux cerner les conditions de réussite de la culture en interculture. Son potentiel reste très dépendant de l’implantation et de la pluviométrie. De son côté, la carinata, ou moutarde d'Abyssinie, dispose de références plus limitées.
Lancé en novembre 2022, Carina doit officiellement s’achever le 31 octobre 2026. Le projet réunit aujourd’hui 20 partenaires ̶et six entités affiliées issus de 13 pays européens et associés, dont Arvalis, Terres Inovia et Saipol côté français. Son objectif : développer la cameline (Camelina sativa) et la moutarde d’Abyssinie (Brassica carinata) comme cultures de diversification.
La cameline mieux connue
En France, une grande partie du travail a porté sur la cameline en culture intermédiaire. Terres Inovia indique avoir suivi 82 parcelles d’agriculteurs entre 2022 et 2025 en interculture d’été. Peuplement, adventices, maladies, rendement, dates de semis et de récolte ou encore conditions météo ont notamment été suivis. Sept autres parcelles ont fait l’objet d’essais en interculture d’hiver.
Ces suivis permettent surtout d’identifier les situations favorables. En dérobée estivale, la cameline doit être implantée rapidement après la récolte du précédent. Le pois et l’orge d’hiver figurent parmi les précédents permettant de semer suffisamment tôt. La disponibilité en eau au moment du semis et au début du cycle reste toutefois déterminante.
Côté rendement, Arvalis évalue le potentiel entre 0,5 et 1,5 t/ha selon la pluviométrie estivale. La récolte intervient généralement fin septembre ou début octobre.
Toutes les parcelles ne se valent pas. Terres Inovia souligne une « variabilité des performances », avec une proportion importante de parcelles non récoltées. Le choix des secteurs, l’amélioration variétale et la maîtrise de l’itinéraire technique restent donc au cœur des travaux à poursuivre.
L’eau reste le premier juge
La sensibilité au manque d’eau lors de l’implantation constitue l’un des principaux freins… Le calendrier est serré : il faut semer rapidement après la récolte du précédent, puis assurer une levée et un démarrage suffisamment rapides.
Autre contrainte, ne pas décaler la culture suivante. En interculture d’hiver, la cameline peut être semée à l’automne puis récoltée au printemps. La date de récolte devient alors un point clé pour réussir l’enchaînement avec la culture suivante. Arvalis recommande notamment d’étudier le préfauchage-andainage pour limiter cet impact.
Côté conduite, les références commencent néanmoins à se préciser. En dérobée estivale, les essais confirment l’importance d’un semis réalisé dans la foulée de la récolte et d’une bonne implantation derrière une céréale. Une fertilisation azotée de 10 à 40 unités par hectare peut améliorer l’implantation selon le précédent.
Un débouché qui donne du sens à la culture
L’intérêt de Carina ne se limite pas à la production de graines. Les deux cultures sont étudiées pour leurs différentes possibilités de valorisation, notamment dans la bioéconomie.
Les carburants d’aviation durables (Saf) constituent aujourd’hui l’un des principaux débouchés envisagés. Cameline et carinata pourraient fournir des matières premières à ces filières, ce qui renforce l’intérêt de leur production en interculture. Terres Inovia souligne également la perspective d’une incorporation croissante de Saf dans le carburant aérien européen.
Carina a aussi exploré d’autres voies. Le projet a identifié près de 60 composés : 32 dans les graines de cameline, 27 dans celles de carinata. Et plusieurs produits issus des deux cultures ont été développés et testés, notamment des biostimulants, des bioherbicides et des compléments alimentaires.
Les tourteaux issus de l’extraction de l’huile constituent une autre piste. Les essais menés dans le cadre du projet montrent un potentiel pour l’alimentation animale, notamment chez les ruminants avec le tourteau de cameline. Des limites restent encore à lever, en particulier du fait de la présence de glucosinolates et d’autres facteurs antinutritionnels.
Et la carinata ?
En France, la moutarde d’Abyssinie reste moins documentée que la cameline. Elle fait pourtant partie intégrante de Carina, avec des essais conduits dans différents pays et différents systèmes de culture.
Les deux espèces ont notamment été étudiées en cultures intermédiaires d’hiver et d’été, en association avec d’autres cultures et dans des parcelles à faible potentiel.
Arvalis avait déjà identifié plusieurs points techniques à améliorer sur la carinata. Le choix de la date de semis constitue notamment un levier pour limiter la pression des ravageurs, avec une attention particulière portée à la grosse altise.
À l’échelle européenne, les résultats sont plus contrastés. Les essais ont permis de tester les deux espèces dans des environnements et des systèmes de culture variés. Le rapport du projet souligne leur potentiel dans ces différents contextes, tout en pointant des progrès encore nécessaires sur la maîtrise des adventices, des ravageurs et de la récolte.
Dernière ligne droite
Le projet entre désormais dans sa dernière ligne droite. La conférence finale est programmée le 14 octobre 2026 à Bruxelles, quelques semaines avant la fin officielle de Carina. Les résultats et les recommandations issus des quatre années de travaux y seront présentés.
En France, le principal enseignement est désormais plus clair : la cameline peut trouver sa place dans certains systèmes, mais pas dans n’importe quelles conditions. Les essais ont surtout permis de mieux cerner les facteurs qui font la différence : vitesse d’implantation, disponibilité en eau et capacité à enchaîner avec la culture suivante.
La prochaine étape sera de vérifier si ces références tiennent à plus grande échelle et si la valorisation économique suit. Pour la cameline, les références commencent à s’étoffer et une filière se structure. Pour la carinata, il reste encore à transformer le potentiel observé dans les essais en références opérationnelles pour les agriculteurs.